La notion de tourisme ne se limite plus aujourd’hui aux déplacements géographiques, aux monuments ou aux itinéraires balisés. Elle s’est élargie vers des formes plus sensibles, où l’expérience culturelle devient un mode de découverte à part entière. Dans cet espace élargi, certaines trajectoires artistiques offrent une manière singulière de voyager : non par le corps seulement, mais par l’écoute, la langue et la mémoire. Le parcours d’Omar Offendum s’inscrit précisément dans cette géographie culturelle contemporaine.
Né et formé aux États-Unis, issu d’une mémoire syrienne diasporique, Omar Offendum développe une œuvre qui transforme les villes en scènes narratives. New York, où il se produit régulièrement, n’apparaît jamais comme un simple décor urbain. Elle devient un carrefour de récits, de langues et de trajectoires migratoires. Les lieux culturels qu’il investit — théâtres, espaces indépendants, scènes alternatives — se transforment en destinations pour un public en quête d’expériences culturelles profondes, loin des circuits touristiques standardisés.
Assister à une performance d’Omar Offendum relève moins du concert que de la traversée. La parole, portée par le rythme et le récit, agit comme un guide invisible. Elle fait voyager entre plusieurs villes réelles et symboliques : Damas, Beyrouth, New York, mais aussi des villes intérieures, faites de souvenirs, de pertes et de reconstructions. Le spectateur ne visite pas un lieu précis ; il traverse une cartographie culturelle où les frontières sont mouvantes et les identités multiples.
Cette dimension fait de son travail un exemple emblématique de tourisme culturel diasporique. Un tourisme où l’on ne consomme pas un territoire, mais où l’on entre en relation avec lui à travers des récits incarnés. Les villes évoquées ne sont pas idéalisées. Elles apparaissent fragmentées, parfois douloureuses, toujours humaines. Cette approche confère à l’expérience une authenticité rare, très éloignée des représentations figées souvent associées au voyage culturel.
Les espaces qui accueillent ses performances jouent un rôle central dans cette dynamique. Lieux de parole, de débat et de création, ils deviennent des destinations en soi pour un public international sensible aux formes artistiques engagées. Fréquenter ces lieux, c’est découvrir une autre manière de voyager : par la rencontre, par l’écoute et par l’attention portée aux histoires qui façonnent les villes contemporaines.
La langue constitue un autre vecteur de déplacement. Le passage constant entre l’anglais et l’arabe crée un mouvement, un va-et-vient qui invite le public à franchir des seuils culturels. Même sans comprendre chaque mot, l’auditeur perçoit les rythmes, les silences et les tensions. La langue devient alors un espace à parcourir, un territoire sensible qui enrichit l’expérience du voyage culturel.
Dans un monde où le tourisme est souvent réduit à la consommation rapide d’images et de lieux, l’approche d’Omar Offendum propose une alternative précieuse. Elle rappelle que voyager peut aussi signifier prendre le temps de comprendre, d’écouter et de ressentir. La ville n’est plus seulement visitée ; elle est racontée, interrogée, parfois contestée. Cette dimension critique fait partie intégrante de l’expérience touristique culturelle contemporaine.
Ainsi, l’œuvre d’Omar Offendum ouvre une réflexion essentielle sur les nouvelles formes de mobilité culturelle. Elle invite à repenser le voyage non comme un déplacement linéaire, mais comme une expérience relationnelle, faite de récits partagés et de mémoires en circulation. Une manière de découvrir le monde à travers la parole, et de faire du tourisme un acte de conscience autant que de curiosité.
Bureau de Paris