Refuser les séparations confortables constitue déjà une position. Entre la tentation de la posture intellectuelle pure et celle de l’exercice administratif du pouvoir, certaines trajectoires choisissent une zone plus instable, plus exigeante, où la culture, la politique et l’éthique se rencontrent sans jamais se confondre. Le parcours d’Anthony Samama s’inscrit précisément dans cet espace de tension. Ni homme politique au sens classique, ni écrivain détaché du réel, ni entrepreneur culturel hors-sol, il incarne une figure contemporaine de la responsabilité exercée dans l’inconfort, là où les rôles se frottent et se questionnent mutuellement.

Adjoint au maire du 15ᵉ arrondissement de Paris, chargé de la tranquillité publique, de la prévention et de la police municipale, Anthony Samama évolue dans l’un des espaces les plus sensibles de l’action publique : celui de l’ordre, de la sécurité et du vivre-ensemble. Un champ où le langage se durcit vite, où les positions se polarisent, et où la tentation du slogan guette. Or, chez lui, quelque chose résiste à cette simplification. Une retenue. Une attention au mot. Une conscience aiguë de ce que signifie exercer une autorité sans renoncer à la complexité.

Cette tension se prolonge dans son travail d’écriture. Insurrection, son premier roman, n’est pas un manifeste, ni un roman à thèse. Il se situe à l’intersection de l’intime et du politique, là où les convictions cessent d’être abstraites pour devenir des choix incarnés. À travers une intrigue qui mêle amour, engagement et théâtre du pouvoir municipal, le texte interroge une question centrale : que reste-t-il de nos idéaux lorsque le réel exige des arbitrages ? Et jusqu’où l’amour, l’éthique ou la loyauté peuvent-ils résister aux logiques de camp, de carrière ou de domination symbolique ?

Ce qui frappe dans cette écriture, c’est l’absence de spectaculaire. Pas de cynisme, pas d’héroïsation. Le politique y apparaît comme un espace de contradictions permanentes, fait de compromis silencieux, de zones grises et de renoncements partiels. Une vision qui tranche avec la dramaturgie médiatique habituelle, et qui rapproche davantage Samama d’une tradition littéraire de la lucidité morale que de la littérature d’engagement démonstratif.

Parallèlement, son implication dans des projets culturels immersifs révèle une autre facette de son rapport au monde : le désir de transmission. Avec les Cités Immersives, il participe à des dispositifs qui cherchent à rendre la culture sensible, vécue, traversable. Là encore, la question n’est pas celle du divertissement pur, mais de la médiation : comment faire entrer le public dans une expérience sans dissoudre le sens ? Comment rendre accessible sans appauvrir ? Comment faire mémoire sans la transformer en décor ?

Cette triple inscription institutionnelle, littéraire et culturelle dessine un profil singulier. Elle pose aussi une question essentielle : peut-on encore aujourd’hui tenir ensemble l’action publique, la création et la réflexion sans céder à la communication ou à l’auto-justification permanente ? Chez Anthony Samama, la réponse n’est jamais donnée comme une certitude. Elle se cherche. Elle s’éprouve. Elle se construit dans la durée.

C’est précisément cette absence de posture définitive qui rend son parcours digne d’attention. Non parce qu’il serait exemplaire au sens moral, mais parce qu’il expose, sans les masquer, les lignes de fracture de notre époque : entre idéal et gestion, entre parole et pouvoir, entre culture et ordre public. En cela, Anthony Samama n’est pas une figure consensuelle et c’est peut-être là sa véritable pertinence. Il oblige à penser, non à adhérer.

Dans un paysage médiatique saturé de figures lisses ou outrancières, sa trajectoire rappelle que la complexité n’est pas une faiblesse, mais une exigence. Et que tenir cette exigence, aujourd’hui, relève déjà d’une forme d’engagement.

PO4OR – Bureau de Paris