Mazen El Motagawel Architecte de la lumière

Mazen El Motagawel Architecte de la lumière
Mazen El Motagawel

Dans un monde saturé d’images, rares sont ceux qui ne se contentent pas de produire des plans mais qui construisent des expériences visuelles capables de traverser les mémoires collectives. Le parcours de Mazen El Motagawel s’inscrit précisément dans cette zone singulière où la technique cesse d’être une finalité pour devenir un langage. Directeur de la photographie, réalisateur et concepteur lumière, il évolue à la frontière entre cinéma, spectacle et récit national, transformant chaque projet en une réflexion sur la manière dont une société choisit de se regarder elle-même.

Loin de la figure romantique du cinéaste isolé, son travail révèle une conscience aiguë du collectif. Les grandes cérémonies visuelles auxquelles il a contribué, notamment des événements d’envergure internationale liés à la représentation culturelle égyptienne,ne sont pas seulement des performances spectaculaires ; elles incarnent une mise en scène de la mémoire. Là où certains voient des dispositifs techniques complexes, lui semble chercher un équilibre entre symbolique, émotion et lisibilité universelle. La caméra devient alors un instrument de traduction entre héritage et contemporanéité.

Habiter l’image, dans son cas, signifie d’abord comprendre la lumière comme une pensée. Non pas une simple source d’éclairage, mais une architecture invisible capable de guider le regard et d’orienter la perception. Dans ses compositions, la lumière ne sert pas uniquement à révéler ; elle sculpte le temps, dessine des trajectoires et crée une tension entre ce qui est montré et ce qui reste suggéré. Cette approche rejoint une tradition cinématographique où la direction de la photographie dépasse le cadre technique pour devenir un acte narratif à part entière.

Son parcours témoigne également d’une mobilité entre différents univers de production. Des œuvres destinées aux plateformes internationales aux événements culturels massifs, il navigue entre formats et publics sans perdre une cohérence esthétique. Cette transversalité n’est pas seulement une stratégie professionnelle ; elle reflète une compréhension contemporaine de l’image comme espace hybride. Aujourd’hui, la frontière entre cinéma, événementiel et communication visuelle se brouille, et c’est précisément dans cet entre-deux que son travail trouve sa singularité.

Dans le contexte égyptien, cette position prend une dimension particulière. L’image y porte souvent une charge symbolique forte, oscillant entre patrimoine millénaire et modernité accélérée. Participer à la mise en scène d’événements culturels majeurs revient alors à intervenir dans une narration collective. La question n’est plus seulement esthétique : elle devient politique au sens large, c’est-à-dire liée à la représentation d’une identité face au regard mondial. Chez Mazen El Motagawel, cette responsabilité semble s’exprimer à travers une recherche constante d’équilibre entre monumentalité et humanité.

Ce qui frappe dans sa démarche, c’est l’attention portée à l’expérience du spectateur. Plutôt que d’imposer une lecture unique, ses images ouvrent des espaces d’interprétation. Le spectateur n’est pas placé devant une démonstration technique, mais invité à habiter une atmosphère. Cette capacité à créer des environnements visuels immersifs révèle une compréhension profonde de la temporalité : chaque plan devient une transition, un passage entre deux états émotionnels.

La collaboration occupe une place centrale dans son travail. Les grandes productions auxquelles il participe impliquent des équipes multidisciplinaires où la coordination entre mise en scène, musique, architecture et technologie est essentielle. Dans ce contexte, le directeur de la photographie devient un médiateur entre visions artistiques. Son rôle consiste à traduire des intentions abstraites en structures visuelles concrètes, à transformer des idées en rythmes lumineux et en mouvements perceptibles.

Cette dimension collaborative renvoie à une conception du cinéma comme art de la convergence. L’image finale n’est jamais l’expression d’un individu seul, mais le résultat d’un dialogue constant. Pourtant, au sein de cette collectivité, une signature se dessine : un goût pour les compositions équilibrées, une attention à la profondeur de champ émotionnelle et une capacité à créer des contrastes subtils entre intimité et grandeur.

L’évolution des technologies visuelles a profondément transformé le métier de directeur de la photographie. Les outils numériques offrent aujourd’hui une liberté sans précédent, mais ils posent aussi le risque d’une standardisation esthétique. Face à cette tension, Mazen El Motagawel semble privilégier une approche où la technologie reste au service du sens. La question n’est pas de produire une image parfaite, mais une image juste — une image capable de porter une intention narrative claire.

Dans les projets destinés aux plateformes internationales, cette recherche prend une dimension supplémentaire. Les images circulent désormais à une vitesse globale, traversant des contextes culturels différents. Créer une esthétique capable de dialoguer avec des publics variés exige une sensibilité particulière. Il ne s’agit plus seulement de raconter une histoire locale, mais de construire un langage visuel compréhensible au-delà des frontières.

Le lien entre lumière et mémoire constitue un fil rouge dans son travail. Chaque projet devient une tentative de capturer un instant tout en le reliant à une continuité historique. Dans les grandes cérémonies culturelles, cette dimension apparaît avec force : la mise en scène de monuments ou de symboles nationaux n’est jamais neutre. Elle engage une réflexion sur la manière dont le passé est réinterprété pour le présent.

Cependant, réduire son parcours à ces événements spectaculaires serait insuffisant. Ses contributions à des projets narratifs, notamment pour des productions destinées au streaming, révèlent une autre facette : celle d’un artisan de l’intime. Ici, la lumière se fait plus discrète, presque invisible, accompagnant les personnages sans les écraser. Cette dualité entre monumental et intime constitue l’un des axes les plus intéressants de son approche.

Dans un paysage médiatique dominé par la rapidité et la visibilité instantanée, son travail semble privilégier la durée. Les images qu’il construit ne cherchent pas seulement à impressionner sur le moment ; elles visent à rester. Cette ambition rejoint une réflexion plus large sur le rôle du cinéma et de l’image contemporaine : créer des traces plutôt que des effets.

Habiter la lumière signifie aussi accepter l’incertitude. Chaque tournage implique des variables imprévisibles — conditions climatiques, contraintes techniques, interactions humaines. Plutôt que de lutter contre ces éléments, il semble les intégrer comme partie du processus créatif. L’imprévu devient alors une opportunité de transformation, un espace où l’image peut évoluer au-delà de ce qui était initialement prévu.

À travers cette démarche, une question centrale apparaît : que signifie aujourd’hui créer une image collective ? Dans une époque où chacun produit et partage des images en permanence, le rôle du directeur de la photographie pourrait sembler dilué. Pourtant, les grands événements visuels démontrent l’importance d’une vision capable d’orchestrer la multiplicité. La valeur d’un regard ne réside plus seulement dans la capture d’un instant, mais dans la capacité à organiser une expérience globale.

Le parcours de Mazen El Motagawel illustre cette transition. Entre cinéma, événementiel et production audiovisuelle internationale, il incarne une figure hybride adaptée à un monde où les images circulent librement mais où leur impact dépend toujours d’une intention claire. Sa trajectoire suggère que l’avenir de l’image ne se situe pas dans la multiplication des formats, mais dans la profondeur du regard.

Ainsi, le portrait qui se dessine n’est pas celui d’un technicien brillant, mais d’un architecte de perception. Quelqu’un qui travaille dans l’ombre pour façonner ce que des millions de regards verront sans toujours percevoir la structure invisible qui soutient l’expérience. À une époque où la visibilité devient souvent une fin en soi, cette position,entre discrétion et influence ,révèle une forme particulière de puissance.

Peut-être est-ce là la véritable singularité de son parcours : transformer la lumière en langage collectif. Non pas imposer une vision, mais créer les conditions d’une rencontre entre image et spectateur. Une rencontre où chacun peut projeter sa propre mémoire, ses propres émotions, et trouver dans la lumière une manière différente de voir le monde.

Bureau de Paris
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