Fonder un média au Liban, le maintenir vivant dans la durée et lui donner une fonction sociale claire relève aujourd’hui moins de l’initiative entrepreneuriale que d’un choix éthique. C’est dans cette zone de responsabilité assumée que s’inscrit le parcours de Patricia Bitar Cherfan. À la croisée de l’édition, de la société civile et de la diplomatie culturelle, elle a construit un projet qui refuse la spectacularisation comme la neutralité confortable, pour interroger le rôle réel du média dans un pays traversé par les crises.
Fondatrice et rédactrice en chef de HOMEland Magazine, évolution de HOME Magazine, publication anglophone de référence dédiée au Liban et à sa diaspora, Patricia Bitar Cherfan n’a jamais conçu l’édition comme un simple exercice de style ou une vitrine sociale. Son travail s’inscrit dans une conception exigeante du média comme espace de lien, de dialogue et de responsabilité. À travers HOMEland, elle a progressivement bâti une plateforme éditoriale capable de relier territoires, mémoires et générations, tout en préservant une ligne indépendante, non partisane et inclusive.
Ce projet éditorial, lancé et développé dans un contexte libanais marqué par les crises politiques, économiques et sociales, repose sur une conviction claire : raconter le Liban ne consiste pas à en lisser les fractures, mais à en rendre compte avec justesse, dignité et profondeur. Culture, design, entrepreneuriat, patrimoine, santé, gastronomie, bien-être ou encore engagement citoyen ne sont pas traités comme des rubriques isolées, mais comme les composantes d’un même récit collectif, celui d’un pays qui cherche à se dire autrement.
Au-delà de l’édition, le parcours de Patricia Bitar Cherfan s’inscrit dans une longue histoire d’engagement social et associatif, qui a marqué durablement son approche du leadership, de la transmission et de la participation citoyenne. Ces expériences, inscrites dans le temps long, ont contribué à façonner une vision exigeante du changement social, fondée sur la formation, la culture et la mise en réseau plutôt que sur l’effet d’annonce.
Son rôle à la tête de PiDRAYA, entreprise sociale dédiée aux plateformes culturelles et aux projets à impact sociétal, prolonge cette même logique. Il ne s’agit pas d’un engagement symbolique, mais d’un travail structurel visant à inscrire la culture et les médias dans une économie responsable, capable de conjuguer viabilité, éthique et utilité publique.
Reconnue par plusieurs institutions académiques et internationales pour son action, Patricia Bitar Cherfan incarne une forme de leadership discret mais déterminé. Son expertise, qui couvre l’édition, l’entrepreneuriat social, la diplomatie culturelle et le plaidoyer citoyen, s’accompagne d’une rare capacité à évoluer entre différents espaces : celui des médias, des institutions, de la société civile et de la diaspora libanaise. Cette transversalité constitue l’un des fondements de sa crédibilité et de la durabilité de ses projets.
Ce qui distingue son parcours, enfin, tient à une posture profondément humaniste. Défendre l’égalité des chances, promouvoir la voix des femmes, valoriser la diversité culturelle et refuser toute lecture partisane du réel ne relèvent pas chez elle d’un discours militant convenu, mais d’une pratique quotidienne. Une pratique qui s’exprime autant dans les choix éditoriaux que dans les collaborations, les partenariats et les causes soutenues.
Dans un paysage médiatique souvent fragilisé par la précarité économique et la polarisation, Patricia Bitar Cherfan rappelle que l’édition peut encore être un acte de responsabilité civique. Que raconter, transmettre et relier constituent, en soi, des formes de résistance douce mais essentielles. Et que la culture, lorsqu’elle est pensée comme un bien commun, demeure l’un des derniers espaces capables de retisser du sens.
Ali Al-Hussien – Paris