À une époque où la santé mentale est trop souvent réduite à des slogans réconfortants, à des injonctions positives ou à des conseils standardisés, certains discours choisissent une voie plus exigeante : celle de la compréhension avant l’apaisement, de la conscience avant la solution. C’est dans cet espace précis, rarement occupé, que s’inscrit le travail de Monique Khattar. Son approche ne cherche pas à neutraliser la souffrance ni à la contourner, mais à la nommer, à l’interroger et à la replacer dans un cadre humain, relationnel et social plus large. Ici, la santé psychique n’est ni une promesse de bien-être immédiat ni un produit de consommation émotionnelle : elle devient une culture, un apprentissage progressif, fondé sur la justesse du langage, la répétition consciente et la responsabilité du regard porté sur soi et sur les autres.
Ce qui distingue ce parcours n’est pas l’accumulation de concepts psychologiques, mais la manière dont ceux-ci sont rendus habitables. Le travail de Monique Khattar se situe à l’intersection de plusieurs espaces : la clinique, les médias, les plateformes numériques, et la sphère intime du quotidien. Elle ne se présente pas comme une figure d’autorité délivrant des vérités définitives, mais comme une médiatrice du sens, attentive aux glissements subtils entre le malaise individuel et les structures relationnelles qui le produisent. Cette posture implique un refus clair des raccourcis. Là où la souffrance est souvent traitée comme un dysfonctionnement à corriger rapidement, elle insiste sur la nécessité de comprendre ce que cette souffrance raconte, ce qu’elle signale, et ce qu’elle révèle de nos modes de lien, d’attachement et de projection.
Son discours s’articule autour d’un principe central : la santé mentale ne peut être dissociée de la qualité des relations. L’anxiété, la dépendance affective, la peur de l’abandon ou l’évitement émotionnel ne sont pas envisagés comme des failles individuelles isolées, mais comme des réponses apprises, souvent précoces, à des environnements relationnels instables ou insécurisants. En ce sens, elle déplace la focale. Il ne s’agit plus de « réparer » un individu défaillant, mais d’éclairer les mécanismes par lesquels chacun a appris à se protéger, parfois au prix de sa propre liberté intérieure.
Ce déplacement est essentiel dans le contexte médiatique actuel. La vulgarisation psychologique, lorsqu’elle cède à la simplification excessive, risque de transformer des outils de compréhension en étiquettes figées. Le travail de Monique Khattar évite cet écueil en maintenant une exigence constante de nuance. Elle parle de schémas, non pour enfermer, mais pour ouvrir. Elle évoque les blessures émotionnelles sans les sacraliser. Elle aborde les relations toxiques sans réduire les individus à des rôles figés de bourreau ou de victime. Cette retenue, loin d’affaiblir son propos, lui confère une crédibilité particulière : celle d’un discours qui respecte la complexité humaine.
L’un des aspects les plus significatifs de sa démarche réside dans l’usage du langage. Les mots ne sont jamais neutres dans le champ de la santé mentale. Nommer, c’est déjà orienter le regard. Simplifier à l’excès peut soulager temporairement, mais appauvrit la compréhension à long terme. À l’inverse, un langage trop technique exclut et décourage. Entre ces deux pôles, Monique Khattar construit une parole accessible sans être réductrice. Elle choisit des formulations qui permettent l’identification sans encourager l’auto-diagnostic hâtif. Elle rappelle, implicitement, que comprendre un mécanisme ne dispense ni du travail personnel ni, lorsque nécessaire, d’un accompagnement professionnel.
Son exposition médiatique ne constitue pas un simple vecteur de notoriété, mais un terrain d’expérimentation éthique. Être visible dans le champ de la santé mentale implique une responsabilité particulière : celle de ne pas transformer la vulnérabilité en spectacle. Dans ses interventions, le récit personnel n’est jamais utilisé comme une preuve ou un argument d’autorité. Il sert, au contraire, à illustrer des dynamiques universelles, à créer des ponts de compréhension, sans jamais se substituer à une analyse rigoureuse. Cette distance maîtrisée entre l’intime et le public protège le propos de toute dérive émotionnelle ou sensationnaliste.
La notion de culture de la santé mentale, telle qu’elle se dégage de son travail, repose sur la durée. Il ne s’agit pas d’un déclic soudain ni d’une révélation instantanée, mais d’un processus lent, parfois inconfortable, fait de retours en arrière, de résistances et de prises de conscience progressives. Cette temporalité va à contre-courant des logiques numériques dominantes, fondées sur l’immédiateté et la gratification rapide. En cela, son discours agit comme une forme de résistance douce : rappeler que le soin psychique ne se consomme pas, qu’il se construit.
Ce positionnement trouve un écho particulier dans les thématiques qu’elle aborde régulièrement : la peur du rejet, la difficulté à poser des limites, l’illusion du contrôle dans les relations, ou encore la confusion entre intensité émotionnelle et attachement sain. Ces sujets, loin d’être anecdotiques, touchent à des enjeux collectifs profonds. Ils interrogent nos modèles affectifs, notre rapport à la dépendance et notre capacité à tolérer l’incertitude relationnelle. En les traitant avec constance et précision, Monique Khattar contribue à déplacer le débat public, de la recherche de solutions rapides vers une réflexion plus structurelle sur nos manières d’aimer, de nous lier et de nous séparer.
Ce qui se dessine, à travers ce parcours, n’est pas une promesse de guérison universelle, mais une invitation à la lucidité. Une lucidité qui n’exclut ni la compassion ni l’espoir, mais qui refuse les illusions confortables. La santé mentale, dans cette perspective, devient un espace de responsabilité partagée : responsabilité individuelle dans le travail sur soi, responsabilité collective dans les normes relationnelles que nous reproduisons, et responsabilité médiatique dans la façon dont ces questions sont exposées et discutées.
En inscrivant son travail à la croisée de ces dimensions, Monique Khattar participe à l’émergence d’un discours plus mature sur la santé psychique dans l’espace public francophone et arabe. Un discours qui ne cherche pas à apaiser à tout prix, mais à éclairer. Qui ne promet pas l’absence de douleur, mais une meilleure capacité à la traverser sans s’y perdre. Et qui rappelle, avec constance, que prendre soin de sa santé mentale, c’est avant tout apprendre à se regarder avec honnêteté, à entrer en relation avec plus de conscience, et à accepter que la transformation véritable ne soit ni rapide ni spectaculaire, mais profondément humaine.
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