PORTRAITS

ALI SAEED Là où le cinéma commence avant d’être nommé

PO4OR
4 avr. 2026
4 min de lecture
Cinema
Ali Saeed lors d’une apparition publique. Un geste simple, sans effet.

Ali Saeed n’entre pas dans le cinéma par ses voies habituelles.
Il ne part ni de l’industrie, ni du marché, ni même de l’idée d’appartenir à un espace déjà constitué. Ce qu’il fait est légèrement différent. Il s’approche du cinéma comme d’une question qui n’a pas encore trouvé de réponse.

Dans ses paroles, il n’y a pas de définition prête à l’emploi. Il n’explique pas le cinéma comme un métier, et ne le présente pas comme un parcours stable. Ce qui apparaît à la place est une relation plus simple et plus incertaine à la fois. Un besoin d’expression, avant que ce besoin ne devienne un système clair.

C’est ce qui fait de sa phrase « même sans salles, il y a du cinéma » une clé de lecture de son parcours.

Ce n’est pas une formule destinée à affirmer. C’est un point de départ.
Il ne parle pas de l’absence de salles comme d’un manque. Il en déplace le centre. Comme s’il disait que le cinéma ne commence pas dans le lieu où il est projeté, mais dans l’acte lui-même. Dans le désir de raconter, et dans la nécessité de trouver une forme.

Cette idée ne reste pas au niveau du discours. Elle apparaît dans ses choix.

Un film intitulé « Anti Cinema » ne se comprend pas comme un refus.
Il s’agit plutôt d’un déplacement. Non pas contre le cinéma, mais contre la manière dont il est parfois réduit. Le titre lui-même agit comme une manière d’écarter toute attente immédiate, et de laisser l’œuvre exister autrement.

Dans ses entretiens, cette direction revient régulièrement.
Il ne présente pas ses films comme un simple divertissement, et ne cherche pas à donner des réponses directes. Ce qui l’intéresse se situe dans ce qui reste après le film. Ce qui continue à travailler chez celui qui regarde.

C’est pour cela qu’il évite l’explication frontale.
Il ne pousse pas l’idée vers la surface, et ne cherche pas à la rendre immédiatement lisible. Il la laisse se déployer dans le rythme, dans les détails, dans ce qui n’est pas formulé clairement.

Cette manière de faire est liée à son parcours.

Son passage par le journalisme n’est pas un détail.
Il y apprend à construire un récit, à choisir ce qui doit être dit, et à organiser le sens. Le passage à l’image ne rompt pas avec cela. Il le prolonge. L’image devient une autre manière de raconter.

Ce qui change, c’est sa position face au récit.

Dans le journalisme, une distance est maintenue.
Dans le cinéma, cette distance se réduit.
Il se rapproche de l’expérience elle-même, et non seulement de sa description.

Cette proximité se retrouve dans les sujets qu’il aborde.
Il s’intéresse à l’individu dans des situations ordinaires. À des moments qui ne cherchent pas à devenir des événements. Le déplacement, la relation, le passage d’un lieu à un autre. Des éléments simples en apparence, mais qui ouvrent vers autre chose.

Lorsqu’il parle de ses films, il ne décrit pas une histoire complète.
Il parle d’un état. D’un moment. D’un choix qui se situe entre plusieurs directions.

Ce qui compte n’est pas ce qui arrive, mais la manière dont cela est vécu.

À côté de cette approche, un autre élément apparaît dans son discours. Le futur.

Lorsqu’il dit qu’il fait des films pour nos enfants, il ne formule pas seulement une intention.
Il inscrit son travail dans un temps plus long. Le film ne s’arrête pas à sa projection. Il devient une trace. Une manière de garder quelque chose d’un moment donné, et de le transmettre.

Le cinéma devient alors une forme de mémoire en construction.

Ce regard est également lié à son parcours.
Le passage du journalisme à la mise en scène ne correspond pas à une rupture. Il s’agit d’un déplacement. Du texte vers l’image. Du commentaire vers l’expérience.

C’est ce qui donne de la cohérence à son travail.

Il ne produit pas des œuvres isolées.
Il maintient une ligne. Un rapport au cinéma qui ne simplifie pas, et qui ne se coupe pas du réel.

Dans sa présence publique, que ce soit dans les festivals ou dans les rencontres, il ne cherche pas à construire une image séparée de ce qu’il fait.
Il apparaît, il parle, il explique, mais cela reste lié au même point. Le cinéma, tel qu’il le comprend.

Cette présence ne repose pas sur une mise en scène de soi.
Elle prolonge simplement son travail.

C’est pour cela qu’il échappe aux catégories rapides.

Il n’est pas seulement un réalisateur en début de parcours.
Il n’est pas non plus porteur d’un projet entièrement défini.

Il se situe dans un moment où les choses ne sont pas encore fixées, et il avance sans chercher à accélérer ce processus.

Ce qui le distingue n’est pas l’ampleur de ce qu’il a produit, mais la manière dont il le produit.

Le film n’est pas une fin.
Il fait partie d’un chemin plus long.

Et c’est là que se situe ce qui le rend particulier.

Il ne s’inscrit pas dans un cinéma déjà établi pour y trouver une place.
Il ne attend pas non plus que ce cinéma soit stabilisé pour commencer.

Il travaille depuis cet état même.

Ainsi, ce qu’il propose ne se mesure pas uniquement par le nombre de films.
Mais par la relation qu’il établit avec le cinéma.

Une relation qui ne commence pas par une définition figée.
Et qui ne se referme pas sur une seule forme.

Une relation qui reste ouverte.

Non pas parce que la réponse n’est pas importante.
Mais parce que, à ce moment précis, la question reste essentielle.

PO4OR-Bureau de Paris
© Portail de l’Orient

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