






La voix, parfois, précède le visage. Nous nous attachons à un timbre qui habite notre mémoire sans savoir à qui il appartient, familiers d'une présence dont nous ne possédons aucune image. À cette catégorie rare, celle des interprètes de l'ombre dont la voix devance le nom, et dont l'art consiste à prêter une âme arabe à des personnages venus d'ailleurs, appartient Weiam Dribaty. Comédien, comédien de doublage, animateur de radio et de télévision, il a fait de la voix non pas un instrument, mais un territoire.
Sa formation dit déjà cette double vocation. Diplômé en réalisation cinématographique, il apprend très tôt à penser l'image et le récit avant même de les incarner. C'est pourtant par le son que le destin le saisit. En 2012, il entre à la télévision syrienne par la voie d'un concours officiel, puis rejoint la radio Sawt al Chaab comme présentateur. Il s'y forme auprès de grandes figures du métier, Feryal Ahmad, Jamal al Jaych, Moukhlès al Warar, Moussa Abdel Nour, héritant d'une école exigeante où la diction est une morale et le micro une discipline.
Les années qui suivent le voient multiplier les seuils. Sur la chaîne Talaqi, il anime Talaqi FM, puis un programme pour la jeunesse, le Shababi Show, aux côtés de la journaliste Areej Zayat. À la radio Sawt al Chabab, il passe des heures de direct matinal aux veillées nocturnes ouvertes aux auditeurs, dans des émissions comme Sahranin, avant de concevoir et de présenter son propre rendez-vous, Wow FM. Chaque plateau devient un atelier de la présence, une manière d'apprendre que la voix, avant de raconter les autres, doit d'abord tenir la sienne.
Mais c'est dans le doublage que son art trouve sa pleine mesure. Membre du collectif syrien de doublage Sawtouna Fann, il rejoint cette confrérie de comédiens qui, dans le silence des studios, redonnent la parole à des œuvres venues du monde entier. On lui doit notamment la voix de Ranveer dans la série Makanak fi al Qalb, mais son nom circule surtout, dans le cercle des professionnels, comme celui d'un interprète capable de faire coïncider un timbre arabe avec une émotion étrangère, sans trahir ni l'une ni l'autre. Doubler, pour lui, n'est pas recouvrir une voix par une autre. C'est accomplir un passage, faire franchir à un personnage la frontière d'une langue pour qu'il renaisse intact dans une autre.
Cet art, il ne le garde pas pour lui. Formateur certifié, il transmet la technique du doublage à travers des ateliers et des sessions qui l'ont conduit de la Syrie au Liban, de l'Arabie saoudite aux Émirats, du Qatar à Oman. Depuis Dubaï, où il exerce désormais comme artiste vocal au sein du studio Sama Art, il inscrit son travail dans une géographie plus vaste, celle d'un monde arabe qui reconnaît enfin dans la voix un métier à part entière, avec ses maîtres, ses écoles et ses héritiers.
La consécration est venue de loin. En janvier 2026, à Los Angeles, lors de la douzième édition des Voice Arts Awards décernés par la Society of Voice Arts and Sciences, Weiam Dribaty reçoit la distinction pour son interprétation vocale dans Koroko. Sur une scène où plus de cent catégories célèbrent, en plusieurs langues, l'excellence de la voix enregistrée, la langue arabe trouve en lui l'un de ses ambassadeurs. Il s'inscrit ainsi dans un sillage ouvert par d'autres comédiens syriens avant lui, portant plus haut l'idée qu'une voix arabe peut être écoutée, jugée et honorée aux côtés des plus grandes du monde. Son engagement auprès de ce rendez-vous international se poursuit, déjà tourné vers les éditions à venir.
Reste l'essentiel, qui échappe aux palmarès. Weiam Dribaty travaille une matière invisible et pourtant familière, cette part de nous qui reconnaît une présence avant de reconnaître un visage. Dans un espace où le cinéma devient passage et le passage devient cinéma, il tient le seuil. Il est de ceux qui rappellent que la voix n'est pas l'accessoire du récit, mais sa première demeure.