
Dans un moment culturel rare, la rencontre réunissant la journaliste et écrivaine Mayssoun Azzam et Sheikha Bodour bint Mohammed Al Qasimi ressemblait davantage à une scène issue d’un récit oriental contemporain ; une scène qui ne célébrait pas seulement un livre, mais rouvrait aussi les anciennes questions autour de la femme, de la mémoire et du sens.
À l’occasion d’un événement consacré au livre « Inanna », la présence des invitées ne relevait pas d’une simple séance de dédicace ou d’un rendez-vous protocolaire ordinaire. Elle apparaissait plutôt comme une réhabilitation silencieuse d’une voix féminine profonde, longtemps dissimulée derrière le vacarme des récits modernes. Ici, la femme n’était pas uniquement l’héroïne de l’histoire, mais celle qui la préserve, l’extension d’une mémoire transmise de génération en génération dans une solennité discrète.
Mayssoun Azzam a exprimé ce sentiment par des mots qui ressemblaient davantage à une méditation existentielle qu’à une impression passagère, lorsqu’elle écrivit que « Inanna » ne se lit pas seulement, mais se vit. Une formule qui résume parfaitement la nature de l’œuvre, laquelle dépasse les limites du roman traditionnel pour atteindre un espace symbolique où l’Orient devient une mémoire émotionnelle bien plus qu’une simple géographie.
La rencontre avec Sheikha Bodour Al Qasimi a donné à la scène une dimension supplémentaire. Les deux personnalités semblaient se retrouver autour d’une conviction commune : la culture n’est pas un luxe, mais un acte de préservation de l’identité dans une époque marquée par les mutations rapides. Ainsi, le patrimoine n’apparaissait pas comme une nostalgie du passé, mais comme une énergie vivante réinventée dans une forme contemporaine, plus apaisée, plus mature et plus consciente d’elle-même.
Visuellement, l’événement portait un langage aussi puissant que les mots eux-mêmes. La tenue orientale brodée de rose portée par Mayssoun Azzam semblait être une extension symbolique de l’idée même d’« Inanna » : une femme qui ne se détache jamais de ses racines, même dans sa modernité. Quant aux photographies collectives, elles reflétaient une autre image de la présence féminine arabe : une présence fondée non sur l’ostentation, mais sur la confiance, l’identité et la capacité à créer un espace culturel avec calme et assurance.
Ce qui frappe dans cet événement, c’est qu’il ne traitait pas la femme comme une simple image célébrée, mais comme une entité qui porte la mémoire et la recompose. Cette idée apparaissait clairement dans les textes entourant le livre, où les ornements, les rituels et les récits anciens deviennent des formes de résistance douce contre l’oubli.
Dans « Inanna », la femme orientale semble éloignée des représentations traditionnelles qui l’ont longtemps enfermée entre symbolisme superficiel et héroïsme démonstratif ; elle apparaît ici comme une véritable « gardienne du sens », celle qui préserve le fil fragile reliant l’amour, la force et l’identité.
C’est précisément pour cela que cette rencontre paraissait dépasser la simple célébration d’un livre. Elle célébrait une idée entière : la véritable culture ne produit pas de vacarme, mais laisse une trace silencieuse et profonde… semblable à la mémoire lorsqu’elle décide de ne pas disparaître.
PO4OR-Bureau de Paris
© Portail de l’Orient