Traiter un volume aussi dense de questions sociales, politiques et humaines ne relève ni de l’intuition ni de l’improvisation. Cela suppose une énergie professionnelle capable d’absorber la complexité, de la déconstruire, puis de la restituer au public sous une forme intelligible, sans appauvrir le sens ni épuiser la conscience. C’est précisément dans cet espace exigeant que s’inscrit le travail de Dalia Hijazi.
Son positionnement médiatique ne repose pas sur la mise en avant de sa personne, mais sur une logique de service éditorial. Elle n’occupe pas l’écran pour s’y imposer ; elle l’utilise comme un lieu de médiation. Ce choix n’est pas anodin. Il traduit une conception précise du journalisme : non comme une scène d’expression personnelle, mais comme un dispositif de mise en ordre du réel.
La diversité des thématiques qu’elle aborde — droits des femmes, santé mentale, législation, mémoire collective, violences symboliques ou structurelles — ne constitue pas une dispersion. Elle dessine au contraire une cohérence. Toutes ces questions relèvent d’un même champ : celui des tensions entre normes sociales, cadres juridiques et vécus individuels. Dalia Hijazi ne les juxtapose pas ; elle les articule.
Cette capacité d’articulation repose sur une méthode. Chaque sujet est traité comme un système, non comme un fragment isolé. Le fait social est replacé dans son contexte historique, politique et culturel. La parole invitée n’est jamais livrée brute ; elle est encadrée, située, interrogée. Le rôle de la journaliste n’est pas de conclure à la place du public, mais de créer les conditions d’une compréhension active.
Dans un paysage médiatique souvent dominé par la polarisation et la simplification, cette posture implique une forme de résistance. Résister à l’urgence permanente. Résister à la tentation de l’émotion spectaculaire. Résister à la réduction des enjeux complexes à des oppositions binaires. Cette résistance n’est ni militante ni idéologique ; elle est professionnelle.
Le ton adopté à l’antenne reflète cette exigence. La parole est posée, le rythme maîtrisé, le regard attentif. Il n’y a ni dramatisation excessive ni neutralité froide. Dalia Hijazi s’inscrit dans une zone intermédiaire : celle de la clarté engagée, où l’exactitude de l’information n’exclut ni la responsabilité morale ni la conscience des effets produits sur le public.
Ce qui frappe dans son travail, c’est la constance. Les sujets évoluent, les contextes changent, mais la ligne reste lisible. Cette stabilité n’est pas une rigidité ; elle est le résultat d’un cadre intellectuel solide. Elle permet d’aborder des thèmes sensibles sans céder à la surenchère ni au contournement. La complexité n’est pas évitée, elle est assumée.
Loin de chercher l’impact immédiat, son approche privilégie le temps long de la réception. Elle accepte que certaines questions ne produisent pas de consensus, ni même de réponses définitives. Le rôle du journalisme, dans cette perspective, n’est pas de rassurer, mais d’éclairer. D’ouvrir des espaces de réflexion là où le débat public tend à se refermer.
Cette capacité à organiser le flux d’informations et de témoignages repose sur un travail invisible mais essentiel : la hiérarchisation. Tout ne se vaut pas, tout ne se dit pas de la même manière, ni au même moment. Choisir l’angle, le vocabulaire, l’ordre des interventions est déjà une forme de responsabilité éditoriale. Dalia Hijazi exerce cette responsabilité sans ostentation, mais avec rigueur.
Son travail s’inscrit également dans une logique de continuité. Les sujets ne sont pas traités comme des événements isolés, mais comme des séquences d’un récit social plus large. Cette approche permet au public de suivre les évolutions, de comprendre les ruptures, d’identifier les permanences. Le journalisme cesse alors d’être un simple miroir de l’actualité pour devenir un outil de lecture du monde.
Dans ce cadre, la question de la représentation prend une place centrale. Donner la parole ne suffit pas ; encore faut-il savoir comment elle est donnée, à qui, et dans quelles conditions. Dalia Hijazi accorde une attention particulière à cet équilibre. Elle veille à ce que la diversité des voix ne se transforme pas en juxtaposition désordonnée, mais contribue à une compréhension plus fine des enjeux.
Ce positionnement explique la réception de son travail. Il ne s’adresse pas à un public en quête de confirmation rapide, mais à des spectateurs désireux de comprendre. Cette exigence réduit parfois l’impact immédiat, mais elle construit une relation de confiance durable. La crédibilité ne se mesure pas à l’intensité d’une réaction, mais à la constance d’une écoute.
Plus largement, son parcours interroge la place du journalisme audiovisuel contemporain. À une époque où l’image tend à primer sur le contenu, elle rappelle que la forme n’a de valeur que si elle sert le fond. La mise en scène reste sobre, fonctionnelle, au service de la parole et de l’analyse. Rien n’est superflu, rien n’est laissé au hasard.
Cette sobriété est aussi une manière de protéger le sens. En refusant l’accumulation d’effets, elle préserve l’espace nécessaire à la réflexion. Le téléspectateur n’est pas happé ; il est invité. Invité à écouter, à douter, à relier les informations entre elles. Cette invitation constitue peut-être la dimension la plus politique de son travail.
Dalia Hijazi incarne ainsi une figure rare : celle d’une journaliste qui assume pleinement la complexité de son époque sans chercher à la réduire. Son travail montre que l’on peut traiter des sujets lourds, sensibles, parfois douloureux, sans céder ni au pathos ni à la distance désincarnée. Il montre surtout que le journalisme peut encore être un lieu de mise en ordre du réel.
À travers cette pratique, elle rappelle une évidence souvent oubliée : informer, ce n’est pas seulement transmettre des faits, c’est leur donner une forme intelligible. Et lorsque les faits se multiplient, se contredisent et s’accumulent, seule une énergie professionnelle structurée permet de les porter, de les organiser et de les restituer sans les trahir.
Bureau de Paris