Le parcours du médecin irakien Hamid Al-Soudani ne ressemble pas à une ascension rapide ou facile. Derrière son poste actuel de chef du service de chirurgie plastique, reconstructive et chirurgie de la main dans un hôpital allemand en Bavière, se cache une longue histoire de persévérance, d’exil professionnel, de refus répétés et d’années de travail intensif.
Diplômé de la faculté de médecine de l’Université de Bagdad en 2006, Al-Soudani appartenait à une génération de jeunes médecins confrontés à des conditions particulièrement difficiles en Irak. Très tôt, il nourrit l’ambition de se spécialiser en chirurgie plastique et reconstructive, un domaine considéré comme l’un des plus exigeants et compétitifs de la médecine moderne.
En 2012, il décide de quitter l’Irak pour l’Allemagne afin d’y poursuivre sa spécialisation. Mais son arrivée ne marque pas le début du succès ; elle ouvre plutôt une période de défis quotidiens, aussi bien professionnels qu’humains.
Dans un entretien accordé à DW Arabe, le médecin explique qu’il a dû repartir pratiquement de zéro : apprendre une nouvelle langue, comprendre le fonctionnement complexe du système médical allemand et tenter de trouver une place dans un environnement extrêmement sélectif.
L’apprentissage de la langue allemande fut l’un des premiers obstacles. Conscient que la maîtrise linguistique conditionnait toute possibilité d’intégration professionnelle, il s’est consacré intensivement à l’étude de l’allemand jusqu’à atteindre, en seulement une année, un niveau lui permettant de travailler dans les hôpitaux et d’interagir avec les équipes médicales.
Mais le véritable défi commence ensuite : accéder à une formation spécialisée en chirurgie plastique. Selon ses propres mots, il a envoyé des candidatures à près de 250 hôpitaux allemands. Toutes furent refusées dans un premier temps.
Certains établissements lui répondaient directement par la négative. D’autres ne donnaient même aucune réponse. Une période difficile, marquée par le doute et l’incertitude, durant laquelle beaucoup auraient abandonné leur objectif ou changé de spécialité.
Lui choisit de continuer.
Il accepte différentes expériences médicales, multiplie les formations pratiques et poursuit son perfectionnement professionnel jusqu’à obtenir enfin une première opportunité dans un service hospitalier. À partir de ce moment, une nouvelle phase commence : celle des longues années de spécialisation, des gardes, des interventions chirurgicales répétées et de la pression constante liée à un domaine médical où l’erreur n’a pas sa place.
La chirurgie plastique en Allemagne exige non seulement des années de formation, mais également un volume important d’opérations réalisées sous supervision avant d’accéder à un niveau senior. Al-Soudani décrit cette période comme une école de patience et d’endurance.
Grâce à son travail continu et à sa progression professionnelle, il gravit progressivement les échelons : médecin résident, puis médecin spécialiste, avant d’être nommé chef du service de chirurgie plastique, reconstructive et chirurgie de la main dans un hôpital bavarois.
Aujourd’hui, son rôle ne se limite pas à la pratique chirurgicale. Il participe également à la formation des étudiants en médecine à l’Université Friedrich-Alexander, où il transmet son expérience aux futures générations de médecins.
Malgré cette réussite, Hamid Al-Soudani refuse de présenter son parcours comme une simple histoire individuelle de succès. Pour lui, son expérience reflète surtout les difficultés auxquelles de nombreux médecins arabes sont confrontés lorsqu’ils tentent d’intégrer des systèmes médicaux hautement compétitifs à l’étranger.
Il estime également que le développement du secteur médical dans les pays arabes ne dépend pas uniquement du nombre de diplômés, mais surtout de la qualité de la formation, de la recherche scientifique et du renforcement des coopérations avec les institutions médicales internationales.
Au-delà du parcours professionnel, son histoire porte aussi une dimension profondément humaine : celle d’un homme ayant traversé les refus, l’isolement et les années d’incertitude sans renoncer à son objectif.
« Chaque grand rêve commence par une étape difficile », dit-il.
Une phrase qui résume sans doute le mieux un parcours construit moins sur la facilité que sur la persévérance.
PO4OR-Bureau de Paris
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