






Car l’art ne revient pas à la vie parce que quelqu’un a décidé de le restaurer, ni parce que le passé est rappelé avec une longue nostalgie, mais parce qu’il existe encore des personnes qui croient que la musique est capable d’être présente, et de retrouver son chemin vers les gens, comme une mémoire et comme quelque chose qui peut être entendu, vécu et partagé.
C’est à partir de ce point que l’on peut lire l’expérience du jeune maestro Mahmoud Saber, non pas comme une tentative supplémentaire dans la scène musicale, mais comme une recherche et une tentative dans cette scène… et comme une présence singulière qui construit une relation plus proche entre la musique et celui qui l’écoute.
L’idée qui se trouve derrière « Choral On », le projet fondé et dirigé par Mahmoud Saber, apparaît en surface comme une idée musicale… Nous pouvons y découvrir de multiples voix chantées, différentes voix égyptiennes qui se réunissent dans un même espace. Mais ce qui paraît simple de l’extérieur porte un sens plus large… dans cet espace qui ne se limite pas seulement aux voix individuelles… parce que le chœur est l’image dans son ensemble… La réponse vient donc du chœur lui-même.
Car lorsqu’une voix entre dans un groupe, elle ne perd pas nécessairement sa personnalité… elle apprend à connaître sa place, et la beauté trouve le moment où elle devient une partie d’un tissu qu’elle ne pourrait pas créer seule… À partir de là, Mahmoud Saber réunit des voix dont chacune se distingue par quelque chose, créant ainsi une place pour la diversité, puis il cherche la manière dont cette diversité peut se transformer en harmonie…
Cela donne même aux différences entre les voix un sens à l’intérieur d’une image plus vaste… Et c’est peut-être pour cette raison que l’expression « le chœur des spontanés » apparaît comme une clé essentielle pour comprendre ce projet.
L’Égypte elle-même ne peut être enfermée dans un seul genre musical ou une seule tonalité…
Sa musique est le prolongement d’une vaste mémoire faite de chansons, de mélodies, de dialectes et d’expériences, comme c’est le cas dans chaque pays… Elle contient ce qui est venu du théâtre et du cinéma, ce qui est resté dans la mémoire populaire et ce qui s’est transmis d’une génération à l’autre jusqu’à devenir une partie de la sensibilité collective…
Et elle contient aussi ce qui se forme aujourd’hui, dans une époque différente et avec une oreille différente.
Lorsque l’on parle du maestro Mahmoud Saber, qui possède lui-même également une belle voix, et de « Choral On », on constate que les différentes couches vocales entrent dans un même espace, comme si un dialogue se créait entre une voix et une autre pendant l’interprétation des chansons,
comme si les chansons avaient trouvé de nouvelles voix capables de leur donner une autre vie… et un nouvel esprit.
La mélodie change lorsqu’elle passe par des interprètes qui n’ont pas vécu son époque d’origine, et lorsqu’elle arrive à un public qui ne l’a pas entendue de la même manière…
La valeur du travail musical dirigé par Mahmoud Saber réside dans la conviction que le résultat auquel arrive l’auditeur et dont il profite… a été précédé par un long temps d’écoute, d’expérimentation et d’ajustement…
La belle musique dissimule souvent l’ampleur du travail qui l’a précédée, et plus elle paraît naturelle, plus il y a derrière elle une grande attention… Cette relation avec les détails révèle inévitablement aussi une conception plus large de l’art… Être proche des gens par sa musique et par sa présence, c’est ce qui atteint les spectateurs et les auditeurs de Mahmoud Saber et de « Choral On »… Ils se sont ainsi créé un univers musical qui leur est propre.
Le maestro Mahmoud Saber sait que ce qui sortira du groupe n’appartiendra pas à une seule voix… Il définit ainsi l’ensemble musical comme un acte artistique singulier en lui-même… bien que chaque voix porte une personnalité différente…
Le rôle du maestro Mahmoud Saber devient alors plus grand qu’il n’y paraît… Sa mission consiste à savoir comment placer toutes ces voix dans un même espace afin qu’elles soient entendues comme une seule masse harmonieuse.
Durant la préparation de chaque chanson, Mahmoud Saber peut entendre ce que le public n’entend pas encore et imaginer le résultat avant même qu’il ne soit achevé…
Ce qu’il fait dans son métier et dans sa passion repose en grande partie sur le ressenti… bien sûr aux côtés de la connaissance et de l’oreille musicale…
Dans les répétitions que le maestro Mahmoud Saber partage sur les réseaux sociaux, comme dans les concerts qu’il donne avec le chœur… il est clair que sa présence avec le chœur forme une image complète qui remplit la scène qui les réunit tout au long du temps, où qu’ils soient.
On peut comprendre Mahmoud Saber à travers une image qui porte une vision profonde du rôle du maestro…
Nous le voyons comme un chef qui se tient au premier plan… mais ce qui compte davantage pour lui est la vision qu’il adopte clairement : la conviction que la musique peut être un moyen de faire se rencontrer les gens et que la différence entre les voix n’est pas un obstacle à l’harmonie, parce qu’elle en constitue l’une des conditions… Chaque voix possède quelque chose qui la distingue et qui complète les autres voix…
Cette vision donne à « Choral On » une dimension qui ne les limite pas à être simplement un ensemble artistique et musical, car leur projet ne s’arrête pas au chant collectif… Il s’élargit pour transmettre un message : des personnes différentes peuvent se réunir autour d’un même langage sans être obligées de devenir des copies les unes des autres. Et cette idée artistique porte en elle un sens humain évident…
Parce que la musique sait depuis longtemps ce que nous essayons, nous, d’apprendre avec difficulté : l’harmonie ne signifie pas la ressemblance. Des voix différentes peuvent former une image complète et cohérente, tout comme des mémoires différentes peuvent se rencontrer dans une chanson, permettant au passé et au présent de coexister sans que l’un efface l’autre…
À partir de ce principe, le projet de Mahmoud Saber réunit la musique patrimoniale et contemporaine selon sa vision particulière… Il n’a pas laissé les formes anciennes et modernes de l’art chanté et leurs gammes musicales sur le papier ; il les a représentées à travers les voix du chœur… nous permettant ainsi d’entendre une nouvelle fois la mélodie, mais avec l’oreille du présent, et de laisser la chanson porter sa mémoire sans lui imposer de vivre dans la même époque que celle où elle est née… ni avec les mêmes voix qui l’avaient interprétée pour la première fois.
La présence de nouvelles voix devient importante… Lorsque nous pensons au maestro Mahmoud Saber, nous voyons son choix du chœur, son insistance sur la multiplicité des voix et sa volonté de faire en sorte que l’art reste proche des gens, avec cette conviction que la musique n’a pas besoin d’abandonner sa beauté pour devenir proche ; elle a seulement besoin qu’on lui ouvre les portes…
Et ces portes ne s’ouvrent pas nécessairement à travers de grands projets ou des slogans retentissants. Parfois, tout commence par un groupe de personnes qui chantent ensemble et qui arrivent ensemble jusqu’à de grands lieux et de grandes scènes, formant une image miniature de ce que l’art peut devenir lorsqu’il cesse de se penser comme un produit et redevient une relation ; une relation entre l’être humain et sa voix, entre l’artiste et le public…
C’est peut-être pour cela que l’expression « l’amour de la musique » apparaît comme le premier fil de tout ce que fait Mahmoud Saber… Parce que l’amour, ici, signifie être prêt à donner du temps à la musique, à prendre soin de ses détails, à rechercher sa nouvelle voix et à croire qu’elle est encore capable d’atteindre les gens… et qu’elle réussit lorsqu’elle est entendue…
Et peut-être est-ce là le sens le plus simple du fait de faire revivre l’art : le ramener à la vie, lui donner de nouvelles voix, de nouvelles oreilles et un nouveau public, et laisser à la musique son ancienne mission qui, malgré tout ce qui a changé, demeure capable de rassembler les gens autour de quelque chose qui n’a pas besoin de traduction…
Et parmi toutes ces voix, Mahmoud Saber trouve son projet, et « Choral On » trouve sa place…
Quant au fil qui relie les deux, il demeure tel qu’il a commencé : l’amour de la musique, un amour suffisant pour que l’art demeure.
Sidra Assi
PARIS



