De la création contemporaine à la diplomatie culturelle

Comment l’art reconfigure les récits entre l’Arabie saoudite et la France

À l’heure où les relations internationales ne se jouent plus uniquement sur le terrain politique ou économique, la culture s’impose comme un espace stratégique de formulation du sens. L’art contemporain, en particulier, devient un langage diplomatique à part entière : non pas un outil d’illustration, mais un champ de négociation symbolique, capable de produire des récits partagés sans les réduire à des slogans.

C’est dans cette perspective que s’inscrit la table ronde organisée à La Fabrique, au cœur du district JAX à Riyad. Plus qu’un événement culturel, la rencontre a constitué un moment de réflexion collective sur la manière dont la France et l’Arabie saoudite construisent aujourd’hui, par la création contemporaine, de nouvelles formes de dialogue culturel durable.

Autour de la table se sont réunis des acteurs institutionnels majeurs : Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou, Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français, Omar Al Braik, directeur senior de l’art public au sein de la Royal Commission for Riyadh City, et Ibrahim Alsanousi, président exécutif par intérim de la Commission des musées. La discussion a été modérée par la commissaire Effat Abdullah Fadag, dont l’approche curatoriale a donné au débat une profondeur conceptuelle rarement atteinte dans ce type de format.

L’enjeu central n’était pas de comparer deux modèles culturels, mais d’examiner les conditions dans lesquelles l’art peut devenir un espace de co-construction narrative. Du développement de l’art public aux politiques muséales, en passant par les grands projets culturels, les intervenants ont mis en lumière un déplacement fondamental : la culture n’est plus pensée comme un vecteur de rayonnement unilatéral, mais comme un terrain de collaboration active.

La transformation rapide du paysage culturel saoudien, notamment à Riyad, a été abordée non comme une vitrine, mais comme un laboratoire. L’art public y est envisagé comme une pratique civique, inscrite dans l’espace urbain et dans le quotidien, tandis que les musées se positionnent comme des lieux de production de sens, ouverts à des récits multiples. En miroir, l’expérience française a rappelé le rôle historique des institutions culturelles comme espaces de médiation critique, capables d’articuler mémoire, création et débat contemporain.

Ce dialogue met en évidence une convergence essentielle : la volonté de dépasser la logique de l’événementiel pour inscrire les partenariats culturels dans le temps long. Résidences d’artistes, coproductions, commandes publiques et échanges professionnels apparaissent alors comme les véritables instruments d’une diplomatie culturelle mature.

Ainsi, cette table ronde révèle un tournant significatif : l’art n’y est plus considéré comme un simple objet de prestige, mais comme une infrastructure symbolique. Une infrastructure capable de relier des sociétés, de complexifier les regards et de produire des récits communs sans les figer. À ce titre, la rencontre de Riyad s’impose comme un jalon discret mais décisif dans l’évolution des relations culturelles entre la France et l’Arabie saoudite.


Bureau de Paris – Portail de l’Orient

À Riyad, une table ronde où la création contemporaine s’affirme comme un espace stratégique de diplomatie culturelle, redessinant les récits partagés entre l’Arabie saoudite et la France