






Il serait facile de commencer par l’image. Raghda Kabouri appartient à cette génération de journalistes dont le public découvre d’abord le visage avant de connaître le chemin. La télévision produit cette impression de proximité immédiate : quelques minutes à l’antenne suffisent pour installer une présence. Pourtant, derrière cette apparente évidence, un métier se construit dans des espaces beaucoup moins visibles. Chez Raghda Kabouri, c’est précisément là que le parcours devient intéressant.
Avant le journal télévisé, il y a la parole. Pas celle que l’on récite face à une caméra, mais celle que l’on apprend à organiser, à confronter et à mettre au service d’une idée. Le débat, l’écoute et la capacité à formuler une question constituent une première architecture professionnelle. Avant de maîtriser une caméra, il faut apprendre à donner du sens à la parole. Cette distinction compte, parce qu’elle sépare progressivement le simple exercice de présence de la pratique journalistique.
À l’écran, une autre discipline commence.
Au journal de MAP, Raghda Kabouri entre dans cet espace où chaque mot possède un poids particulier. Le direct ne laisse que peu de place à l’approximation. Il impose le rythme, la précision, la maîtrise et cette sobriété qui consiste à transmettre une information sans chercher à devenir plus importante qu’elle.
C’est peut-être l’un des équilibres les plus difficiles de la télévision contemporaine : être suffisamment présente pour établir une relation avec le public, mais suffisamment en retrait pour que l’information demeure au centre.
Raghda Kabouri semble avancer précisément sur cette ligne.
Elle présente. Elle transmet. Mais elle ne réduit pas son identité professionnelle au pupitre.
Car un journaliste ne se mesure pas seulement à sa capacité à lire correctement ce qui lui est confié. La véritable évolution commence souvent lorsqu’il quitte le cadre préparé pour entrer dans un environnement où tout ne peut plus être anticipé.
QUITTER LE DESK POUR ALLER VERS LES AUTRES
Au Salon international de l’édition et du livre de Rabat, le rapport au métier change. Le pupitre disparaît, le micro sort du studio et la parole n’arrive plus sous la forme d’un texte préparé. Il faut observer, approcher, questionner, écouter et réagir.
Le terrain commence là où le cadre ne suffit plus.
Ce déplacement peut sembler ordinaire. Il ne l’est pas. Entre présenter une information et aller la chercher auprès de ceux qui la produisent, deux mécanismes journalistiques différents sont à l’œuvre.
Le terrain apporte précisément ce que le studio ne peut fabriquer : l’imprévu, la rencontre et la nécessité de décider rapidement de ce qui mérite une question supplémentaire.
Chez Raghda Kabouri, cette mobilité élargit le profil. L’écran demeure un espace important, mais il cesse d’être une frontière.
L’INTERVIEW COMME DEUXIÈME MÉTIER
Puis vient l’entretien.
Interviewer n’est pas simplement poser successivement des questions. Une véritable conversation journalistique oblige à abandonner une partie du contrôle. Une réponse peut déplacer l’entretien, ouvrir une direction inattendue ou rendre inutile la question préparée quelques secondes auparavant.
« Une question vaut surtout par ce qu’elle permet à l’autre de révéler. »
À travers ses formats de dialogue et le programme « صحتك », Raghda Kabouri explore cette autre mécanique : écouter avant de relancer.
Cela suppose de déplacer le centre de gravité de l’écran. Le présentateur n’est plus celui autour duquel tout s’organise. L’invité devient le centre de l’échange, tandis que le journaliste construit les conditions permettant à une parole d’exister, de se préciser ou parfois de se dévoiler.
C’est une compétence différente de la présentation. Et c’est justement leur coexistence qui commence à donner au parcours sa cohérence.
Information, plateau, entretien, événement, terrain : les expériences ne s’accumulent plus simplement les unes à côté des autres. Elles commencent à former un langage professionnel.
DU MAROC VERS DES ESPACES PLUS LARGES
Le Maroc reste le point d’ancrage de Raghda Kabouri. C’est là que son expérience se construit et que son identité journalistique prend forme. Mais son environnement commence parallèlement à s’élargir.
Les événements culturels, les rencontres institutionnelles, les espaces diplomatiques et une présence récente en Russie indiquent une ouverture vers d'autres contextes.
Il serait prématuré de transformer ces signes en proclamation d’une carrière internationale déjà établie. Ce n’est d’ailleurs pas ce qui rend cette étape intéressante.
Ce qui mérite davantage l’attention est la possibilité.
Aller plus loin sans effacer l’endroit d’où l’on vient.
Dans un paysage médiatique où les frontières professionnelles deviennent de plus en plus perméables, une journaliste capable de travailler entre plusieurs formats peut progressivement déplacer son terrain sans devoir modifier ce qui constitue son socle.
L’international ne commence pas nécessairement par une nouvelle adresse. Il peut commencer lorsque les outils acquis localement deviennent suffisamment solides pour fonctionner ailleurs.
UNE VISIBILITÉ ENCORE PLUS PETITE QUE SON PARCOURS
Il reste enfin un paradoxe.
À l’époque où quelques vidéos virales peuvent fabriquer une notoriété avant même qu’un parcours professionnel ne soit réellement constitué, la visibilité numérique de Raghda Kabouri demeure encore relativement modeste.
Mais le rapport entre visibilité et valeur professionnelle n’est pas mécanique.
Son expérience s’est déjà déplacée entre débat, information, présentation, interview et terrain. Autrement dit, son métier semble aujourd’hui avancer plus vite que sa notoriété.
Et cette disproportion raconte peut-être davantage son profil que n’importe quel chiffre.
Elle place Raghda Kabouri dans une situation particulière : celle d’une journaliste qui possède encore devant elle une marge importante entre ce qu’elle a déjà construit et ce que le public en connaît.
Cette marge peut devenir un espace de développement.
Car la prochaine étape ne consiste peut-être pas à être simplement davantage vue. Elle consiste à faire correspondre progressivement la visibilité à la densité du parcours.
C’est précisément pour cette raison que PO4OR ne regarde pas Raghda Kabouri comme un visage supplémentaire de télévision. Le visage existe, naturellement. La caméra le rend identifiable. Mais derrière lui se dessine quelque chose de plus intéressant : une professionnelle qui additionne les disciplines sans encore considérer l’une d’elles comme une destination définitive.
Présenter sans prendre la place de l’information. Interroger sans prendre celle de l’invité. Sortir du studio pour retrouver le terrain. Élargir son espace sans renier son ancrage.
À ce stade, le parcours n’a pas besoin d’être présenté comme achevé pour mériter l’attention. C’est même l’inverse.
Raghda Kabouri appartient à ces profils que l’on peut observer au moment précis où les différentes pièces commencent à former un métier.
La caméra a déjà rendu son visage visible.
Le reste, plus important, est en train de se construire.
PARIS



