Pendant longtemps, le commentaire sportif arabe s’est construit autour d’une voix dominante, masculine, verticale, incarnant une autorité analytique rarement remise en question. L’apparition progressive de figures féminines dans cet espace n’a pas seulement introduit une diversité de visages à l’écran ; elle a ouvert un déplacement plus profond, presque structurel, dans la manière dont le sport est raconté, interprété et transmis au public. Le parcours d’Areej Sleem s’inscrit précisément dans cette transition silencieuse où la présence féminine cesse d’être une exception pour devenir une composante active de la légitimité médiatique.
Issue d’une formation académique en journalisme et communication, elle n’émerge pas directement comme une figure télévisuelle, mais comme une professionnelle ayant traversé les différentes strates du métier. Radio, reportages, travail de terrain, préparation éditoriale : autant d’expériences qui construisent une compréhension concrète du langage médiatique avant l’exposition publique. Cette trajectoire progressive donne à son apparition sur les plateaux une densité particulière, loin des constructions purement médiatiques fondées sur l’image seule.
L’intégration au sein d’une chaîne sportive internationale majeure marque un tournant décisif. Dans un environnement où l’expertise sportive demeure fortement codifiée et historiquement masculine, sa présence ne se limite pas à occuper un espace existant. Elle contribue à redéfinir les modalités de l’échange entre l’écran et le spectateur. L’analyse sportive ne s’exprime plus uniquement à travers une posture d’autorité distante, mais par une forme de médiation plus fluide, attentive à la narration autant qu’à l’information.
Ce déplacement est essentiel. L’évolution du paysage médiatique contemporain exige une nouvelle relation au public, fondée sur la proximité, la clarté et la capacité à rendre accessible un univers technique sans le simplifier. Areej Sleem incarne cette mutation où la compétence journalistique rencontre une sensibilité narrative capable de transformer le commentaire sportif en récit partagé plutôt qu’en discours unidirectionnel.
Son parcours reflète également un changement générationnel plus large. L’arrivée de femmes dans l’espace médiatique sportif arabe ne relève plus d’un geste symbolique isolé. Elle témoigne d’une transformation progressive des structures professionnelles, où la crédibilité ne se construit plus uniquement sur la reproduction des modèles historiques mais sur la capacité à renouveler les formes de présence et d’interaction. Dans ce contexte, chaque apparition à l’écran devient une négociation implicite entre héritage et innovation.
Il serait pourtant réducteur de lire cette évolution uniquement sous l’angle de la représentation. L’intérêt du parcours d’Areej Sleem réside dans sa manière d’habiter cet espace avec une certaine sobriété professionnelle, évitant la surenchère ou la démonstration. La légitimité se construit dans la continuité, dans la précision du geste journalistique, dans la capacité à maintenir une rigueur tout en adaptant le discours aux mutations rapides du paysage médiatique.
Le sport, dans sa dimension médiatique, n’est jamais seulement une question de performance athlétique. Il constitue un récit collectif, une scène où se rejouent des questions d’identité, de représentation et de pouvoir symbolique. En investissant cet espace, Areej Sleem participe à une redéfinition progressive de ces codes. Sa présence souligne que la compétence journalistique ne se mesure plus à la conformité à une norme historique, mais à la capacité de transformer le cadre même dans lequel le récit sportif prend forme.
Ainsi, son parcours dépasse la simple trajectoire individuelle pour s’inscrire dans une dynamique plus large : celle d’un paysage médiatique arabe en mutation, où l’émergence d’une nouvelle génération féminine ne vise pas à remplacer une voix par une autre, mais à élargir le champ des possibles narratifs. Dans ce mouvement, l’écran cesse d’être un espace de reproduction des hiérarchies anciennes pour devenir un lieu de recomposition.
Plus qu’une présentatrice sportive, Areej Sleem apparaît alors comme l’une des figures révélatrices d’une transition culturelle silencieuse. Une transition où le sport cesse d’être raconté depuis une position unique pour s’ouvrir à une pluralité de regards, transformant progressivement la relation entre média, spectacle et audience.
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