Il est des parcours artistiques qui ne se livrent ni dans l’évidence ni dans la quête de visibilité immédiate. Ils se construisent dans une temporalité plus lente, attentive aux strates du sens, aux correspondances entre les disciplines, et à la responsabilité intime de l’acte créatif. Le parcours de Diala Hanana s’inscrit pleinement dans cette catégorie exigeante, où l’art n’est pas un geste spectaculaire mais une pratique de continuité, de rigueur et de mémoire.

Concertiste de formation, pianiste de scène, Diala Hanana développe depuis plusieurs années un travail musical profondément structuré par la notion de temps. Ses programmes, loin de juxtaposer des œuvres, se construisent comme des traversées réfléchies, articulant les époques, les styles et les langages. Loin de l’interprétation démonstrative, son approche privilégie l’écoute intérieure, la clarté du phrasé et le respect de l’architecture des œuvres. Jouer Bach, Mozart, Chopin ou Liszt n’est jamais, chez elle, un exercice de virtuosité autonome, mais une manière d’interroger la filiation, la continuité et les ruptures qui traversent l’histoire musicale européenne.

Ce rapport au temps, central dans son travail de pianiste, trouve un écho direct dans sa pratique des arts plastiques. Car Diala Hanana n’est pas seulement interprète, elle est également artiste visuelle, exposant régulièrement ses œuvres dans des espaces culturels en Allemagne. Cette double inscription, loin d’être un simple cumul de disciplines, constitue le cœur même de sa démarche artistique. La musique et la peinture ne sont pas, chez elle, deux langages parallèles, mais deux modalités d’un même regard porté sur le monde.

Ses œuvres picturales révèlent une attention particulière portée au rythme, à la répétition et à la variation. Les motifs naturels, les arbres, les saisons, les paysages stylisés ne sont jamais traités comme des sujets décoratifs. Ils deviennent des structures, presque des partitions visuelles, où la couleur, la densité et la verticalité instaurent une forme de cadence. Le regard circule comme une oreille écouterait une phrase musicale, sensible aux silences, aux respirations et aux tensions internes de la composition.

Ce lien organique entre musique et peinture s’inscrit dans une démarche cohérente, nourrie par une expérience scénique et institutionnelle réelle. Les concerts de Diala Hanana se tiennent dans des lieux culturels et patrimoniaux européens, églises, salles municipales, espaces associatifs, où l’acte musical retrouve une dimension de proximité et de concentration. De la même manière, ses expositions personnelles s’inscrivent dans des cadres artistiques reconnus, ouverts au public, où le dialogue avec les visiteurs fait partie intégrante de l’expérience.

Ce qui frappe dans son parcours, c’est l’absence de toute stratégie d’exposition forcée. Diala Hanana ne cherche pas à occuper l’espace médiatique, mais à l’habiter avec justesse. Sa présence dans les médias culturels, notamment au sein de plateformes européennes et arabophones, s’inscrit dans une logique de témoignage et de transmission, plutôt que de promotion. Elle y parle de musique, de peinture, d’exil intérieur parfois, de création comme espace de résistance douce face à la fragmentation contemporaine.

Car son parcours s’inscrit aussi dans une géographie plus large, celle des artistes issus du monde arabe et inscrits durablement dans le paysage culturel européen. Sans jamais instrumentaliser cette dimension, son travail porte en lui la mémoire d’un déplacement, d’un dialogue entre les cultures, d’une tension féconde entre héritage et inscription présente. Cette dimension confère à son œuvre une profondeur supplémentaire, loin de tout discours identitaire simplificateur.

Dans un contexte culturel marqué par l’accélération, la surproduction d’images et la consommation rapide des œuvres, la démarche de Diala Hanana apparaît presque à contre-courant. Elle revendique le temps long, la répétition, la fidélité à une pratique exigeante. Son art ne cherche pas à séduire immédiatement, mais à s’installer durablement dans l’esprit et la sensibilité du spectateur ou de l’auditeur.

Cette posture artistique, profondément cohérente, confère à son parcours une valeur particulière. Elle n’est pas seulement interprète ou exposante, mais porteuse d’une vision de l’art comme espace de médiation entre les époques, les disciplines et les cultures. Une vision où la musique éclaire la peinture, où la peinture prolonge la musique, et où chaque œuvre devient un fragment d’un ensemble plus vaste, patiemment construit.

À travers ses concerts et ses expositions, Diala Hanana rappelle que l’art n’est pas une réponse immédiate au monde, mais une manière de l’interroger en profondeur. Une traversée attentive, lucide et sensible, où le geste artistique retrouve sa fonction première : créer du lien, du sens et du temps partagé.

Bureau de Paris – PO4OR