Dans un pays où l’instabilité est devenue une donnée structurelle, parler d’économie exige aujourd’hui plus que des slogans ou des diagnostics rapides. Cela requiert une compréhension fine des mécanismes, une capacité à relier les chiffres aux réalités humaines, et surtout une parole responsable. Le parcours de Mireille Korab Abi Nasr s’inscrit précisément dans cette zone exigeante où l’analyse économique, la pratique institutionnelle et la communication stratégique se rencontrent.
Professionnelle du secteur immobilier et bancaire, spécialisée en communication institutionnelle et en développement des affaires, Mireille Korab Abi Nasr n’a jamais abordé l’économie comme un champ abstrait. Son approche est ancrée dans le réel : celui des marchés sous tension, des investisseurs prudents, des institutions confrontées à la perte de confiance, et d’un pays cherchant à maintenir des équilibres fragiles dans un contexte de crise prolongée.
Son expertise s’est construite au croisement de plusieurs sphères clés. Le secteur immobilier, d’abord, qu’elle analyse non comme un simple actif financier mais comme un indicateur avancé de la santé économique globale. Dans ses prises de parole, elle rappelle que l’immobilier au Liban a longtemps joué le rôle de valeur refuge, absorbant les chocs monétaires et offrant une relative stabilité patrimoniale. Mais elle en souligne aussi les limites : absence de financement structuré, ralentissement de la demande locale, dépendance accrue aux capitaux extérieurs. Cette lecture nuancée, loin des discours alarmistes ou excessivement optimistes, fonde sa crédibilité.
À cette expertise sectorielle s’ajoute une solide expérience dans le domaine bancaire, au sein d’un établissement privé où la communication ne se réduit pas à la visibilité médiatique. Pour Mireille Korab Abi Nasr, la communication bancaire est avant tout une question de gouvernance, de pédagogie et de gestion de la confiance. Dans un environnement où la parole financière est scrutée, parfois suspectée, elle défend une communication claire, mesurée, orientée vers la responsabilité institutionnelle plutôt que vers l’effet d’annonce.
Cette posture explique la régularité de ses interventions dans des panels économiques, des conférences spécialisées et des émissions d’analyse. Elle y intervient non comme commentatrice, mais comme actrice d’un écosystème qu’elle connaît de l’intérieur. Ses contributions portent sur des sujets concrets : avenir du marché immobilier après la crise financière, rôle du financement privé, conditions de reprise, articulation entre secteur productif et secteur financier. Elle y apporte une parole structurée, accessible sans être simpliste, technique sans être excluante.
Un autre aspect central de son parcours réside dans son engagement en faveur de la place des femmes dans les sphères de décision économique. Là encore, son discours se distingue par sa sobriété. Elle ne revendique pas une présence symbolique, mais insiste sur la compétence, la performance et la responsabilité. Pour elle, l’enjeu n’est pas d’ouvrir des espaces artificiels, mais de reconnaître la capacité des femmes à occuper, légitimement, des fonctions stratégiques dans des secteurs historiquement dominés par les hommes.
Cette vision se traduit dans son implication au sein de réseaux professionnels et associatifs liés au leadership féminin. Elle y défend une approche pragmatique : formation, accès à l’information, exposition aux réseaux décisionnels, et reconnaissance des parcours hybrides. Dans un contexte libanais marqué par l’exode des compétences, cette approche vise aussi à préserver un capital humain menacé.
Ce qui distingue fondamentalement Mireille Korab Abi Nasr est sa capacité à relier les niveaux : macroéconomique, institutionnel et humain. Elle analyse les marchés, mais n’ignore jamais leur impact sur les individus. Elle parle d’investissement, mais rappelle les conditions sociales et politiques qui le rendent possible. Elle évoque la résilience, sans en faire un mot creux, en l’ancrant dans des stratégies concrètes d’adaptation et de continuité.
Dans ses analyses récentes, elle insiste sur la nécessité de repenser les modèles traditionnels. La crise, selon elle, ne peut être surmontée par un simple retour à l’avant. Elle appelle à une révision des cadres réglementaires, à une modernisation des outils financiers, et à une collaboration renforcée entre secteurs public et privé. Là encore, son discours évite les solutions miracles ; il privilégie la méthode, la cohérence et le temps long.
Son parcours médiatique reflète cette constance. Les apparitions télévisées, les tribunes écrites et les contributions numériques s’inscrivent dans une même ligne éditoriale : informer sans dramatiser, expliquer sans simplifier à l’excès, et contribuer à une culture économique plus mature. Dans un paysage souvent dominé par la polarisation et l’émotion, cette posture tranche.
En définitive, le portrait de Mireille Korab Abi Nasr est celui d’une professionnelle qui a fait le choix de la rigueur. Rigueur dans l’analyse, dans la parole, et dans l’engagement. À travers son travail, elle incarne une génération de décideurs et de communicants pour qui l’économie n’est ni un terrain de spéculation discursive ni un espace de privilèges, mais un champ de responsabilité collective.
Dans un Liban en quête de repères économiques crédibles, sa trajectoire rappelle que la compétence, lorsqu’elle est alliée à une éthique de la parole et à une vision de long terme, demeure l’un des leviers essentiels pour reconstruire la confiance et penser l’avenir..
PO4OR — Bureau de Beyrouth