Yvonne El Hachem appartient à cette catégorie rare d’artistes pour lesquels la polyvalence ne relève ni de l’effet d’annonce ni d’un positionnement marketing, mais d’une pratique réelle et cohérente. Son parcours s’est construit dans la durée, à l’intersection de la voix, de l’écriture et de la scène, avec une exigence qui refuse les raccourcis et privilégie la profondeur artistique.
Chanteuse, auteure compositrice et actrice, Yvonne El Hachem a fait le choix de maîtriser l’ensemble de son langage créatif. Écrire ses chansons, en composer les mélodies et les incarner sur scène procède chez elle d’un même geste artistique. Cette cohérence se prolonge dans son rapport aux langues. Elle chante en arabe, en français, en anglais, mais aussi en espagnol, en italien et en dialecte algérien. Cette pluralité linguistique ne relève pas de la performance, mais d’une recherche sensible sur le rythme, la musicalité et la charge émotionnelle propres à chaque langue.
Son album Maaleish, enregistré en Belgique et arrangé par le compositeur Mike Massy, marque une étape structurante de son parcours. Composé de douze titres majoritairement écrits et composés par Yvonne El Hachem, cet album affirme une identité sonore assumée. Loin de l’accumulation de titres, il propose une narration musicale cohérente, où l’intime dialogue avec des thèmes universels. Le projet témoigne d’une maturité artistique fondée sur l’équilibre entre écriture, composition et interprétation.
L’un des moments les plus significatifs de son parcours reste l’autorisation exceptionnelle accordée par Charles Aznavour, faisant d’elle la première artiste féminine autorisée à enregistrer et publier Comme ils disent dans son propre album. Ce geste dépasse largement le cadre d’une reprise. Il constitue une reconnaissance artistique fondée sur la justesse de l’interprétation et la capacité à habiter un texte chargé d’histoire et de sens. La publication ultérieure d’un témoignage écrit d’Aznavour dans un magazine international, saluant la profondeur et la sincérité de son interprétation, vient consacrer cette rencontre artistique.
La scène occupe une place centrale dans son travail. Sa présence scénique repose sur une densité rare, où la voix engage le corps et l’espace. Ses concerts, donnés en Europe, au Liban et dans plusieurs pays de la région, de la Suisse à l’Italie, de la Macédoine à Dubaï, révèlent une capacité à dialoguer avec des publics variés sans jamais diluer son identité artistique. Chaque performance devient un espace de partage, fondé sur l’écoute et l’émotion.
Son parcours s’est enrichi d’une dimension théâtrale et musicale marquante. Elle a tenu les rôles principaux de chanteuse et d’actrice dans Village’s Opera de Caracalla, puis dans l’opéra suisse OperAdon présenté à Genève. Ces expériences confirment son aisance dans des registres exigeants, où la rigueur vocale se conjugue à l’interprétation dramatique. Elle a également incarné le rôle principal dans Ayle Matoub Alaya, première série musicale du Moyen Orient diffusée sur MTV Liban, marquant une étape importante dans l’histoire des formats hybrides de la région.
Son travail théâtral l’a conduite à collaborer avec le metteur en scène irakien Jawad El Assadi dans la pièce Nisa’ El Sexophone. Cette collaboration inscrit son parcours dans une tradition de théâtre contemporain engagé, où l’acteur est appelé à porter une parole complexe et exigeante.
La reconnaissance médiatique de son travail s’est traduite par plusieurs reportages diffusés dans les journaux télévisés de LBC, MTV et OTV. Ces apparitions accompagnent un parcours déjà solide et ne constituent jamais une finalité. Chez Yvonne El Hachem, la visibilité reste au service du travail artistique et non l’inverse.
Ce qui distingue profondément son itinéraire est sa capacité à maintenir une cohérence artistique dans un paysage souvent dominé par l’éphémère. Elle construit son œuvre dans une temporalité longue, attentive au sens, à la justesse et à la responsabilité du geste artistique. Son parcours dessine ainsi la figure d’une artiste contemporaine complète, consciente de ses outils, de ses choix et de la portée culturelle de son travail.
Rédaction : Bureau de Beyrouth