La sélection du film The Voice of Hind Rajab sur la longlist des BAFTA 2026, dans les catégories Best Film Not in English Language et Best Director, constitue bien plus qu’une reconnaissance honorifique. Elle marque un moment de vérité pour un cinéma arabe contemporain qui affirme, avec une force croissante, sa capacité à porter des récits nécessaires au cœur des institutions culturelles internationales les plus exigeantes.

Réalisé par Kaouther Ben Hania, le film s’inscrit dans une œuvre cohérente et rigoureuse, où la mise en scène n’est jamais dissociée d’une responsabilité éthique. Ici, la question du « son » dépasse sa dimension technique : elle devient un vecteur de mémoire, un espace de résistance et un instrument de transmission. Le titre lui-même annonce une intention claire : faire entendre ce qui a été tu, marginalisé ou relégué aux marges du récit dominant. La caméra se met au service de cette écoute, avec une sobriété formelle qui refuse l’effet spectaculaire pour privilégier la justesse.

La présence du film sur la longlist des BAFTA confirme la place singulière de Kaouther Ben Hania dans le paysage cinématographique mondial. Son cinéma ne cherche ni la neutralité confortable ni la provocation facile. Il assume une position, tout en travaillant la complexité des situations et la densité des trajectoires humaines. Être reconnue simultanément pour le meilleur film non anglophone et la meilleure réalisation souligne la cohérence entre la vision artistique et la maîtrise formelle, entre le propos et l’acte de mise en scène.

Ce parcours international est indissociable du soutien institutionnel qui a accompagné le projet. Le rôle du Red Sea Fund, à travers l’engagement du Red Sea International Film Festival, mérite une attention particulière. Ce soutien ne relève pas d’un simple mécanisme de financement : il participe à une dynamique plus large visant à permettre à des récits issus du monde arabe d’atteindre des scènes globales, sans dilution de leur singularité. Le cheminement du film, depuis son développement jusqu’à sa reconnaissance par les BAFTA, illustre l’efficacité d’un modèle où l’accompagnement artistique et la vision stratégique se rejoignent.

L’enjeu dépasse ainsi le seul succès du film. Il interroge la transformation progressive des circuits de légitimation du cinéma mondial. Longtemps cantonnés à des espaces périphériques, les films non anglophones accèdent désormais à une visibilité accrue au sein des grandes académies. Cette évolution n’est pas anodine : elle reflète un élargissement du regard, mais aussi une attente nouvelle du public international pour des récits ancrés, porteurs de sens et capables de renouveler les formes narratives.

Dans le cas de The Voice of Hind Rajab, cette reconnaissance intervient à un moment où le cinéma est sommé de réaffirmer sa pertinence sociale. Le film rappelle que certaines histoires exigent du temps, de l’écoute et une attention soutenue. Il ne s’agit pas de produire un discours explicatif ou militant, mais de créer un espace où le spectateur est invité à partager une expérience sensible. Cette approche, exigeante et parfois inconfortable, trouve aujourd’hui un écho au plus haut niveau institutionnel, ce qui constitue en soi un signal fort.

La sélection aux BAFTA ouvre également une perspective stratégique pour la circulation du film. Elle renforce sa présence sur les marchés internationaux, accroît ses chances de diffusion et consolide sa place dans les débats critiques à venir. À l’approche des annonces finales, le film s’impose déjà comme une référence de l’année cinématographique, indépendamment de l’issue du processus de sélection. La longlist agit ici comme un label de qualité et de pertinence culturelle.

Au-delà du film et de sa réalisatrice, cette reconnaissance engage une réflexion plus large sur le rôle des institutions culturelles arabes dans la construction d’un écosystème cinématographique durable. Le soutien du Red Sea Fund témoigne d’une volonté d’investir dans des projets à forte valeur artistique et symbolique, capables de dialoguer avec les grandes scènes internationales sans renoncer à leur ancrage. Cette stratégie, encore récente, commence à produire des résultats tangibles, dont The Voice of Hind Rajab est une illustration emblématique.

Enfin, la portée de cette sélection réside dans sa capacité à rappeler pourquoi le cinéma demeure un espace essentiel de narration et de mémoire. À une époque marquée par la saturation des images et la rapidité de la consommation culturelle, le film de Kaouther Ben Hania propose une autre voie : celle de l’écoute, de la durée et de la responsabilité du regard. Sa présence sur la longlist des BAFTA 2026 consacre non seulement une œuvre, mais aussi une manière de faire du cinéma, exigeante, engagée et profondément humaine.

Bureau de Riyad