PORTRAITS

OMAR RAMMAL TENIR L’IMAGE LÀ OÙ ELLE POURRAIT DISPARAÎTRE

PO4OR
2 avr. 2026
4 min de lecture
Cinema
Omar Rammal Maintenir une image là où tout pousse à la faire disparaître.

Ce qui distingue Omar Rammal ne relève pas d’un succès précoce, ni d’une ascension rapide alimentée par les logiques habituelles de visibilité. Ce qui s’installe chez lui tient ailleurs. Dans une manière de considérer l’image non comme un produit à diffuser, mais comme un espace à maintenir. Un espace fragile, exposé, constamment menacé par sa propre circulation.

Car le point de départ n’est pas le cinéma au sens classique. Il n’y a pas, dans son entrée, de trajectoire institutionnelle qui viendrait légitimer une position. Ce qui se construit prend forme dans un territoire plus instable: celui des plateformes, des formats courts, de la consommation rapide. Un espace où l’image apparaît, circule, puis disparaît presque aussitôt.

Et pourtant, au lieu d’accompagner ce mouvement, il fait un choix discret mais déterminant. Ne pas accélérer. Ne pas simplifier. Ne pas produire pour satisfaire immédiatement.

Il installe autre chose.

Une manière de retenir l’image.

Dans ses premiers travaux, cette tension est déjà perceptible. Les récits ne cherchent pas à impressionner. Ils ne se structurent pas autour d’un effet. Ils avancent autrement, par une accumulation de détails, par une attention portée aux gestes, aux silences, à ce qui ne se donne pas immédiatement. Ce qui se joue ici n’est pas spectaculaire. C’est une tentative de maintenir une forme de justesse dans un environnement qui pousse, en permanence, à la simplification.

Cette position devient plus lisible à mesure que son travail circule. Car ce qui attire n’est pas uniquement la dimension émotionnelle des histoires. C’est la manière dont elles sont tenues. Une retenue. Une économie. Une volonté de ne pas surcharger ce qui, déjà, existe dans la réalité.

Dans ce cadre, son double rôle — réalisation et image — ne constitue pas un simple cumul de fonctions. Il agit comme un point d’équilibre. L’image n’illustre pas le récit. Elle le précède, parfois même le contraint. Elle impose un rythme, une distance, une manière de regarder.

C’est là que se situe une première ligne de force.

Mais elle reste, pour l’instant, contenue.

Car la majorité de ses travaux s’inscrivent encore dans une logique de proximité avec le public. Formats courts, diffusion rapide, ancrage dans des plateformes conçues pour capter l’attention plutôt que pour la prolonger. Ce choix n’est pas une faiblesse. Il correspond à un contexte, à une génération, à une manière d’entrer dans le champ.

Mais il crée une tension.

Entre ce qui est tenté… et ce qui pourrait advenir.

Le projet “Dreams Don’t Die” s’inscrit précisément dans cet espace. Non comme un aboutissement, mais comme un passage. Une tentative de déplacer ce qui a été construit ailleurs vers une forme plus exigeante, plus exposée. Le récit reste accessible. L’émotion, directe. Mais quelque chose s’ouvre. Une volonté d’inscrire l’image dans une durée plus longue. De la sortir du flux.

Ce déplacement est encore fragile.

Et c’est précisément là que réside son intérêt.

Car il ne s’agit pas, ici, d’un geste déjà stabilisé. Rien n’est figé. Rien n’est sécurisé. Ce qui se construit est encore en mouvement, traversé par des hésitations, des ajustements, des choix à venir.

Et c’est dans cet état que se joue la suite.

Car rester dans une logique de circulation rapide assurerait une continuité confortable. Un public acquis. Une reconnaissance stable. Une production régulière.

Mais ce serait, aussi, limiter la portée de ce qui est en train d’émerger.

À l’inverse, déplacer le travail vers des formes moins immédiates, moins consensuelles, plus exigeantes, implique autre chose. Un risque. Une perte potentielle de lisibilité. Une distance avec le rythme des plateformes.

Mais aussi, une possibilité.

Celle de transformer une pratique en position.

De faire de l’image non plus un contenu, mais un langage.

Ce passage ne se décrète pas. Il ne repose pas sur une montée en puissance progressive ou sur une accumulation de projets. Il demande un déplacement plus profond. Une manière de renoncer à certaines évidences. À certaines facilités. À certaines formes d’efficacité immédiate.

Ce qui, jusqu’ici, fonctionne — la clarté, l’émotion directe, la proximité — pourrait devenir, à terme, une limite si cela reste le seul cadre.

Et c’est précisément là que se situe l’enjeu.

Non pas produire davantage. Mais déplacer.

Déplacer le regard. Déplacer la forme. Déplacer le rythme.

Construire une image qui ne cherche pas seulement à être reçue, mais qui résiste. Qui impose son propre temps. Qui oblige à rester.

Rien, dans son parcours actuel, n’indique une impossibilité à opérer ce mouvement. Au contraire. Les éléments sont là. Une attention réelle à l’image. Une capacité à tenir un récit sans le surcharger. Une compréhension intuitive de ce qui doit être montré… et de ce qui doit rester en retrait.

Ce qui manque n’est pas une compétence.

C’est un basculement.

Et ce basculement ne dépend ni d’un projet précis, ni d’une reconnaissance extérieure. Il dépend d’un choix. Celui de quitter, partiellement, les espaces où l’image circule facilement, pour entrer dans ceux où elle se construit lentement.

À partir de là, tout change.

La question n’est plus de savoir si le public suivra. Ni même si les projets seront vus. La question devient plus simple, mais plus exigeante:

Quelle image mérite d’être tenue?

Et combien de temps accepter de la porter, avant qu’elle ne trouve sa forme juste?

Dans ce déplacement, il ne s’agit pas de rompre avec ce qui a été construit. Mais de le prolonger autrement. De donner à cette pratique une profondeur qu’elle appelle déjà, sans encore l’atteindre pleinement.

Car ce qui apparaît aujourd’hui n’est pas une trajectoire aboutie.

C’est une zone.

Un point de passage entre deux états.

Et c’est précisément dans cet entre-deux que quelque chose peut se jouer.

Pas dans la répétition.

Mais dans la décision de continuer… autrement.

PO4OR-Bureau de Paris
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