PORTRAITS

Mohamed Al Thani Quand gravir une montagne devient une manière d’habiter le monde

PO4OR
12 mars 2026
3 min de lecture
Mohamed Al Thani au sommet : lorsque la montagne devient un miroir intérieur.

Dans l’imaginaire collectif, la montagne représente souvent une frontière. Une ligne verticale où le corps humain se confronte à ses propres limites. Pourtant, pour Mohamed Al Thani, l’ascension ne semble jamais se réduire à un simple exploit physique. Derrière chaque sommet atteint apparaît une interrogation plus profonde : pourquoi l’être humain ressent-il ce besoin presque ancestral de monter toujours plus haut ?

Né à Charjah en 1982 et appartenant à la famille Al Thani, Mohamed Al Thani aurait pu suivre un parcours classique de dirigeant ou d’homme d’affaires du Golfe. Diplômé de l’American University of Sharjah puis formé à la Harvard Business School, il s’inscrit naturellement dans l’univers de la gouvernance économique et des grandes organisations. Membre de conseils d’administration, entrepreneur, investisseur, il évolue dans un espace où la décision stratégique et la responsabilité institutionnelle façonnent les trajectoires.

Mais une autre dimension de son parcours s’est progressivement imposée : celle du dialogue avec les montagnes.

Ce dialogue commence véritablement lorsqu’il entreprend de gravir les sommets les plus emblématiques de la planète. Kilimandjaro, Elbrouz, Aconcagua, Denali… puis Everest. En atteignant la plus haute montagne du monde en 2013, Mohamed Al Thani devient le premier Qatari à accomplir cet exploit. L’événement dépasse rapidement la simple performance sportive. Dans un espace géographique où l’imaginaire du désert domine, l’ascension des plus hautes montagnes du globe introduit une nouvelle symbolique : celle d’un horizon vertical.

Mais l’Everest n’est pas une fin. Il devient au contraire un commencement.

Au fil des années, Al Thani poursuit ce que les alpinistes appellent le défi des Seven Summits, les plus hauts sommets de chaque continent. L’Afrique, l’Europe, l’Amérique du Nord et du Sud, l’Antarctique, l’Océanie, l’Asie : chacun de ces espaces représente un univers climatique, culturel et humain radicalement différent. Gravir ces montagnes implique non seulement une préparation physique extrême, mais aussi une immersion dans des paysages où la fragilité humaine devient évidente.

Dans ces environnements, la nature ne négocie pas.

Les vents violents, l’oxygène rare, le froid extrême rappellent que l’ascension est d’abord une épreuve intérieure. C’est peut-être pour cette raison que les mots qu’Al Thani partage souvent évoquent moins la victoire que la transformation personnelle. Dans l’un de ses messages, il écrit que la véritable montagne à gravir est celle qui se trouve en nous. Cette phrase résume peut-être la philosophie qui traverse son parcours.

Car la montagne agit comme un miroir.

Elle révèle la patience, la peur, la persévérance, mais aussi l’humilité. Dans ces altitudes où chaque pas devient difficile, l’être humain redécouvre la valeur des choses simples : respirer, avancer, continuer.

Cette dimension introspective apparaît également dans l’engagement humanitaire d’Al Thani. En tant qu’ambassadeur de l’organisation Education Above All, il participe à des initiatives destinées à soutenir l’accès à l’éducation dans différentes régions du monde. L’ascension devient alors un outil de mobilisation. Lors d’une expédition sur le Kilimandjaro, il accompagne un groupe de jeunes afin de collecter des fonds pour des projets éducatifs.

Ainsi, la montagne cesse d’être uniquement un lieu de conquête.

Elle devient un espace de transmission.

Cette logique se retrouve également dans son activité entrepreneuriale et dans ses projets liés à la performance physique et mentale. Dans plusieurs interventions publiques, Al Thani insiste sur les valeurs que les montagnes lui ont enseignées : la passion, la foi, la patience, la persévérance, l’humilité et l’inspiration.

Ces mots peuvent sembler simples. Pourtant, dans le contexte d’une ascension extrême, ils prennent une densité particulière. Ils deviennent des principes vécus, testés dans des environnements où l’erreur peut coûter très cher.

L’image publique d’Al Thani reflète d’ailleurs cette double dimension. Sur ses réseaux sociaux, on le voit aussi bien au sommet d’un glacier qu’au milieu d’un entraînement sportif, d’une conférence ou d’un moment familial. Cette alternance entre les paysages vertigineux et la vie quotidienne crée une narration singulière : celle d’un individu qui cherche à intégrer l’expérience de la montagne dans la vie ordinaire.

La montagne ne reste pas sur la montagne.

Elle descend avec lui.

Dans cette perspective, chaque sommet devient moins un point final qu’un point de départ. Une manière de reformuler la relation entre ambition et sens. Dans un monde souvent obsédé par la réussite rapide, l’alpinisme rappelle une vérité plus lente : atteindre une hauteur exige du temps, de la discipline et une capacité à accepter l’incertitude.

C’est peut-être là que réside la dimension la plus intéressante du parcours de Mohamed Al Thani. Dans la manière dont il transforme l’exploit sportif en langage symbolique. Les sommets ne sont plus seulement des records géographiques. Ils deviennent des métaphores de la croissance intérieure.

Dans cette perspective, gravir l’Everest n’est pas simplement atteindre 8848 mètres.

C’est apprendre que l’altitude véritable ne se mesure pas toujours en mètres.

Parfois, elle se mesure dans la profondeur de l’expérience humaine.

PO4OR-Bureau de Paris
©Portail de l’Orient.

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