Créer, pour Hany Adel, ne signifie pas occuper l’espace, mais l’habiter. Entre le jeu, la musique et le silence, son parcours dessine une attitude plus qu’une carrière : celle d’un artiste qui considère l’expression comme un acte de responsabilité. Chaque rôle, chaque chanson, chaque apparition publique s’inscrit dans une même logique intérieure interroger sans asséner, proposer sans dominer, exister sans se dissoudre dans le bruit ambiant.
Acteur et musicien, Hany Adel appartient à cette lignée rare d’artistes pour qui la création est d’abord une manière de penser. Sa formation juridique, loin d’être un simple détail biographique, a nourri une relation particulière au texte, à l’argumentation et à la responsabilité du geste. Cette rigueur intellectuelle irrigue son travail d’acteur comme son engagement musical, conférant à son œuvre une densité qui échappe aux catégorisations rapides.
La musique n’est pas, chez lui, un territoire annexe. Elle constitue un socle. En tant que membre fondateur du groupe Wust El-Balad, Hany Adel a contribué à forger un langage musical urbain, attentif aux fractures sociales, à la mémoire collective et aux émotions contenues. Le chant, la guitare, l’écriture des textes : tout procède d’un même souci de justesse. Là encore, pas de démonstration, mais une éthique de la retenue, où la sincérité prime sur l’effet.
Ce rapport à la musique éclaire profondément son travail d’acteur. Chez Hany Adel, le jeu est toujours traversé par une conscience aiguë du rythme, de la respiration et de la musicalité du silence. Il sait quand avancer, quand se retirer, quand laisser l’espace parler à sa place. Cette intelligence de l’intervalle — rare dans le paysage audiovisuel contemporain — donne à ses personnages une présence singulière, souvent plus ressentie que démontrée.
Ses choix cinématographiques et télévisuels témoignent d’une même exigence. Il privilégie les rôles qui interrogent plutôt que ceux qui rassurent, les personnages traversés par le doute, la contradiction ou la fatigue morale. Loin des archétypes héroïques, il incarne des figures ordinaires prises dans des situations complexes, où l’humain ne se résume jamais à une fonction narrative. Cette attention au détail psychologique inscrit son travail dans une tradition de jeu intériorisé, presque ascétique.
Ce qui frappe chez Hany Adel, c’est sa capacité à résister à la simplification. Dans un environnement médiatique souvent dominé par la polarisation et la posture, il maintient une ligne claire, sans ostentation. Sa parole publique, lorsqu’elle s’exprime, évite les slogans. Elle privilégie la nuance, la complexité, parfois l’inconfort. Là encore, l’artiste refuse la facilité de l’adhésion immédiate au profit d’un positionnement réfléchi.
Cette posture n’est ni neutre ni passive. Elle relève d’une conception exigeante du rôle de l’artiste dans la cité. Pour Hany Adel, l’art n’est pas un refuge hors du monde, mais un espace de confrontation responsable avec le réel. Sa musique comme son jeu d’acteur traduisent une même conviction : l’esthétique n’a de sens que si elle engage une relation éthique à l’autre.
Dans ses interprétations, le corps devient un lieu de tension. Rien n’est surjoué, rien n’est laissé au hasard. Les gestes sont mesurés, parfois retenus jusqu’à l’effacement, mais toujours chargés de sens. Le regard, souvent plus expressif que la parole, devient un vecteur central de narration. Cette économie expressive confère à ses performances une intensité discrète, durable, qui s’impose dans la mémoire du spectateur sans chercher à la capturer.
Son parcours musical et cinématographique se lit ainsi comme une trajectoire de fidélité : fidélité à une vision de l’art comme pratique consciente, fidélité à une certaine idée de l’humain, fidélité enfin à une exigence intérieure qui refuse les compromis faciles. Cette constance explique sans doute la relation particulière qu’il entretient avec son public, fondée moins sur l’admiration que sur la reconnaissance.
Hany Adel n’incarne pas l’artiste omniprésent, mais l’artiste nécessaire. Celui dont la présence rappelle que la création peut encore être un lieu de réflexion, de résistance douce et de dialogue. À l’heure où la production culturelle est souvent soumise à l’urgence et à la rentabilité immédiate, son travail affirme la valeur du temps long, de l’écoute et de la cohérence.
Lire son parcours, c’est accepter de déplacer le regard. Ne plus chercher la performance isolée, mais la logique d’ensemble. Ne plus évaluer l’impact instantané, mais la trace laissée dans la durée. C’est aussi reconnaître qu’un artiste peut exister pleinement sans se soumettre à la logique de la surexposition.
En ce sens, Hany Adel apparaît moins comme une figure médiatique que comme une conscience artistique en mouvement. Un artiste pour qui jouer, chanter et écrire relèvent d’un même geste : tenter de dire le monde sans le trahir. Une démarche exigeante, parfois inconfortable, mais profondément nécessaire.
Rédaction — Bureau de Paris