Une expansion structurelle portée par Vision 2030 et l’ingénierie française

La présence économique française en Arabie saoudite entre dans une phase d’accélération qualitative et quantitative. Selon les projections de Business France, le nombre d’entreprises françaises actives dans le Royaume devrait progresser de 30 à 40 % dans les prochains mois. Cette croissance est principalement tirée par l’arrivée de petites et moyennes entreprises, désormais au cœur de la stratégie d’internationalisation française vers le Golfe.

À ce stade, près de 300 entreprises françaises opèrent déjà sur le marché saoudien, couvrant un spectre sectoriel étendu — de l’énergie à la technologie, en passant par le tourisme, la santé et l’innovation industrielle. Parmi elles figurent environ une centaine de grands groupes, à l’image de Air Liquide, Thales ou TotalEnergies. Toutefois, la nouveauté réside dans la montée en puissance des PME, plus agiles, plus spécialisées et particulièrement alignées avec les besoins émergents du Royaume.

Des investissements ancrés dans le long terme

Le volume cumulé des investissements français en Arabie saoudite dépasse aujourd’hui 5 milliards d’euros. Mais, comme le soulignent les responsables de Business France dans la région, l’enjeu ne se limite pas aux montants engagés. La valeur stratégique de ces investissements tient à leur caractère durable : transfert de technologies, formation des compétences locales, co-construction industrielle et inscription dans des chaînes de valeur à long terme.

Cette logique s’inscrit en parfaite cohérence avec les priorités de la Vision 2030. Transition énergétique, villes durables, infrastructures de transport, systèmes de santé avancés, tourisme intégré et technologies de pointe constituent autant de domaines où l’expertise française bénéficie d’une reconnaissance historique. La convergence des agendas crée un terrain propice à des partenariats structurants, bien au-delà d’une simple logique d’exportation.

Les mégaprojets comme catalyseurs

L’attractivité du marché saoudien se matérialise également à travers les mégaprojets qui redessinent la géographie économique du Royaume. NEOM, Red Sea Project et Qiddiya constituent des plateformes d’expérimentation grandeur nature pour les technologies urbaines, la mobilité intelligente, l’ingénierie environnementale et l’économie de l’expérience.

Dans ce contexte, les PME françaises trouvent des opportunités concrètes pour intervenir en amont des projets, sur des niches technologiques à forte valeur ajoutée. Leur capacité à proposer des solutions sur mesure, combinant innovation et savoir-faire industriel, renforce leur attractivité auprès des donneurs d’ordre saoudiens.

Des dispositifs d’accompagnement structurés

Afin de sécuriser et d’amplifier cette dynamique, Business France déploie des programmes d’accompagnement ciblés. Le dispositif Booster Grow Global se distingue par son approche sélective et territorialisée. Il prévoit des missions de prospection à Riyad, Djeddah, Khobar et Dammam, avec une sélection opérée par une commission franco-saoudienne conjointe associant des acteurs majeurs tels que Saudi Aramco, la Commission des communications et des technologies de l’information, ou encore KAUST.

Parallèlement, le Forum d’affaires franco-saoudien organisé à Riyad sous le thème « De l’Expo 2030 à la Coupe du monde 2034 » a joué un rôle d’accélérateur relationnel. Dix mémorandums d’entente y ont été signés, couvrant des secteurs clés tels que les villes intelligentes, la mobilité, la culture, le sport et les grands événements. Ce type de plateforme favorise un dialogue direct entre entreprises françaises et décideurs saoudiens, condition essentielle à l’émergence de projets opérationnels.

Business France, interface stratégique

Au-delà des chiffres, la mission de Business France se définit comme une fonction d’interface. L’agence accompagne les entreprises françaises dans la compréhension du cadre réglementaire saoudien, facilite les mises en relation institutionnelles et privées, et réduit les asymétries d’information inhérentes à tout marché en transformation rapide. Cette médiation s’avère décisive pour les PME, souvent moins armées face à la complexité juridique et administrative d’un marché étranger.

En miroir, l’agence poursuit également sa mission d’attractivité en direction de la France, en promouvant l’Hexagone comme destination d’investissement compétitive. Présente dans près de 70 pays en coordination avec le réseau diplomatique français, Business France incarne aujourd’hui l’un des piliers de la diplomatie économique française.

Une relation appelée à se densifier

L’essor annoncé du nombre d’entreprises françaises en Arabie saoudite ne relève ni d’un effet conjoncturel ni d’un simple alignement opportuniste. Il traduit une recomposition profonde des relations économiques franco-saoudiennes, fondée sur la complémentarité des visions et la convergence des priorités. À mesure que les PME françaises s’installent durablement dans le Royaume, elles contribuent à tisser un tissu économique bilatéral plus dense, plus diversifié et plus résilient.

Dans cette perspective, l’Arabie saoudite s’impose non seulement comme un marché d’expansion, mais comme un partenaire stratégique de long terme pour l’écosystème économique français — un laboratoire grandeur nature où se dessinent les contours d’une coopération industrielle et technologique renouvelée