Il existe des trajectoires médiatiques qui ne se laissent pas enfermer dans la seule logique de la visibilité. Elles se construisent ailleurs, dans une zone plus exigeante où la parole ne sert pas à occuper l’espace, mais à l’organiser. Le parcours de Maya Hojeij s’inscrit précisément dans cette géographie discrète et stratégique, où le journalisme cesse d’être un simple exercice de transmission pour devenir un instrument de structuration du dialogue économique et politique.

Pendant plus de deux décennies, Maya Hojeij a occupé le cœur battant de l’information économique dans le monde arabe. Non pas comme une commentatrice périphérique, mais comme une professionnelle immergée dans les mécanismes réels des marchés, des institutions et des décisions. Cette longue immersion a façonné une posture rare : celle d’une journaliste capable de traduire la complexité sans la diluer, et d’interroger le pouvoir sans le théâtraliser.

Son évolution récente n’est pas une rupture, mais un prolongement logique. Passer du plateau télévisé à la modération de forums internationaux, puis à la formation de dirigeants, ne relève ni de la diversification opportuniste ni du repositionnement cosmétique. Il s’agit d’un déplacement du centre de gravité : de l’actualité vers l’architecture du sens, de l’instant vers la durée.

Dans les grands forums économiques où elle intervient aujourd’hui, la fonction n’est plus seulement de poser des questions, mais de construire les conditions mêmes de la conversation. La modération, chez Maya Hojeij, est un acte stratégique. Elle ne vise pas l’équilibre artificiel des opinions, mais la mise en tension féconde des idées. Chaque intervention, chaque transition, chaque relance participe à une orchestration invisible dont l’objectif est clair : faire émerger une parole intelligible dans des environnements saturés de discours.

Cette capacité s’enracine dans une compréhension fine des rapports de force. L’économie, pour elle, n’est jamais abstraite. Elle est incarnée par des acteurs, des institutions, des cultures décisionnelles. C’est cette lecture systémique qui lui permet de naviguer avec aisance entre dirigeants d’entreprises, responsables politiques, investisseurs et experts, sans jamais réduire la conversation à un exercice de communication.

Là où beaucoup de figures médiatiques cherchent à capitaliser sur leur notoriété, Maya Hojeij investit dans la crédibilité. Son autorité ne repose pas sur la performance vocale ni sur la mise en scène de soi, mais sur une maîtrise silencieuse des codes : ceux du langage économique, de la temporalité politique et de la psychologie du leadership. Cette autorité-là ne s’impose pas, elle se reconnaît.

C’est dans ce contexte que son engagement dans la formation exécutive prend tout son sens. Former des dirigeants à affronter les médias, à porter une vision, à raconter une stratégie sous pression, n’est pas une activité périphérique : c’est une extension naturelle de son métier. Elle y transpose les exigences du journalisme rigoureux vers le champ de la parole décisionnelle. La question centrale n’est plus “que dire ?”, mais “comment dire juste, sans trahir le réel ?”.

Cette approche distingue nettement son travail des formats classiques de media training. Il ne s’agit ni d’apprendre des éléments de langage ni de polir une image. Il s’agit de construire une cohérence entre pensée, parole et responsabilité. Dans un monde où la communication tend à se substituer à la décision, cette exigence constitue en soi un positionnement politique au sens noble.

Le rôle que joue aujourd’hui Maya Hojeij s’apparente ainsi à celui d’une médiatrice de pouvoir doux. Elle ne décide pas, mais elle façonne les espaces où la décision se raconte, se justifie et se comprend. Cette fonction intermédiaire est devenue centrale dans les économies contemporaines, où la confiance repose moins sur l’autorité formelle que sur la qualité du récit public.

Son parcours illustre une mutation plus large du champ médiatique. Le journaliste n’est plus seulement un observateur critique, il devient un acteur de l’écosystème institutionnel, capable d’en décrypter les règles tout en contribuant à sa lisibilité. Cette position exige une éthique renforcée, une discipline intellectuelle constante et une conscience aiguë des lignes à ne pas franchir.

Chez Maya Hojeij, cette conscience est manifeste. Elle se traduit par une retenue assumée, une précision lexicale, et un refus de la simplification excessive. Dans un environnement où la polarisation et la vitesse dominent, cette lenteur maîtrisée devient une force stratégique.

Ce qui se dessine, au fil de son parcours, n’est donc pas une carrière au sens classique, mais une fonction. Celle d’une professionnelle qui opère à l’intersection du journalisme, de l’économie et du leadership, et qui comprend que le véritable pouvoir contemporain réside souvent dans la capacité à structurer le sens plutôt qu’à imposer le message.

À ce titre, Maya Hojeij incarne une figure encore rare dans l’espace médiatique arabe et international : celle d’une architecte du dialogue, pour qui la parole publique n’est ni un spectacle ni un outil de domination, mais un espace de responsabilité partagée.

Ali Al Hussein — Paris