L’année 2025 marque une étape charnière dans l’histoire économique récente du cinéma arabe. Non pas comme une année de rupture spectaculaire ou de records mondiaux, mais comme un moment de consolidation structurelle, où plusieurs marchés nationaux atteignent un degré de maturité inédit, tandis que la circulation régionale des œuvres commence à produire des effets mesurables sur les recettes globales. À travers l’analyse des performances en salles, des dynamiques de production et des logiques de distribution, 2025 s’impose comme une année de clarification des forces et des limites du modèle économique du cinéma arabe contemporain.
Un marché régional en croissance différenciée
Le premier constat qui s’impose est celui d’une croissance réelle mais inégale. Le cinéma arabe ne constitue pas un marché homogène : il s’organise autour de pôles nationaux aux structures, aux publics et aux capacités d’investissement très différenciés. En 2025, deux marchés dominent très nettement les recettes : l’Arabie saoudite et l’Égypte. À eux seuls, ils concentrent la majorité des entrées et des revenus générés par les films arabes dans la région.
L’Arabie saoudite confirme son statut de moteur économique du secteur. Depuis la réouverture des salles en 2018, le Royaume a connu une expansion rapide de son parc cinématographique. En 2025, cette dynamique atteint une phase de stabilisation : le nombre d’écrans continue d’augmenter, mais surtout, la part des films locaux dans les recettes globales progresse de manière significative. Les productions saoudiennes ne sont plus des événements exceptionnels ; elles s’inscrivent désormais dans une programmation régulière et rentable. Cette évolution traduit un changement profond dans le comportement du public, qui reconnaît progressivement la légitimité commerciale du cinéma national.
L’Égypte, de son côté, demeure le cœur historique et symbolique de la production arabe. En 2025, le box-office égyptien confirme sa capacité à générer des succès locaux massifs, portés par des films populaires, souvent centrés sur la comédie ou le drame social. Malgré un contexte économique contraint et une inflation qui affecte le prix des billets, plusieurs films égyptiens franchissent des seuils de recettes élevés, démontrant la résilience du marché et la fidélité du public.
La montée en puissance des films nationaux
L’un des faits marquants de 2025 réside dans la progression de la part des films arabes dans leurs marchés respectifs. Longtemps dominées par les productions hollywoodiennes et, dans une moindre mesure, par le cinéma indien ou turc, les salles du Moyen-Orient accordent désormais une place croissante aux œuvres locales. Cette évolution n’est pas uniquement le résultat de politiques culturelles volontaristes ; elle répond aussi à une transformation de l’offre.
Les films arabes de 2025 sont, dans leur majorité, mieux calibrés sur le plan narratif et technique. Les budgets restent modestes en comparaison internationale, mais l’amélioration de la production value, du marketing et du ciblage des publics permet une exploitation commerciale plus efficace. En Arabie saoudite, plusieurs films nationaux atteignent des niveaux de recettes qui, il y a encore cinq ans, semblaient inaccessibles à une industrie émergente. Cette performance contribue à renforcer la confiance des investisseurs privés et à structurer un écosystème durable.
En Égypte, la logique est différente mais complémentaire. Le cinéma égyptien continue de fonctionner selon un modèle de star system et de saisons commerciales fortes (notamment les périodes de fêtes). En 2025, cette mécanique reste performante, même si elle montre aussi ses limites : la concentration des recettes sur un nombre restreint de films accentue la fragilité des productions intermédiaires, souvent moins visibles mais essentielles à la diversité du secteur.
Les marchés secondaires : entre potentiel et fragilité
Au-delà des deux géants que sont l’Arabie saoudite et l’Égypte, d’autres marchés arabes affichent des performances plus modestes mais stratégiquement importantes. Les Émirats arabes unis jouent un rôle central en tant que plateforme de distribution régionale. Si les films émiratis restent minoritaires en termes de recettes, le pays constitue un hub incontournable pour l’exploitation commerciale des films arabes, grâce à son réseau de salles et à son public multiculturel.
Au Maghreb, la situation est plus contrastée. Le Maroc et la Tunisie disposent d’une tradition cinématographique reconnue internationalement, mais leurs marchés domestiques restent limités en volume. En 2025, les recettes des films locaux y demeurent modestes, mais certains titres parviennent à prolonger leur carrière à l’international ou sur les plateformes, compensant partiellement la faiblesse du box-office national. L’Algérie, quant à elle, continue de souffrir d’un déficit structurel en salles, ce qui limite fortement le potentiel de recettes internes malgré un intérêt croissant pour la production locale.
La circulation régionale des œuvres : un enjeu clé
L’un des défis majeurs du cinéma arabe en 2025 reste la circulation transnationale des films. Si certains films égyptiens ou saoudiens parviennent à s’imposer dans plusieurs pays arabes, la majorité des productions demeure cantonnée à son marché d’origine. Cette fragmentation limite la capacité des films à amortir leurs coûts et à atteindre une rentabilité durable.
Néanmoins, des signaux positifs émergent. Des coproductions régionales commencent à trouver un public au-delà de leurs frontières nationales, notamment dans le Golfe. Cette tendance reste encore marginale en termes de recettes, mais elle indique une prise de conscience progressive de la nécessité d’un marché arabe plus intégré.
Entre salles et plateformes : une équation encore instable
Il serait réducteur d’analyser les recettes du cinéma arabe de 2025 sans évoquer le rôle croissant des plateformes de streaming. Celles-ci ne remplacent pas les salles, mais elles modifient profondément l’économie globale des films. Pour de nombreuses productions arabes, les ventes aux plateformes constituent désormais une part essentielle des revenus, parfois supérieure aux recettes en salles.
Toutefois, cette dépendance soulève des questions structurelles. Les plateformes favorisent souvent des formats et des genres spécifiques, au risque d’uniformiser l’offre. En 2025, le cinéma arabe se trouve ainsi à un point d’équilibre fragile entre logique commerciale, visibilité internationale et préservation d’une diversité artistique.
Conclusion : 2025, une année de maturité relative
L’année 2025 ne peut être qualifiée ni d’âge d’or ni de simple transition. Elle représente plutôt un moment de maturité relative pour le cinéma arabe sur le plan économique. Les recettes progressent, les marchés se structurent, et les films locaux gagnent en légitimité commerciale. Mais cette consolidation s’accompagne de défis persistants : fragmentation des marchés, dépendance à quelques pôles dominants, et tension entre rentabilité et diversité.
À ce titre, 2025 apparaît comme une année de vérité. Elle confirme que le cinéma arabe peut être économiquement viable, à condition de penser ses modèles de production et de distribution à l’échelle régionale, tout en tenant compte des spécificités locales. Plus qu’un bilan chiffré, l’analyse des recettes de 2025 révèle un secteur en recomposition, encore fragile, mais désormais conscient de ses forces et de ses responsabilités économiques et culturelles.