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Hussam Jlilaty : le cinéma et le théâtre à travers une seule âme

Hussam Jlilaty : le cinéma et le théâtre à travers une seule âme

Lorsque l’artiste tient sa caméra pour capturer des cadres qu’il a d’abord dessinés dans son esprit, avant même que les yeux ne puissent les voir comme une réalité, l’objectif les traduit ensuite dans la version qu’il avait imaginée et qui l’avait inspiré dès le premier regard.

Puis les scènes capturées se succèdent jusqu’à devenir un récit raconté visuellement. Mais derrière chaque scène se trouve un arrière-plan fait de scénario et de dialogue, qui a été interprété afin que l’histoire parvienne telle qu’elle apparaît à l’acteur, au réalisateur, et même à l’auteur.

Ainsi, le parcours artistique ne commence pas nécessairement par l’image qui se tient devant l’œil du cinéaste ou de l’homme de théâtre, car cette image s’est inévitablement formée dans un lieu plus lointain avant d’être façonnée comme matière artistique, que ce soit dans la mémoire ou dans l’imagination. Dans ce cas, chaque scène filmée peut être considérée comme la traduction de la scène première, créée d’abord à l’intérieur de l’artiste.

Puis les images se succèdent, un plan après l’autre, et progressivement ces plans deviennent un récit visuel dans lequel les mots, la lumière, les personnages, l’image et le rythme s’entraident pour fabriquer un film ou une pièce de théâtre.

C’est ici que l’on peut s’approcher de l’expérience de Hussam Jlilaty, pour voir comment le théâtre ne constitue pas l’opposé du cinéma, et comment le cinéma ne représente pas non plus une rupture avec le théâtre, car tous deux sont deux langages différents d’une seule âme artistique.

Hussam Jlilaty, qui a commencé par le théâtre, a emporté avec lui vers le cinéma quelque chose de la scène : les émotions de l’acteur, l’écoute du corps et, bien sûr, la conscience et l’attention portées au lieu, considéré comme un élément essentiel de toute histoire filmée ou interprétée. En retour, il a transporté du cinéma vers son expérience théâtrale ce regard porté sur les détails et les cadres, ainsi que sur ce que peuvent produire les petits détails et les idées profondes, comme un voyage continu de création artistique qui apparaît chaque fois en apportant quelque chose de nouveau.

L’histoire commence par le fait qu’il a voulu construire tout un univers cinématographique et théâtral portant sa propre empreinte, au lieu de rester uniquement spectateur, même s’il demeure parallèlement un véritable spectateur de cinéma et de théâtre, ce qui renforce la diversité et la présence d’idées renouvelées qu’il peut proposer.

Du théâtre, où il a appris que chaque mouvement de l’acteur sur scène porte une signification, au cinéma, où il devient possible de s’approcher davantage du visage, de la main, de l’œil et du regard, se forme progressivement un langage dans lequel apparaît une parenté cachée.

On peut traduire le théâtre comme une mémoire pour Hussam Jlilaty, et non comme une étape qu’il aurait dépassée sur son chemin vers le cinéma, car, en tant que mémoire, il continue de l’accompagner et poursuit encore aujourd’hui sa formation.

Le réalisateur ne peut pas dissimuler le corps, avec tous ses mouvements et ses hésitations, sur une scène de théâtre, parce qu’il est présent devant vous avec tout ce qu’il contient. C’est ce qui change au cinéma, qui lui accorde, en tant que réalisateur et auteur, le pouvoir de s’approcher, de s’éloigner, de couper, de réorganiser le temps et de transformer un petit détail en un événement entier.

Sous un angle clair, Hussam Jlilaty s’intéresse à exploiter ce que le théâtre lui a enseigné, même lorsqu’il travaille au cinéma.

L’importance de cette expérience réside dans le fait qu’elle oblige l’artiste à voir au-delà du lieu, à chercher le drame à l’intérieur des détails, le conflit dans la distance entre les personnages et le public, ainsi que la possibilité de construire une histoire à travers chaque œuvre.

C’est une leçon qui peut facilement être transposée au cinéma.

Le réalisateur qui a appris à créer une tension importante pour son art peut regarder le cadre cinématographique comme une pièce, même lorsque ses limites sont invisibles. Et l’acteur qui a appris que son corps fait partie du texte peut devenir, à l’intérieur de l’image cinématographique, davantage qu’un simple porteur de dialogue.

On peut également comprendre certains choix de Hussam Jlilaty, qui considère l’image comme un outil de réflexion à travers lequel il transmet tout ce qui occupe sa pensée, ainsi que la manière dont ces idées sont présentées.

Le cinéma et le théâtre se croisent dans l’expérience de Hussam Jlilaty, car l’élément essentiel qui anime leur construction est l’être humain.

Le film « Avant deux hivers »

Jlilaty a vécu sa première expérience dans la réalisation d’un court métrage à travers « Avant deux hivers », en partenariat avec l’artiste Wiam Ismail.

Cette expérience a constitué pour lui le début de l’exploration de nouvelles techniques narratives et visuelles, et le film a remporté le prix du meilleur film lors d’un festival organisé en Roumanie.

Mais la valeur de ce commencement ne peut pas être limitée uniquement à la récompense, car le plus important est que cette expérience lui a ouvert une porte : celle du passage de l’imagination de l’image à son expérimentation, et donc à la pratique du cinéma.

C’est peut-être pour cette raison que les œuvres de Hussam Jlilaty ressemblent à un atelier ouvert, comme si le cinéaste ne cessait jamais d’apprendre et comme si chaque film constituait une étape permettant d’interpréter ce qui se passe avec un regard nouveau, à l’image de son film « J’avais vécu grâce à toi ».

Il existe des questions qui tournent dans l’esprit de Hussam Jlilaty et que l’on peut percevoir à travers ses films. Ce sont elles qui donnent à ses œuvres leur poids humain.

D’un autre point de vue artistique, entre la scène de théâtre et le cadre de la caméra, il n’est pas possible de poursuivre pleinement la lecture de Hussam Jlilaty sans s’arrêter sur sa relation avec le jeu d’acteur.

Car il ne se limite pas à être uniquement réalisateur : il est également acteur.

Il a participé comme acteur à des œuvres théâtrales et cinématographiques, puis est passé à l’écran de la fiction dramatique syrienne, notamment dans la série « Awlad Badiaa », tout en travaillant également comme assistant réalisateur dans « Taht Al Ard ». Ce sont des expériences qui lui donnent une position double au sein de l’industrie : devant la caméra et derrière elle.

Cette position double peut expliquer une partie de l’attention qu’il porte à l’interprétation.

Le réalisateur qui a expérimenté le fait de se tenir devant l’objectif sait que l’acteur ne se contente pas d’exécuter les instructions, car il découvre avec précision toutes les dimensions du personnage et sous tous ses aspects.

Ainsi, la relation entre le réalisateur et l’acteur dans ses œuvres devient plus proche d’un dialogue que d’un rapport entre ordre et exécution. Et cela constitue également l’un des héritages cachés du théâtre.

La caméra, au lieu d’annuler le théâtre, devient alors un moyen d’intensifier l’un de ses secrets essentiels : la présence de l’être humain.

En revenant au cinéma, on peut remarquer que Hussam Jlilaty considère le cinéma indépendant comme un espace essentiel pour assurer la continuité de la production de films et créer des opportunités.

Lorsque l’artiste filme une rue, un visage ou un lieu, leur conservation ne se limite pas au disque de la caméra. Il préserve aussi la possibilité qu’ils continuent d’exister dans la mémoire après avoir changé, comme si Hussam Jlilaty adoptait cette approche afin de transmettre le plus grand nombre possible d’idées et de laisser au spectateur l’espace nécessaire pour vivre l’expérience.

Car, pour lui, la réalisation de films, telle qu’elle apparaît, n’est ni un métier ni un loisir, mais une manière de vivre. Et le désir de créer quelque chose de convaincant visuellement et émotionnellement est ce qui permet au travail de continuer et de rester fécond artistiquement.

Hussam Jlilaty est un réalisateur venu du théâtre, un acteur qui regarde l’interprétation avec l’œil du réalisateur, et un cinéaste indépendant qui porte avec lui la mémoire de toute une ville faite de salles de cinéma et de théâtre… tout cela à travers une seule âme.

Sidra Assi

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