Il y a des trajectoires artistiques qui ne se laissent pas saisir par un simple enchaînement de rôles ou de dates. Elles se construisent dans un dialogue constant entre disciplines, dans une attention soutenue à la justesse plutôt qu’à la visibilité, dans un rapport exigeant au temps long. Le parcours de Leslie Medina appartient pleinement à cette catégorie. À la croisée du cinéma, de la télévision et de la musique, elle développe depuis plus d’une décennie une œuvre cohérente, portée par une même interrogation : comment habiter une forme sans s’y dissoudre, comment faire entendre une voix sans la réduire à un registre unique.
Originaire de la région lyonnaise, Leslie Medina se forme très tôt au jeu et à l’expression théâtrale. Ce socle initial n’est pas anecdotique : il installe d’emblée une relation rigoureuse au corps, au texte et à l’espace. Le théâtre, chez elle, n’est pas une étape transitoire mais une matrice. Il façonne un rapport précis à la présence, une conscience aiguë du rythme et une capacité à soutenir la durée — qualités qui irrigueront ensuite l’ensemble de son travail à l’écran.
Ses débuts à la télévision au milieu des années 2010 marquent une première inscription professionnelle, sans rupture spectaculaire mais avec une continuité assumée. Leslie Medina s’y impose par une qualité rare : une économie de jeu qui refuse l’effet au profit de la tension intérieure. Cette retenue devient rapidement sa signature. Elle n’occupe pas le cadre, elle le structure. Chaque apparition semble pensée comme un point d’équilibre entre ce qui est montré et ce qui demeure en retrait.
L’accès au cinéma élargit encore ce registre. Dans des œuvres populaires comme Camping 3, puis dans des films et séries aux tonalités plus contrastées, elle évite l’écueil d’une identification rapide à un type de personnage. Au contraire, elle multiplie les variations : figures vulnérables, présences ambivalentes, rôles secondaires densifiés par une attention extrême aux détails. Cette capacité à inscrire une singularité dans des formats très différents témoigne d’un rapport mature au métier, loin de toute recherche de reconnaissance immédiate.
La télévision demeure néanmoins un espace central de son parcours. Des séries telles que Chefs ou Balthazar confirment sa faculté à évoluer dans des univers narratifs structurés, à dialoguer avec des ensembles de jeu importants sans jamais se dissoudre dans le collectif. Plus récemment, sa participation à Fiasco a renforcé cette perception : Leslie Medina y déploie une présence à la fois ancrée et mobile, capable de s’inscrire dans un dispositif choral tout en conservant une ligne personnelle lisible.
Parallèlement à ce chemin d’actrice, un autre axe se développe avec une constance remarquable : la musique. Loin d’un projet annexe ou opportuniste, l’écriture et la composition occupent une place centrale dans sa démarche artistique. Ses chansons prolongent, sous une autre forme, les mêmes questions que son travail d’interprétation : le rapport à l’intime, la fragilité comme force, la construction d’une parole qui ne s’impose pas mais s’installe. La voix devient ici un espace de recherche, un lieu où l’émotion se déploie sans médiation narrative, dans une frontalité maîtrisée.
Ce va-et-vient entre image et son n’est pas un simple cumul de compétences. Il constitue le cœur de son projet. Là où certains cloisonnent leurs pratiques, Leslie Medina les met en résonance. Le corps filmé dialogue avec la voix chantée, le silence d’un plan trouve un écho dans une ligne mélodique. Cette continuité donne à son parcours une lisibilité rare : quel que soit le médium, c’est la même exigence qui s’exprime, le même refus de la facilité.
Son rapport à la production confirme cette maturité. En s’impliquant dans la fabrication de ses projets, elle affirme une volonté de maîtrise sans crispation, attentive aux conditions concrètes de création. Produire, pour elle, n’est pas dominer mais accompagner : garantir un cadre de travail cohérent avec une vision artistique. Cette posture, discrète mais déterminée, s’inscrit pleinement dans une génération d’artistes pour qui l’autonomie est moins un slogan qu’une pratique quotidienne.
Ce qui frappe, au fil des années, c’est la constance de cette trajectoire. Aucun virage spectaculaire, aucune rupture artificielle, mais une progression continue, nourrie par des choix réfléchis. Leslie Medina ne cherche pas à occuper l’espace médiatique ; elle préfère construire une présence durable, faite d’apparitions précises et de projets choisis. Cette économie de l’exposition confère à son travail une densité particulière : chaque rôle, chaque chanson semble porter le poids d’un engagement réel.
À l’heure où les carrières artistiques sont souvent soumises à l’accélération et à la fragmentation, son parcours propose une autre temporalité. Une temporalité où l’on accepte de grandir dans le métier, d’explorer plusieurs formes sans se disperser, de faire de la cohérence un principe actif. C’est sans doute là que réside la singularité de Leslie Medina : dans cette capacité à tenir une ligne, à faire dialoguer disciplines et formats, à inscrire son travail dans une durée assumée.
Aujourd’hui, alors que de nouveaux projets viennent enrichir une filmographie et une discographie déjà substantielles, son itinéraire apparaît comme un cas exemplaire de construction artistique contemporaine. Non pas une carrière façonnée par l’urgence ou l’opportunité, mais un projet pensé comme un ensemble, où chaque étape éclaire la précédente et prépare la suivante. Un parcours qui, précisément, mérite d’être lu dans son épaisseur et regardé comme une œuvre en devenir.
PO4OR – Bureau de Paris
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