Sous les traits de Hashim Najdi, l’image d’un acteur qui avance sans fracas, mais avec méthode.

Par Hashim Najdi, le paysage audiovisuel saoudien et arabe voit émerger une figure singulière, dont le parcours ne se laisse ni réduire à une ascension fulgurante ni enfermer dans une narration héroïque simplifiée. Son itinéraire se lit autrement, comme une construction progressive, fondée sur la discipline, le déplacement et une compréhension technique du métier d’acteur rarement mise en avant dans les récits médiatiques contemporains.

Chez Najdi, le jeu n’est jamais une démonstration. Il procède d’un rapport presque architectural au personnage. Observer, mesurer, contenir. Cette retenue n’est ni froideur ni effacement, mais une stratégie consciente. Elle traduit une manière de concevoir le métier d’acteur comme un espace de précision, où chaque geste doit répondre à une nécessité interne plutôt qu’à une attente extérieure.

Avant d’entrer pleinement dans le champ artistique, Hashim Najdi évolue dans un univers éloigné des plateaux, celui de l’ingénierie et du vol. Ce détour n’a rien d’anecdotique. Il informe en profondeur sa manière d’aborder la scène et l’image. La formation technique, la gestion du risque, la maîtrise des procédures et l’attention portée au détail façonnent chez lui un rapport particulier au corps et au temps. Le jeu devient un espace d’équilibre, non d’abandon incontrôlé.

Lorsque le désir artistique ressurgit, il ne prend pas la forme d’un basculement impulsif, mais d’un retour réfléchi. Najdi explore d’abord l’écriture et la réalisation, s’appropriant les mécanismes narratifs avant de se placer devant la caméra. Cette approche globale du cinéma, comprendre avant d’interpréter, le distingue dans un environnement où l’acteur est souvent cantonné à l’exécution.

La filmographie de Hashim Najdi ne se caractérise pas par l’accumulation, mais par la cohérence. Ses apparitions télévisuelles et sérielles dessinent une trajectoire où chaque rôle semble prolonger une interrogation précédente. Dans 2+1=4, puis dans Safar Barlek, il expérimente des figures masculines prises dans des systèmes de contraintes sociales et morales. Rien d’excessif. L’intensité passe par le regard, par la gestion du silence, par l’économie du geste.

Avec Slave Market, série qui marque un tournant dans sa visibilité, Najdi s’inscrit dans un récit collectif à forte charge symbolique. L’enjeu n’est plus seulement individuel. Il s’agit d’exister dans un dispositif choral, de maintenir une justesse de jeu sans chercher à dominer l’espace dramatique. Cette capacité à s’intégrer sans se dissoudre témoigne d’une intelligence rare du cadre et du rythme sériel.

La série London Class ouvre une autre dimension du parcours de Najdi, celle du déplacement géographique et symbolique. Le contexte international n’y est pas décoratif. Il impose une reconfiguration du jeu, une adaptation à d’autres codes narratifs, à d’autres temporalités de production. Najdi y propose une présence mesurée, consciente des attentes croisées entre regard local et perception internationale.

Ce qui frappe dans cette expérience n’est pas la volonté de représenter une identité figée, mais la capacité à habiter l’entre-deux. Le personnage ne devient ni porte-drapeau ni figure exotisée. Il circule, observe, s’ajuste. Cette posture fait écho à une évolution plus large du cinéma arabe contemporain, où l’enjeu n’est plus de s’expliquer à l’Occident, mais d’exister dans un espace de circulation des récits.

Dans ses prises de parole, Hashim Najdi insiste sur un point souvent négligé, la sortie du personnage. Là où beaucoup évoquent la difficulté d’entrer dans un rôle, lui parle de la nécessité de savoir en sortir. Musique, mémoire émotionnelle, échanges avec les proches. Le processus est pensé comme un cycle complet, où la santé psychique de l’acteur importe autant que la crédibilité de la performance.

Cette lucidité s’accompagne d’une vision claire des limites structurelles du secteur. Formation inégale, manque de cadres techniques, besoin de professionnalisation accrue. Sans posture revendicative, Najdi inscrit son discours dans une perspective constructive, attentive à l’évolution des institutions culturelles et des dispositifs de soutien à la création en Arabie saoudite.

Aujourd’hui, Hashim Najdi ne se situe ni dans l’urgence de la reconnaissance ni dans l’attente passive. Il construit, affine, choisit. Sa trajectoire témoigne d’un rapport adulte au métier d’acteur. Accepter le temps long, privilégier la cohérence à la visibilité, penser chaque rôle comme une étape plutôt que comme un aboutissement.

Dans un paysage audiovisuel en pleine mutation, où la vitesse et la surexposition menacent souvent la profondeur du jeu, Najdi incarne une autre possibilité. Celle d’un acteur qui avance à hauteur d’homme, conscient de ses outils, attentif à son environnement, et résolument tourné vers une pratique durable du cinéma et de la série.

Son parcours ne cherche pas à impressionner. Il cherche à tenir. Et c’est précisément cette tenue, discrète, rigoureuse, habitée, qui fait aujourd’hui de Hashim Najdi une figure pleinement légitime pour un portrait analytique inscrit dans le temps long des trajectoires qui comptent.

Rédaction – Bureau de Riyad