






De Beyrouth, et vers tous ceux qui construisent leur vie avec la musique, Nour Chehab construit sa propre voix et sa musique…
Jeune chanteuse, auteure-compositrice et musicienne, elle a choisi depuis son enfance de traiter la musique comme une langue, afin qu’elles deviennent toutes deux des compagnes qui écoutent la vie et à travers lesquelles elle lui parle.
Nour Chehab a su dès son jeune âge que la guitare l’accompagnerait longtemps, et que ses doigts qui touchaient les cordes y trouveraient, avec le temps, une langue complète. Et lorsqu’elle a donné son premier concert, c’était comme si quelque chose se formait avec la scène… avec le public… et avec ce sentiment qui devient une appartenance.
Et c’est quelque chose de remarquable dans son expérience, qui s’est ancré en elle sous la forme d’une voix et d’une image qui lui ressemblent particulièrement et qu’elle exprime à travers la musique…
Lorsque Nour Chehab commence à former son art en compagnie de sa guitare, elle commence souvent par une mélodie accrocheuse, par une première phrase musicale qui peut être la graine de toute l’œuvre… Puis commence le processus de construction… une couche musicale au-dessus d’une autre, un détail ajouté à un autre détail… et une transition musicale qui change la forme de la première idée sans l’annuler.
C’est une méthode de travail qui porte une grande valeur d’apprentissage par l’expérience, de découverte des outils à travers leur utilisation… et de ne pas traiter la chanson comme une recette fixe.
Et à travers cette méthode, nous pouvons remarquer l’une des caractéristiques de sa personnalité artistique…
Car la chanson n’arrive pas toute prête au studio comme si elle était une idée complète qui attend d’être exécutée… Elle se forme pendant le travail… peut-être à partir d’une seule mélodie, puis elle grandit progressivement jusqu’à devenir un monde qui possède sa densité, ses espaces et ses couches.
Et cette méthode peut être considérée comme une métaphore de l’expérience de Nour Chehab elle-même.
Elle aussi construit son parcours de la même manière, couche après couche.
Ces dernières années, parler de « musique arabe contemporaine » est devenu plus profond que la simple recherche de frontières entre l’Orient et l’Occident.
Toute une génération de musiciens arabes a grandi dans un espace sonore ouvert…
La chanson arabe existe à côté de la musique mondiale, la guitare occidentale à côté des maqâms et des rythmes locaux, et la langue arabe à côté de l’anglais, du français et d’autres langues…
L’écoute ne connaît plus de frontières…
Dans sa musique, Nour Chehab peut faire en sorte que la musique qu’elle crée soit arabe et occidentale en même temps, et la guitare peut porter une chanson arabe sans perdre son identité, et la chanson peut être locale dans son sentiment et mondiale dans sa structure.
C’est ainsi que la musique apparaît aujourd’hui… ce qui permet à celui qui la crée et à celui qui l’écoute de s’exprimer de la manière qu’il veut et avec la musique qu’il veut.
Les chansons que Nour Chehab a sorties ne se limitent pas, en tant que titres, à une liste de sorties, parce qu’elles sont des parties d’un processus plus long, comme si elle avait produit la musique et l’avait transportée pour qu’elle atteigne les autres en leur parlant…
Et ce passage n’est pas simple.
Lorsque le musicien joue pour lui-même, il peut laisser les idées incomplètes… il peut essayer, revenir en arrière et changer la mélodie, mais lorsque la chanson est publiée, elle se sépare un peu de son auteur…
Elle devient une propriété de la petite mémoire collective que les auditeurs créent autour d’elle… et ainsi se construit une relation différente et nouvelle avec le public.
Nour Chehab, qui est habituée à la scène depuis un âge précoce, connaît bien cette transformation… ce moment où la voix sort des limites du corps et devient présente dans un autre endroit, dans les écouteurs d’une personne qu’elle ne connaît pas…
Alors la chanson commence sa deuxième vie.
Et en parlant du même sujet… Nour Chehab fait un pas hors du cadre avec sa chanson « Marteau-Requin ».
Le nom lui-même ouvre une fenêtre différente… un titre français dans une expérience qui part de Beyrouth et se déplace librement autour du monde et des nombreuses cultures musicales ; un détail révélateur d’un désir de ne pas enfermer l’expérience dans une seule définition de l’identité musicale.
La langue, dans la musique, peut parfois être un mur, mais elle peut aussi être une porte.
Et l’artiste contemporain ne vit pas nécessairement à l’intérieur d’une seule langue… Il vit à l’intérieur d’une mémoire auditive multilingue où se côtoient les mots, les mélodies, les images et les sons…
Ainsi, Nour Chehab fait partie d’un mouvement plus large dans la nouvelle musique arabe, et le monde qui entoure la chanson s’élargit.
Depuis les premiers débuts, elle a commencé par jouer, puis elle a continué avec cela, avant de passer à l’interprétation, puis à l’écriture, puis à la production de couches musicales et à la construction de sa propre personnalité.
Et d’un autre point de vue, la distance géographique n’est plus un jugement définitif sur la chanson…
Une jeune artiste de Beyrouth peut placer sa chanson dans le même espace où se trouvent des milliers de chansons du monde entier…
La concurrence est naturellement immense, mais l’opportunité est également sans précédent.
Et le public ne cherche plus nécessairement la chanson locale ou mondiale.
Il cherche simplement une voix qui le touche.
L’histoire de Nour Chehab se dessine dans une image simple…
Depuis sa jeunesse, elle a porté une guitare…
Elle est montée sur scène, et elle est aujourd’hui une jeune musicienne qui s’assoit pour construire ses chansons…
Entre ces trois images se trouvent des années d’apprentissage et d’expérience, mais le fil reste le même : la musique.
Sidra Assi
PARIS



