Il est des projets qui naissent dans des incubateurs confortables, et d’autres qui émergent dans des villes éprouvées, où chaque décision relève déjà d’un acte de résistance. LBBreathe appartient à cette seconde catégorie. Derrière cette marque, il y a un jeune fondateur, Matthew Halawi, mais surtout une histoire d’ancrage : celle d’un choix assumé de partir de Beyrouth, avec Beyrouth, malgré Beyrouth.
Matthew Halawi ne construit pas une marque pour “réussir ailleurs”. Il construit depuis ici. Depuis une ville fragmentée, instable, saturée de fatigue et pourtant traversée d’une énergie brute que seule la jeunesse obstinée continue de transformer en projet. Beyrouth n’est pas le décor de LBBreathe ; elle en est la matrice. Le rythme irrégulier de la ville, ses coupures, ses silences forcés, son besoin vital de respiration ont façonné une vision où le corps devient refuge, discipline et point d’équilibre.
LBBreathe naît ainsi d’un constat simple mais radical : dans une région sous pression permanente, le bien-être n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Le sport n’est pas une performance, c’est une structure. Le souffle n’est pas un slogan, c’est une survie. Très tôt, Matthew comprend que bâtir une marque cohérente suppose de relier le geste physique, l’éthique environnementale et l’identité culturelle dans une seule et même trajectoire.
Le choix d’un sportswear écoresponsable, puis l’élargissement vers le wellness, ne relèvent pas d’une stratégie opportuniste. Ils traduisent une pensée continue : celle d’un projet qui accompagne le corps dans le mouvement comme dans le soin, dans l’effort comme dans le repos. LBBreathe n’habille pas seulement des silhouettes ; elle propose un rapport au temps, au souffle et à la nature, à contre-courant de la frénésie consumériste.
Ce qui distingue Matthew Halawi, c’est cette capacité rare à transformer la contrainte en méthode. Là où beaucoup voient l’instabilité comme un frein, il y lit une exigence de rigueur. Chaque image, chaque matière, chaque collaboration est pensée pour durer, non pour faire du bruit. La marque se développe lentement, mais solidement, en s’adressant d’abord à une jeunesse qui se reconnaît dans l’effort discret plutôt que dans l’exhibition.
Depuis Beyrouth, LBBreathe a commencé à rayonner vers la région, puis au-delà. Cette expansion n’est pas vécue comme une fuite, mais comme une projection. Le projet reste marqué par son origine : une ville où l’on apprend tôt que rien n’est donné, et que chaque avancée est le fruit d’une persévérance quotidienne. Matthew Halawi incarne cette génération qui refuse la posture victimaire autant que l’illusion du succès instantané.
Dans un paysage saturé de récits entrepreneuriaux formatés, son parcours se distingue par sa sobriété. Il ne s’agit pas de “réussir vite”, mais de tenir. Tenir une vision, tenir une éthique, tenir un cap malgré les vents contraires. Cette obstination tranquille constitue sans doute la force la plus profonde du projet.
LBBreathe n’est pas encore une multinationale, et Matthew Halawi ne cherche pas à l’être à tout prix. Ce qu’il construit relève d’une autre ambition : prouver qu’un projet né à Beyrouth peut parler au monde sans renier son origine, et que la jeunesse de la région peut produire des marques porteuses de sens, de responsabilité et de continuité.
À travers Matthew Halawi, c’est une certaine idée de la jeunesse arabe contemporaine qui se dessine : lucide, disciplinée, consciente des limites, mais décidée à avancer. Non par défi spectaculaire, mais par travail patient. Non par slogans, mais par respiration longue.
PO4OR – Bureau de Beyrouth