Le Festival de Cannes (12 – 23 mai) a rendu hommage au cinéaste néo-zélandais Peter Jackson en lui remettant une Palme d’or d’honneur, saluant une carrière qui a fait de lui l’un des grands artisans du cinéma populaire et épique, notamment grâce à la trilogie du Seigneur des anneaux, devenue une référence majeure du cinéma fantastique contemporain.
Au lendemain de cette distinction reçue sur la scène du Grand Théâtre Lumière, le réalisateur de 63 ans est revenu, lors d’une rencontre avec le public, sur ses débuts modestes, sa passion pour les films d’horreur, la naissance de King Kong et du Seigneur des anneaux, mais aussi sur la technologie, l’intelligence artificielle et les Oscars. An-Nahar était présent.
« J’ai quitté mon pays comme graveur photo, j’y suis revenu comme réalisateur »
Peter Jackson a d’abord confié qu’il n’avait jamais imaginé recevoir une Palme d’honneur un jour. Selon lui, cette récompense relevait presque de l’impossible :
« Je n’ai jamais pensé que cela pouvait m’arriver. C’était comme rêver d’être danseur étoile ou champion olympique de saut en hauteur », a-t-il déclaré.
Le réalisateur a reconnu qu’il ne s’était jamais considéré comme un auteur de « films cannois », mais plutôt comme un cinéaste du spectacle populaire, de l’aventure et de l’imaginaire. D’où son étonnement de voir aujourd’hui Cannes célébrer son parcours.
Il est ensuite revenu sur sa première venue au festival, en 1987, avec Bad Taste. À l’époque, il travaillait encore dans la gravure photographique en Nouvelle-Zélande. Il raconte avoir été projeté soudainement dans un univers dont il rêvait depuis toujours, sans réelle expérience du milieu cinématographique.
Jackson se souvenait également de la fragilité de ce moment : de nombreux films indépendants présentés à Cannes disparaissaient aussitôt après leur projection, sans distributeur ni avenir pour leurs réalisateurs. Mais Bad Taste fut vendu, changeant définitivement le cours de sa vie.
« J’ai quitté mon pays comme graveur photo, et j’y suis revenu comme réalisateur de cinéma », a-t-il résumé.
L’horreur comme école de cinéma
Évoquant ses débuts, Peter Jackson a expliqué combien les films d’horreur avaient façonné son apprentissage du cinéma. Il cite notamment The Evil Dead, Re-Animator ou encore Dawn of the Dead parmi les œuvres qui l’ont marqué.
Selon lui, l’horreur constitue une école idéale pour les jeunes réalisateurs :
- les budgets y sont réduits,
- les grandes stars absentes,
- mais l’imagination peut compenser tous les manques.
Il précise toutefois que ses propres films n’étaient jamais de l’horreur pure. Ils mêlaient violence outrancière et humour physique, dans un style qu’il qualifiait lui-même de « splatterstick », contraction de « splatter movie » et de comédie burlesque.
« C’était comme regarder un film de Buster Keaton… mais avec des têtes qui explosent », a-t-il lancé en souriant.
« En regardant King Kong, je me suis dit : je veux faire des films »
Peter Jackson a également raconté le choc fondateur provoqué, durant son enfance, par la découverte du King Kong original à la télévision néo-zélandaise dans les années 1960.
Il affirme que ce visionnage a changé sa vie :
« En regardant le film, je me suis soudain dit : je veux faire des films. »
Peu après, il s’empare de la caméra Super 8 de son père et commence à tourner ses premières expérimentations : animations image par image, petits effets spéciaux et scènes improvisées.
Le cinéaste est revenu longuement sur son attachement à King Kong, expliquant qu’il souhaitait, dans sa propre version, approfondir la relation émotionnelle entre Kong et Ann Darrow. Contrairement au film de 1933, où l’héroïne « passe surtout son temps à crier », selon lui, Jackson voulait créer un véritable lien affectif entre les deux personnages.
Il révèle aussi avoir imaginé une scène finale inédite : après la mort de Kong, une vieille femme au milieu de la foule devait déclarer :
« Non… la belle a sauvé la bête »,
en réponse à la célèbre réplique : « La belle a tué la bête ».
Cette femme devait être Fay Wray elle-même, héroïne du film original. Le tournage était prévu devant un fond vert dans son appartement, car l’actrice, presque centenaire, ne pouvait plus voyager. Mais elle est décédée peu avant le tournage.
Un hommage à un maître du cinéma populaire
En honorant Peter Jackson, Cannes célèbre un cinéaste qui a fait passer le fantastique et l’épopée du statut de divertissement marginal à celui de phénomène culturel mondial.
Des films d’horreur artisanaux tournés en Nouvelle-Zélande aux univers monumentaux du Seigneur des anneaux et de King Kong, Peter Jackson a construit une œuvre fondée sur l’évasion, l’imaginaire et la conviction que le cinéma peut encore fabriquer des mondes capables de dépasser la réalité.