L’Opéra de Damas a accueilli une soirée musicale singulière, plaçant le piano au cœur d’un dialogue artistique rare. Le pianiste Ghazwan Zarkli et le jeune musicien Antony Fantin Kounzi ont proposé une expérience à quatre mains, fondée sur l’échange, l’écoute et la construction dramatique partagée, loin de toute démonstration virtuose gratuite.

Le programme s’est ouvert sur une pièce du compositeur allemand Johannes Brahms, des variations écrites sur un thème de Haydn. Cette œuvre, à la fois solennelle et festive, a posé les bases d’une dramaturgie musicale structurée, mettant en valeur la richesse de l’écriture pianistique et la précision du dialogue entre les interprètes. La sonate K.448 de Wolfgang Amadeus Mozart a ensuite déployé un univers d’une grande clarté formelle, où la transparence du jeu et l’équilibre des voix ont révélé toute la dimension poétique de l’œuvre.

L’atmosphère ne s’est jamais éloignée de l’esprit mozartien, même lors de l’exécution d’une pièce de Frédéric Chopin, dont la douceur expressive a apporté une respiration sensible au programme. Le parcours musical a retrouvé une tension dramatique plus marquée avec une œuvre de Sergueï Rachmaninov, proche de l’écriture orchestrale, renforçant la densité émotionnelle de la soirée.

La cohérence du programme reposait sur une progression temporelle et stylistique maîtrisée, couvrant près de deux siècles de création musicale. Cette architecture a permis de dessiner un large panorama sonore, tout en maintenant une unité dramaturgique fondée sur la durée, l’écoute mutuelle et la construction patiente du sens musical.

Le piano, dans cette configuration à quatre mains, ne relevait pas d’un exercice individuel, mais d’un travail collectif exigeant. La répartition des rôles, l’attention constante portée à l’autre et la précision du geste ont offert au public une forme musicale rarement donnée à entendre, mettant en lumière la richesse de cette pratique.

À l’issue de la soirée, Ghazwan Zarkli a exprimé sa fierté de partager la scène avec Antony Fantin Kounzi, soulignant ses qualités musicales et son sérieux artistique. Cette collaboration a été pensée comme une transmission, mais aussi comme une invitation adressée aux jeunes musiciens à explorer des formes de travail fondées sur la coopération et la création partagée.

Au-delà du concert, cette soirée a rappelé que la musique classique demeure un espace vivant de dialogue, capable de relier les générations et de renouveler l’écoute par la rigueur, la sensibilité et l’engagement artistique.


Rédaction : Bureau de Beyrouth