Aller au contenu
   PO4OR PARIS
ACCUEIL›PORTRAITS›RIM ABDENNADHER LÀ OÙ L’ÉCOUTE DEVIENT UNE FORME D’ACTION
RIM ABDENNADHER LÀ OÙ L’ÉCOUTE DEVIENT UNE FORME D’ACTION
PORTRAIT ÉDITORIAL
PORTRAITS

RIM ABDENNADHER LÀ OÙ L’ÉCOUTE DEVIENT UNE FORME D’ACTION

05 octobre 2026 · 6 min read

Chez Rim Abdennadher, rien ne semble avoir suivi une seule ligne.

Il y a eu les sciences, la psychologie, les médias, l’entreprise, l’éducation, puis des engagements humains qui l’ont conduite vers des réalités beaucoup plus fragiles que celles auxquelles son environnement d’origine la destinait.

Ce qui frappe pourtant n’est pas la diversité de ces univers.

C’est la manière dont ils finissent par se rejoindre.

Parce qu’au fond, Rim n’a jamais cessé de travailler autour d’une même matière : l’humain.

L’humain lorsqu’il apprend.

Lorsqu’il doute.

Lorsqu’il tombe.

Lorsqu’il cherche sa place.

Lorsqu’il devient vulnérable au point que quelques mots, une écoute ou une présence peuvent parfois changer la suite d’une histoire.

C’est là que son parcours prend son véritable sens.

Pas dans l’accumulation des titres.

Pas dans l’exposition médiatique.

Pas davantage dans le poids d’un nom familial connu dans l’univers entrepreneurial tunisien.

Mais dans ce déplacement progressif vers ce que les autres ne voient pas toujours.

Vers ce qui se joue derrière un comportement.

Derrière un silence.

Derrière une rupture.

Derrière une détresse que l’on pourrait trop vite juger au lieu d’essayer de la comprendre.

Son itinéraire commence pourtant loin de l’image traditionnelle que l’on associe à la psychologie.

Après un baccalauréat en mathématiques, Rim Abdennadher poursuit en Californie des études en biologie moléculaire et en neuropsychologie, avant de revenir en Tunisie et d’approfondir la psychologie clinique et la psychopathologie appliquée.

Son parcours la conduit ensuite vers l’hôpital Razi, où elle consacre plusieurs années au bénévolat.

Ce passage n’est pas anodin.

Un hôpital psychiatrique apprend probablement quelque chose qu’aucun diplôme ne peut entièrement transmettre : derrière un diagnostic demeure une personne.

Derrière un comportement, une histoire.

Derrière certaines violences, certains silences ou certaines ruptures, il existe parfois une douleur qui n’a jamais trouvé les mots pour être racontée.

C’est peut-être là que l’écoute cesse d’être une qualité.

Elle devient une responsabilité.

ENTRE LE MICROPHONE ET LE SILENCE

Rim Abdennadher a également connu l’univers médiatique.

Un monde qui fonctionne avec la parole, l’image, la visibilité et l’immédiateté.

À première vue, peu de choses semblent rapprocher un studio de télévision ou de radio d’un espace thérapeutique.

Dans le premier, il faut parler.

Dans le second, il faut souvent apprendre à se taire.

Et pourtant, quelque chose les relie : la parole n’a de valeur que lorsqu’elle trouve quelqu’un capable de l’entendre.

Cette frontière entre expression et écoute traverse une grande partie de son parcours.

Elle explique peut-être pourquoi son engagement s’est progressivement déplacé vers des territoires où la communication ne pouvait plus être seulement publique, mais devait devenir humaine.

Les enfants.

Les adolescents.

Les couples.

Les familles.

Les femmes confrontées à la maladie.

Les personnes rendues vulnérables par leur situation sociale.

Et, plus difficile encore, les jeunes exposés aux mécanismes de radicalisation.

Son travail autour de la prévention de l’extrémisme l’a notamment conduite à suivre des situations de jeunes filles confrontées à des processus d’endoctrinement et à porter cette expérience dans des discussions internationales, notamment aux Nations unies à New York.

Mais derrière les grandes institutions et les conférences internationales se trouve une réalité beaucoup moins spectaculaire.

Une jeune fille qui reste.

Une famille qui retrouve un dialogue.

Un enfant qui recommence à faire confiance.

Une décision prise quelques heures avant qu’il ne soit trop tard.

C’est à cette échelle que l’impact humain devient réel.

NAÎTRE DANS UN UNIVERS, CHOISIR SA PROPRE PLACE

Rim appartient aussi à une famille dont le nom est associé depuis longtemps à l’entrepreneuriat et à l’industrie en Tunisie.

Elle aurait pu se laisser définir par cette seule appartenance.

Elle ne l’a pas fait.

Elle n’a pas davantage rejeté cet héritage.

Elle a choisi une voie plus complexe : apprendre à évoluer entre plusieurs mondes sans devenir prisonnière d’aucun.

Elle complète ainsi son parcours par un Executive MBA et participe au monde entrepreneurial, tout en poursuivant son engagement dans la psychologie et la thérapie familiale.

Ce détail raconte quelque chose de plus intéressant que la simple appartenance à une famille d’affaires.

Il raconte la coexistence de deux cultures que l’on oppose trop facilement.

Celle de l’entreprise, qui demande de décider.

Et celle de la psychologie, qui exige de comprendre avant de décider.

L’une parle d’organisation, de responsabilité et de résultat.

L’autre rappelle qu’aucune organisation ne fonctionne longtemps lorsqu’elle oublie les êtres humains qui la composent.

Entre les deux, Rim Abdennadher a construit son propre territoire.

L’ENFANT COMME POINT DE DÉPART

Cette préoccupation pour l’humain prend une autre forme lorsqu’elle touche à l’éducation.

Son intérêt pour les enfants et les familles la conduit à développer l’American International Academy of Tunis, pensée autour d’une approche éducative inspirée de Reggio Emilia et accordant une place centrale à la relation entre l’enfant, les parents et les éducateurs.

L’idée est révélatrice.

Éduquer ne consiste pas seulement à remplir.

Il faut observer.

Écouter.

Créer les conditions permettant à une personnalité de se construire sans lui imposer prématurément ce qu’elle devrait devenir.

Nous retrouvons alors, sous une autre forme, le même fil.

Celui de l’écoute.

QUAND L’ENGAGEMENT QUITTE LES DISCOURS

Le mot humanitaire est devenu facile à prononcer.

Le mot engagement également.

Mais leur sens véritable apparaît lorsque l’on quitte les événements, les photographies et les déclarations pour entrer dans les endroits où personne n’applaudit.

Au cours de son parcours, Rim Abdennadher s’est engagée dans des actions liées au décrochage scolaire, à l’accompagnement de femmes touchées par le cancer du sein, au soutien de personnes vulnérables et à la défense de personnes victimes de discriminations.

Ce sont des causes différentes.

Elles possèdent pourtant un point commun.

Dans chacune d’elles, quelqu’un risque de devenir invisible.

Et peut-être est-ce précisément là que se situe la cohérence de son parcours.

Voir celui que la situation est en train d’effacer.

NE PAS CONFONDRE VISIBILITÉ ET EXISTENCE

À l’époque des réseaux sociaux, cette distinction devient presque paradoxale.

Rim est une femme visible.

Elle connaît les médias, l’image, les codes sociaux et les espaces publics.

Elle ne cherche pas à dissimuler la féminité, l’élégance ou le plaisir de vivre derrière la gravité de son métier.

Et c’est peut-être important.

Parce que l’on demande encore trop souvent aux femmes engagées dans des métiers intellectuels ou humanitaires de choisir entre plusieurs versions d’elles-mêmes.

Être sérieuse ou élégante.

Scientifique ou féminine.

Entrepreneure ou thérapeute.

Publique ou profonde.

Comme si la crédibilité exigeait nécessairement le renoncement à une partie de soi.

Le parcours de Rim Abdennadher suggère exactement l’inverse.

Une personne n’est pas crédible parce qu’elle correspond à l’image que les autres ont préparée pour elle.

Elle le devient lorsque ses différentes dimensions cessent d’avoir besoin de s’excuser d’exister ensemble.

CE QUI RESTE LORSQUE LES TITRES DISPARAISSENT

Il serait facile, au terme de ce portrait, de reprendre la liste.

Psychologue.

Psychothérapeute.

Entrepreneure.

Éducatrice.

Femme de médias.

Actrice de la société civile.

Mais une accumulation de titres ne raconte jamais complètement une personne.

Ce qui importe davantage est ce qui demeure lorsqu’on les retire.

Chez Rim Abdennadher, il reste cette idée obstinée que l’humain mérite d’être entendu avant d’être jugé.

Que certaines blessures ont besoin de mots.

Que certaines paroles ont besoin de silence.

Que l’éducation peut prévenir ce que la société devra autrement réparer.

Et que la réussite n’a peut-être de véritable valeur que lorsqu’elle permet de rendre quelque chose à ceux qui disposent de moins de choix.

Il existe des personnes qui utilisent leur voix pour être entendues.

Et d’autres qui découvrent, avec le temps, que leur véritable force réside dans leur capacité à entendre.

Entre les médias, la psychologie, l’entreprise, l’éducation et l’engagement social, Rim Abdennadher semble avoir progressivement construit sa place à cet endroit précis.

Là où écouter n’est plus attendre son tour pour parler.

Là où écouter devient une manière d’agir.

FIN DU PORTRAIT PARTAGER ↗