Dans l’une des rencontres les plus marquantes du Marché du Film du Festival de Cannes 2026, l’Arab Cinema Center (ACC) a organisé une table ronde dynamique intitulée « Rising Forces: Arab Talents Regionally and Internationally », animée par Alaa Karkouti, cofondateur de l’ACC et PDG de MAD Solutions.
La rencontre, tenue le 16 mai sur la scène principale du Marché du Film, a réuni plusieurs figures majeures du cinéma arabe afin d’explorer les profondes mutations que connaît aujourd’hui l’industrie cinématographique de la région, ainsi que l’essor remarquable des talents arabes sur la scène internationale. Les discussions ont également porté sur les défis structurels liés à la construction d’un écosystème durable capable d’assurer une présence mondiale pérenne depuis l’émergence de l’industrie saoudienne jusqu’à la capacité croissante des créateurs arabes à s’imposer sur les grandes plateformes et marchés internationaux.
Rيا Abi Rached : « Le talent arabe dépasse désormais les classifications identitaires »
La journaliste et présentatrice Rيا Abi Rached a souligné que la présence arabe dans l’industrie internationale n’est plus une exception ponctuelle, mais s’inscrit désormais dans une dynamique mondiale davantage fondée sur le talent que sur l’origine ou les stéréotypes culturels. Elle a cité plusieurs figures ayant réussi à imposer leur nom à l’échelle internationale, parmi lesquelles Rami Malek, May Calamawy et Kaouther Ben Hania, estimant qu’Hollywood devient progressivement plus ouvert aux talents issus du monde arabe.
Rيا Abi Rached a également insisté sur l’importance du soutien structurel à l’industrie cinématographique arabe, considérant que l’investissement financier et institutionnel constitue la clé d’un développement durable. Selon elle, la région connaît aujourd’hui une évolution significative des studios, des agences de management artistique et des structures professionnelles, ouvrant la voie à une industrie plus mature et plus influente.
Tarek Alarian : « Le succès populaire naît de la qualité »
Le réalisateur Tarek Alarian s’est exprimé sur les éléments qui permettent à un film de rencontrer à la fois le succès artistique et commercial. Selon lui, peu importe le genre du film : lorsqu’une œuvre est réalisée avec rigueur, portée par un sujet captivant et un scénario sincère capable de toucher les émotions du public, elle possède toutes les chances de réussir au box-office.
Le cinéaste a également évoqué les difficultés rencontrées au cours de sa carrière, soulignant que le réalisateur arabe est souvent contraint d’assumer plusieurs rôles simultanément et de défendre des projets auxquels peu croient au départ. Toutefois, il estime que l’industrie évolue aujourd’hui dans une direction plus favorable, où les succès accumulés permettent progressivement d’obtenir davantage de crédibilité et de liberté créative.
Suad Bushnaq : « Les talents arabes doivent constamment dépasser les attentes »
La compositrice Suad Bushnaq a parlé avec franchise des obstacles auxquels les artistes arabes sont confrontés dans les industries internationales. Elle a expliqué que le nom, l’apparence ou l’identité culturelle peuvent parfois devenir des barrières invisibles, obligeant les créateurs arabes à prouver continuellement leur capacité à atteindre les plus hauts standards.
Selon elle, cette pression a également poussé de nombreux artistes arabes à élever considérablement leur niveau d’exigence, dans un contexte où la concurrence n’est plus locale ou régionale, mais directement mondiale.
Amine Bouhafa : « La confiance se construit par l’excellence »
Le compositeur Amine Bouhafa est revenu sur les débuts de sa carrière et sur les difficultés rencontrées pour convaincre producteurs et réalisateurs de sa capacité à proposer une vision musicale singulière, au-delà de l’étiquette réductrice de « compositeur arabe ».
Il a expliqué que la reconnaissance internationale obtenue grâce à des œuvres présentes aux Oscars ou diffusées sur des plateformes comme Netflix et HBO a progressivement changé le regard porté sur son travail. Pour Bouhafa, l’industrie du cinéma repose avant tout sur la confiance une confiance qui se construit lentement, à travers la constance et l’excellence.
Khairiah Abu Laban : « L’international commence par le local »
L’actrice saoudienne Khairiah Abu Laban a, quant à elle, évoqué la transformation profonde qu’elle a vécue personnellement parallèlement à l’évolution du paysage audiovisuel saoudien. Revenant sur ses débuts dans des productions diffusées sur YouTube, elle a comparé cette période à sa présence actuelle dans des productions internationales et sur des plateformes mondiales telles que Netflix, estimant qu’un tel parcours aurait semblé inimaginable il y a seulement dix ans.
Elle a affirmé que l’accès à l’international ne peut se faire qu’en partant d’une identité locale forte, ajoutant que le Moyen-Orient ne doit plus être perçu comme un simple marché régional, mais comme un espace culturel mondial capable de produire des œuvres compétitives et influentes.
Une industrie arabe en quête d’un positionnement mondial
À travers cette rencontre, le Festival de Cannes 2026 a offert un aperçu clair des mutations profondes que traverse actuellement le cinéma arabe. Une industrie où ambitions artistiques, professionnalisation croissante et volonté d’expansion internationale se croisent désormais de manière plus affirmée.
Si les défis demeurent nombreux, les échanges ont surtout révélé une réalité devenue difficile à ignorer : les talents arabes ne cherchent plus uniquement à exister dans le paysage cinématographique mondial, mais à y redéfinir durablement leur place.
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