Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, AlUla s’impose aujourd’hui comme l’un des laboratoires culturels et touristiques les plus ambitieux du XXIᵉ siècle. Longtemps restée à l’écart des grands circuits internationaux, cette oasis millénaire connaît depuis quelques années une transformation profonde, portée par une vision stratégique où le patrimoine devient moteur de développement durable. Au centre de cette mutation se trouve une coopération structurante avec la France, pensée non comme une simple assistance technique, mais comme un partenariat culturel de long terme.

Un territoire d’exception, entre mémoire et paysage

AlUla n’est pas une destination ordinaire. Elle concentre sur un même territoire des strates historiques rares, allant des civilisations dadanites et lihyanites à l’époque nabatéenne, jusqu’aux traces islamiques et ottomanes. Le site de Hegra (Madâin Sâlih), premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, a révélé au monde l’ampleur de cette richesse archéologique. Mais au-delà des monuments, AlUla est un paysage culturel : une relation subtile entre la roche, l’oasis, l’architecture de terre et les usages humains.

La France comme partenaire culturel stratégique

La coopération franco-saoudienne à AlUla s’inscrit dans un cadre institutionnel précis, incarné par AFALULA (Agence française pour le développement d’AlUla). Créée pour accompagner le Royaume dans la mise en valeur du site, cette structure mobilise l’expertise française en archéologie, muséographie, urbanisme patrimonial, tourisme culturel et formation. Le choix de la France n’est pas anodin : il repose sur une longue tradition de gestion des sites patrimoniaux, de politiques culturelles territorialisées et d’ingénierie touristique respectueuse des équilibres locaux.

Une vision touristique fondée sur la durabilité

Contrairement aux modèles de tourisme de masse, AlUla revendique une approche sélective et qualitative. Le partenariat franco-saoudien insiste sur la protection des paysages, la limitation de l’empreinte environnementale et la valorisation raisonnée des flux. Le tourisme n’y est pas conçu comme une exploitation rapide du patrimoine, mais comme un outil de transmission et de sensibilisation. Cette philosophie rejoint les standards internationaux les plus exigeants, notamment européens, en matière de conservation et de durabilité.

Culture, art et récit contemporain

La coopération ne se limite pas à l’archéologie. AlUla s’est progressivement affirmée comme une plateforme culturelle contemporaine, accueillant résidences d’artistes, festivals, expositions et programmes de recherche. L’expertise française contribue à inscrire ces initiatives dans une narration cohérente, où le dialogue entre passé et présent structure l’expérience du visiteur. Le tourisme culturel devient alors une immersion intellectuelle et sensible, et non une simple consommation d’images.

La formation comme pilier invisible du projet

L’un des aspects les plus déterminants de la coopération franco-saoudienne réside dans la formation. Guides, conservateurs, architectes, gestionnaires de sites et acteurs locaux bénéficient de programmes de transfert de compétences. Cette dimension, moins visible que les infrastructures ou les événements, garantit pourtant la pérennité du projet. Elle permet à AlUla de construire une autonomie culturelle et touristique, en s’appuyant sur une expertise locale renforcée.

AlUla dans la recomposition du tourisme régional

À l’échelle du Moyen-Orient, AlUla marque une inflexion notable. Elle propose un modèle alternatif, où le tourisme n’est plus exclusivement lié au loisir ou au commerce, mais à la connaissance et à l’expérience culturelle. Cette orientation rapproche AlUla de certaines destinations européennes patrimoniales, tout en affirmant une identité propre, enracinée dans le désert et l’histoire arabe.

Une coopération qui dépasse le rappel diplomatique

Il serait réducteur de lire cette collaboration uniquement à travers le prisme diplomatique. La relation entre la France et l’Arabie saoudite à AlUla repose sur une reconnaissance mutuelle des savoir-faire et sur une volonté partagée de produire un modèle exportable. AlUla devient ainsi un espace de réflexion globale sur le tourisme culturel du futur, capable d’inspirer d’autres territoires confrontés aux mêmes enjeux de préservation et de développement.

Une destination en construction maîtrisée

AlUla n’est pas un projet achevé. Elle est un chantier vivant, évolutif, où chaque étape est pensée dans une temporalité longue. Cette lenteur assumée contraste avec les rythmes accélérés du tourisme mondial, mais elle constitue précisément l’un de ses atouts. Elle permet de construire une destination crédible, lisible et respectée, tant par les visiteurs que par les communautés locales.
À travers AlUla, la coopération culturelle et touristique franco-saoudienne esquisse une nouvelle grammaire du voyage patrimonial. Une grammaire fondée sur le respect des lieux, la transmission des savoirs et l’expérience intellectuelle du visiteur. Plus qu’une destination, AlUla devient un manifeste silencieux pour un tourisme du sens, où la culture n’est pas un décor, mais une structure profonde.

Rédaction — Bureau de Riyad