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« Le Chemin vers Dieu » : la dernière trilogie de Chadi Abdel Salam projetée à l'Opéra, quarante ans après sa disparition

Le cinéaste avait tourné près de 75 minutes avant que la mort ne l'emporte. Son ami Magdi Abdel Rahman a achevé l'œuvre en s'appuyant sur 129 pages de ses manuscrits.

« Le Chemin vers Dieu » : la dernière trilogie de Chadi Abdel Salam projetée à l'Opéra, quarante ans après sa disparition

Le Petit Théâtre de l'Opéra du Caire a accueilli, mercredi soir, la projection de la trilogie du réalisateur égyptien Chadi Abdel Salam, « Le Chemin vers Dieu », ultime travail que la mort l'a empêché d'achever. Le cinéaste en avait tourné près de 75 minutes avant que son ami, le réalisateur et chercheur en cinéma Magdi Abdel Rahman, n'entreprenne de le mener à terme, fort des années passées à ses côtés et s'appuyant sur 129 pages rédigées de la main du défunt, mêlant idées premières, traitements et brouillons détaillés des scènes.

La salle était comble. Au public, venu nombreux, se mêlaient de nombreux cinéastes ainsi que d'anciens élèves du réalisateur, parmi lesquels la monteuse Rahma Montaser, qui avait signé le montage de la plupart de ses films.

Une œuvre qui résonne encore, quarante ans après

Quarante ans après sa disparition, et malgré le petit nombre de ses films, l'œuvre de Chadi Abdel Salam continue de susciter un intérêt marqué en Égypte comme à l'étranger. Elle doit cette valeur singulière à un artiste qui réunissait plusieurs talents (création de costumes, décors, dessin) en plus d'une mise en scène qui l'a imposé comme l'une des grandes figures du cinéma égyptien. Sa passion pour l'Égypte antique imprègne l'ensemble de ses films, au point que son long métrage de fiction « La Momie » a dominé le classement des dix meilleurs films arabes du Festival international du film de Dubaï, et que le critique français Georges Sadoul l'a inscrit parmi les dix meilleurs films du monde.

Trois films en quête de sens

La trilogie « Le Chemin vers Dieu » réunit trois courts métrages documentaires. Le premier, « La Forteresse » (Al-Hosn), et le deuxième, « Al-Dandarawiya », s'inscrivent dans un projet entamé par le réalisateur au milieu des années 1970 pour donner une traduction cinématographique de l'Égypte ancienne. Tous deux explorent la quête de l'homme égyptien d'une juste compréhension de la vie, à travers son lien permanent avec Dieu.

« La Forteresse » a été tourné au temple d'Edfou, dans la province d'Assouan (sud de l'Égypte). Dans « Al-Dandarawiya », Abdel Salam a filmé des cercles de dhikr et de louanges, tissant un fil entre les rites de l'Égyptien antique (tels que les restituent manuscrits et vestiges) et l'homme contemporain. Quant au troisième court métrage, « La Tragédie de la Grande Maison », il rassemble des séquences tournées dans le cadre de son projet de film « Akhenaton », qu'il n'eut pas le temps de réaliser.

« Un artiste complet, gardien de l'histoire »

Le critique Ahmed Saad El-Din voit en Chadi Abdel Salam l'un des talents les plus importants apparus en Égypte durant la seconde moitié du XXe siècle. Dans des déclarations au quotidien Asharq Al-Awsat, il souligne : « Chadi était un artiste complet : décorateur, costumier et réalisateur. Le ministre de la Culture de l'époque, Tharwat Okasha, crut en son talent ; il fonda le Centre expérimental du film et lui en confia la présidence. »

Et le critique d'ajouter que, en dépit du faible nombre de ses films, ceux-ci « ont laissé une empreinte forte et essentielle, celle d'un gardien de l'histoire égyptienne ».

Une filmographie brève, à l'écho durable

Chadi Abdel Salam s'est éteint le 8 octobre 1986, à l'âge de cinquante-six ans, laissant une œuvre peu abondante mais d'une grande valeur. On lui doit un unique long métrage de fiction, « La Momie… Le Jour où l'on compte les années » (1969), porté par Ahmed Marei et Nadia Lotfy, ainsi que six courts métrages, parmi lesquels « Les Doléances du paysan éloquent » (1970), « Les Armées du soleil » (1974), « Le Trône d'or de Toutânkhamon » (1982), « Les Pyramides et ce qui les a précédées » (1984) et « Râ… Ramsès II ».

« La Momie », un film qui refuse de vieillir

De son côté, le réalisateur Saad Hindawi estime que Chadi Abdel Salam « demeure un cas unique dans l'histoire du cinéma ». Dans des déclarations à Asharq Al-Awsat, il affirme qu'Abdel Salam « a touché à tout au cinéma, et que sa connaissance de l'histoire et de la civilisation de l'Égypte ancienne l'a sans cesse ramené vers elles pour y puiser la matière de ses films ».

Hindawi rappelle que « La Momie », produit par l'État, « est le seul de ses films à générer encore des recettes, car les festivals internationaux le programment toujours, et le seul dont le réalisateur Martin Scorsese ait demandé la restauration par l'intermédiaire de sa fondation ». Le film a en outre été désigné, à l'unanimité de critiques égyptiens, arabes et étrangers, comme le premier d'un classement des dix meilleurs films arabes lors d'un sondage organisé voici quelques années par le Festival du film de Dubaï.

Des efforts de restauration qui se poursuivent

Saad Hindawi a enfin révélé avoir œuvré à la restauration du film « Le Trône de Toutânkhamon » durant sa présidence de la 23e édition du Festival d'Ismaïlia du film documentaire ; l'œuvre a été numérisée à Paris, avec le concours du ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités.

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