Il est des villes qui n’entrent pas dans l’histoire du cinéma par la mythologie des studios ou par la densité de leurs récits fondateurs, mais par une autre voie, plus contemporaine : celle de la capacité d’accueil, de l’ingénierie de production et de la compréhension fine des besoins de l’industrie mondiale de l’image. Abou Dhabi appartient désormais à cette catégorie stratégique. En l’espace de quelques années, la capitale des Émirats arabes unis s’est imposée comme l’un des pôles majeurs du tournage international, accueillant des productions hollywoodiennes, bollywoodiennes et télévisuelles de tout premier plan.

Cette trajectoire ne relève ni du hasard ni d’un simple effet d’aubaine géographique. Elle résulte d’une politique culturelle et industrielle assumée, portée notamment par l’Abu Dhabi Film Commission et par l’écosystème créatif structuré autour de twofour54. Ensemble, ces acteurs ont transformé le territoire en une plateforme de production intégrée, capable de répondre aux standards les plus exigeants du cinéma mondial.

Une géographie devenue langage cinématographique

Déserts, dunes monumentales, architecture contemporaine, paysages urbains futuristes ou espaces industriels modulables : Abou Dhabi offre une palette de décors dont la diversité constitue l’un de ses atouts majeurs. La région de Liwa, avec ses étendues de sable spectaculaires, a ainsi servi de toile de fond à des films devenus emblématiques, de Dune à Star Wars. La ville, quant à elle, a été mise en scène dans des productions telles que Fast & Furious, 6 Underground ou Mission: Impossible, où ses lignes architecturales dialoguent avec une vision globalisée de la modernité.

Cette capacité à incarner des mondes multiples — planète fictive, métropole futuriste ou territoire post-industriel — a fait d’Abou Dhabi un espace de projection narrative autant qu’un simple lieu de tournage. La ville ne se contente plus d’accueillir le cinéma : elle le structure.

Une ingénierie de production à l’échelle mondiale

Au-delà des paysages, c’est l’infrastructure qui distingue Abou Dhabi. Studios équipés, plateaux extérieurs de grande ampleur, logistique fluide, accès simplifié aux autorisations de tournage : l’ensemble du dispositif a été pensé pour réduire les frictions de production. À cela s’ajoute un programme de remboursement financier particulièrement compétitif, devenu un levier décisif dans les choix des grands studios internationaux.

Selon les responsables de la Film Commission, plus de 140 productions — films, séries et publicités — ont déjà été tournées sur le territoire, mobilisant des milliers de techniciens et favorisant la montée en compétences des talents locaux. Cette articulation entre expertise internationale et développement de ressources humaines régionales constitue l’un des fondements du modèle émirien.

Hollywood, Bollywood et au-delà

Les grands studios américains — de Disney à Warner Bros., en passant par Paramount et Netflix — figurent parmi les partenaires récurrents d’Abou Dhabi. Dune, réalisé par Denis Villeneuve, en est l’exemple le plus emblématique : tourné en grande partie dans le désert de Liwa, le film a mobilisé plusieurs centaines de techniciens locaux et internationaux, inscrivant durablement l’émirat dans l’imaginaire cinématographique contemporain.

La saga Mission: Impossible illustre également cette relation de confiance. Après la célèbre scène du saut HALO exécutée par Tom Cruise, l’acteur est revenu filmer de nouvelles séquences, confirmant la capacité du territoire à accueillir des productions à haute intensité technique et sécuritaire.

Parallèlement, Abou Dhabi s’est imposée comme un partenaire clé de Bollywood. Des films indiens à très forte audience y ont été tournés, intégrant le territoire dans une circulation culturelle Sud–Sud aussi stratégique que symbolique.

Séries, télévision et nouveaux récits

Le cinéma n’est pas le seul bénéficiaire de cette dynamique. Des séries internationales ont également investi Abou Dhabi, utilisant ses espaces pour construire des univers fictionnels hybrides. La série américaine Last Light, par exemple, a transformé plusieurs sites emblématiques du Qasr Al Watan aux zones industrielles de Mussafah en décors d’une cité imaginaire, confirmant la plasticité narrative du territoire.

Cette ouverture à la production sérielle s’inscrit dans une compréhension fine des mutations contemporaines de l’audiovisuel, où les frontières entre cinéma, télévision et plateformes se recomposent en permanence.

Une vision culturelle à long terme

L’essor cinématographique d’Abou Dhabi s’inscrit enfin dans une stratégie plus large de développement des industries culturelles et créatives. Soutenue par des investissements publics massifs sur la prochaine décennie, cette politique vise à positionner la capitale comme un hub régional de la création, capable d’attirer les flux de production tout en générant une valeur économique et symbolique durable.

En articulant attractivité internationale, structuration locale et vision stratégique, Abou Dhabi ne cherche pas seulement à accueillir le cinéma mondial. Elle entend en devenir l’un des lieux d’écriture contemporains — un espace où les images se fabriquent, se croisent et circulent à l’échelle globale.

Rédaction — Bureau d’Abou Dhabi
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