Le sacre du Paris Saint-Germain lors du Trophée des Champions ne se résume pas à une victoire sportive de plus dans l’histoire du club parisien. En s’imposant face à l’Olympique de Marseille au terme d’une séance de tirs au but (4-1), après un match nul spectaculaire (2-2), le PSG inscrit ce succès dans une géographie élargie du football français, déplacée pour l’occasion au cœur du Golfe.
La rencontre, disputée au Stade Jaber Al-Ahmad, à Koweït City, dépasse largement le cadre d’un affrontement classique entre deux rivaux historiques. Elle matérialise une dynamique désormais bien installée : celle de l’exportation des grands récits du football européen vers des territoires qui ne se contentent plus d’être spectateurs, mais deviennent hôtes, partenaires et scènes à part entière de ces compétitions.
En accueillant le Trophée des Champions, le Koweït devient la quatrième nation arabe à recevoir cette affiche emblématique, après la Tunisie, le Maroc et le Qatar. Ce déplacement n’est pas anodin. Il traduit une volonté claire des instances du football français d’inscrire leurs compétitions dans un espace euro-méditerranéen et moyen-oriental élargi, où le sport fonctionne comme un langage commun, mais aussi comme un outil de diplomatie culturelle.
Sur le terrain, la confrontation entre Paris et Marseille a conservé toute sa charge symbolique. Le Classique, même délocalisé, demeure un récit structurant du football français : Paris, incarnation d’une capitale mondialisée et financièrement puissante ; Marseille, porte méditerranéenne, ville populaire, ancrée dans une identité forte et revendiquée. À Koweït City, ces deux imaginaires se sont rencontrés sous un regard nouveau, celui d’un public majoritairement arabe, familier de ces clubs mais extérieur à leurs antagonismes historiques.
La séance de tirs au but, décisive, a agi comme un révélateur. Elle a cristallisé la dramaturgie sportive tout en offrant une conclusion lisible à un public international. Le PSG décroche ainsi son 14ᵉ Trophée des Champions, confirmant sa domination récente sur la scène nationale, mais aussi sa capacité à incarner, à l’étranger, une certaine image du football français : spectaculaire, médiatisée, exportable.
Pour Marseille, la défaite n’efface pas l’essentiel : sa présence dans ce type d’événement international témoigne de son statut durable de club-référence, capable de dialoguer avec des publics bien au-delà de l’Hexagone. Dans le Golfe, l’OM continue de bénéficier d’un capital symbolique fort, nourri par son histoire, sa singularité et sa relation ancienne avec les diasporas méditerranéennes.
La tenue de cette rencontre au Koweït interroge également la place croissante du monde arabe dans l’économie et la narration du football européen. Il ne s’agit plus seulement d’un marché de diffusion ou de sponsoring, mais d’un espace de réception active, où les compétitions prennent une nouvelle signification. Le stade devient un lieu de rencontre entre récits sportifs occidentaux et publics orientaux, entre traditions footballistiques et ambitions contemporaines.
À travers ce Trophée des Champions, le football français s’inscrit dans une logique de circulation : des clubs ancrés dans des villes chargées d’histoire — Paris et Marseille — projetés dans une capitale du Golfe, elle-même engagée dans une stratégie d’ouverture culturelle et événementielle. Le match devient alors un objet hybride, à la fois sportif, symbolique et géopolitique.
Ce déplacement du centre de gravité ne dilue pas l’identité de la compétition ; il la recontextualise. Il rappelle que le football, plus que tout autre sport, est aujourd’hui un espace de dialogue entre les mondes. À Koweït City, le Classique français n’a pas seulement couronné un vainqueur : il a confirmé que le terrain de jeu du football contemporain dépasse désormais largement les frontières nationales.
Rédaction — Bureau de Paris