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MUREX D’OR 2026 Beyrouth revient aux racines et garde les yeux tournés vers l’avenir
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MUREX D’OR 2026 Beyrouth revient aux racines et garde les yeux tournés vers l’avenir

06 septembre 2026 · 9 min read

Le soir du 5 septembre 2026, la Salle des Ambassadeurs du Casino du Liban n’était pas seulement le théâtre d’une nouvelle cérémonie de remise de prix. Elle devenait l’espace où Beyrouth retrouvait l’une de ses fonctions culturelles historiques : réunir des artistes venus de plusieurs horizons du monde arabe et leur offrir une reconnaissance dépassant les frontières des écrans, des pays et des saisons artistiques.

La vingt-sixième édition des Murex d’Or s’est placée sous un mot d’ordre qui tenait presque de la déclaration d’intention : « Back to the Roots… Eye on the Future », revenir aux racines tout en gardant un œil sur l’avenir.

Entre ces deux mouvements, la cérémonie a tenté de construire un passage entre les carrières qui ont façonné la mémoire artistique arabe et les œuvres qui ont marqué la saison 2026. Elle a placé l’héritage aux côtés d’une génération qui cherche encore sa langue, sa singularité et sa place dans une industrie en pleine transformation.

Présentée par l’acteur Moatasem Al-Nahar et la journaliste Maya Aboul Hosn, la soirée a été retransmise en direct sur LBCI. Mais sa portée ne résidait pas uniquement dans le déploiement du tapis rouge ou dans l’importance des personnalités présentes. Elle se trouvait surtout dans ce que le Murex d’Or continue de représenter après vingt-six éditions : la capacité de Beyrouth à demeurer un lieu arabe de rencontre, de reconnaissance et de construction de l’image culturelle.

Un prix enraciné dans la mémoire du Liban

Créé en 2000 à l’initiative des docteurs Zahi Helou et Fadi Helou, le Murex d’Or s’est d’abord concentré sur la création libanaise avant d’élargir son champ, dès sa deuxième édition, aux scènes arabe, régionale et parfois internationale.

Le nom même de la récompense renvoie à une profondeur historique. Le murex est le coquillage dont les Phéniciens extrayaient la précieuse pourpre de Tyr, une couleur autrefois associée au pouvoir, à la distinction et aux étoffes royales. Le trophée doré ne constitue donc pas seulement un signe de réussite artistique : il porte avec lui une mémoire libanaise faite de couleur, de savoir-faire, d’échanges et de circulation entre les civilisations.

En 2026, cette référence n’est pas restée enfermée dans le symbole. Elle s’est exprimée dans la composition même du palmarès et dans la place importante accordée aux personnalités qui ont construit une partie essentielle de la mémoire artistique arabe.

Quand la mémoire monte sur scène

Cette édition a largement honoré les carrières inscrites dans la durée.

Mona Wassef a reçu un Murex honorifique pour l’ensemble de son parcours, dans un moment qui reconnaissait une présence ayant depuis longtemps dépassé les frontières de la fiction syrienne pour rejoindre la mémoire collective arabe.

Leila Eloui a également été distinguée pour une carrière déployée entre cinéma et télévision, au fil de rôles populaires, sociaux et profondément humains. Son parcours raconte aussi plusieurs transformations de l’écran égyptien et la capacité d’une actrice à traverser les générations sans se laisser enfermer dans une seule image.

Ragheb Alama a été célébré pour quatre décennies de continuité, de succès et de présence. Une longévité qui ne se mesure pas uniquement au nombre de chansons produites, mais à la capacité de rester dans l’espace public malgré le renouvellement des générations et les mutations de l’industrie musicale.

Du côté libanais, la cérémonie a distingué Georges Chalhoub, Mounir Maasri, Marie Sleiman et Nicolas Daniel. Georges Khabbaz a, quant à lui, été honoré comme acteur de cinéma libanais à rayonnement international, notamment pour sa participation au film « Yunan ».

La mémoire de Philemon Wehbe a également été convoquée à travers un tableau musical et scénique. Il ne s’agissait pas seulement de céder à la nostalgie, mais de rappeler que la chanson libanaise moderne s’est aussi construite grâce à des compositeurs capables de transformer une sensibilité populaire en langage artistique durable.

C’est dans ces hommages que la première partie du slogan de l’édition a trouvé son expression la plus accomplie. Le retour aux racines n’a pas consisté à contempler un passé figé, mais à le réintroduire dans le présent comme une matière toujours vivante.

Une saison dramatique qui redessine les frontières

Face à cette mémoire célébrée, les prix consacrés à la fiction ont proposé une lecture des rapports de force de la saison 2026.

La série « Mawlana » s’est imposée parmi les productions les plus présentes au palmarès. Elle a notamment reçu le prix de la série arabe syrienne, tandis que plusieurs distinctions ont récompensé des artistes associés à son univers. Cette reconnaissance confirme la capacité de la fiction syrienne à produire des œuvres qui dépassent leur marché d’origine, même dans un paysage audiovisuel arabe devenu particulièrement concurrentiel.

Taim Hassan a été récompensé comme acteur arabe syrien dans une production syrienne pour son rôle dans « Mawlana ». Qusai Khouli a, de son côté, reçu le prix de l’acteur arabe syrien dans une fiction panarabe pour « Bi Khams Arwah ».

La distinction entre production syrienne et fiction arabe commune révèle une évolution importante de l’industrie. La nationalité d’un artiste ne suffit plus à définir l’espace dans lequel il travaille. Les séries sont désormais développées à travers des financements, des sociétés de production, des tournages et des distributions artistiques répartis entre plusieurs pays.

Au Liban, « Bil Haram » a obtenu le prix de la série libanaise, remis au producteur Jamal Sinan pour Eagle Films. Bassem Moughnieh a été distingué comme acteur libanais dans un premier rôle pour sa participation à la série, tandis que Maguy Bou Ghosn a reçu le prix de l’actrice la plus influente, pour son travail dans « Bil Haram » et sa présence au théâtre dans « Montazah Al-Khayzaran ».

Carmen Bsaibes a remporté le prix de l’actrice libanaise dans un premier rôle pour « Leil ». Dans la fiction égyptienne, Mai Omar a été récompensée pour « Al-Sett Mona Lisa », tandis qu’Amr Saad a reçu le prix de l’acteur arabe égyptien pour « Efraget ».

Cette cartographie ne désigne pas un vainqueur unique de la saison. Elle révèle plutôt la multiplication des centres de production et d’influence. Damas, Le Caire et Beyrouth ne fonctionnent plus comme des îles séparées. Elles évoluent dans un espace dramatique où se croisent les dialectes, les acteurs, les producteurs, les plateformes et les publics.

Au-delà du premier rôle

L’un des choix intéressants de cette édition réside dans la reconnaissance accordée à des interprétations qui ne relèvent pas exclusivement des rôles principaux.

Joe Trad a été distingué pour un second rôle, tandis que Yorgo Chalhoub a reçu un prix d’excellence pour son interprétation dans « Al-Mohafaza 15 ». Nancy Khoury a également obtenu une distinction pour ses performances dramatiques.

Cette attention est importante, car une œuvre ne se construit jamais autour d’un seul nom. Lorsqu’il est bien écrit et pleinement incarné, un rôle secondaire peut demeurer dans la mémoire du spectateur plus longtemps que la performance principale. Le reconnaître permet de ramener la discussion vers le cœur du travail artistique : la profondeur de l’empreinte plutôt que la seule durée d’exposition.

La musique entre continuité et renouvellement

Les récompenses musicales ont elles aussi cherché à réunir des artistes installés depuis plusieurs décennies et des voix qui façonnent le paysage actuel.

Aux côtés de l’hommage rendu à Ragheb Alama, Melhem Zein a reçu le prix de la star libanaise de la chanson, tandis qu’Abeer Nehme a été sacrée star féminine de la chanson libanaise en 2026.

Ces deux choix présentent deux expressions différentes de la voix libanaise : l’une profondément liée au chant populaire et à l’identité musicale locale, l’autre portée par une vaste culture musicale et une aptitude à circuler entre patrimoine, création contemporaine et expérimentation.

À l’échelle arabe, Ramy Sabry a été nommé star de la chanson arabe. Ahmed Saad a reçu le prix de la star arabe populaire, parallèlement à la reconnaissance du succès de son titre « Moksarat ». Saif Nabeel a été récompensé pour la chanson arabe « Ya Mhayoub », tandis que Mohamed Al-Akhras a obtenu le prix du nouvel artiste arabe.

Farah Nakhoul a remporté le prix du meilleur générique de série pour « Ya Metaab Albi », associé à « Lobby Al-Gharam ». Le clip « Ya Albo » de Nancy Ajram, réalisé par Samir Siryani, a également été distingué.

Ces résultats montrent l’étendue du territoire musical que le Murex d’Or tente de couvrir : chanson populaire, voix libanaises, nouveaux artistes, musique liée à la fiction télévisée et création visuelle destinée au clip.

Cette diversité pose toutefois une question légitime : comment distinguer clairement l’évaluation artistique, la popularité auprès du public et la continuité professionnelle ? Ces critères peuvent se compléter, mais ils ne mesurent pas exactement la même chose.

Le cinéma, le théâtre et les médias hors de la marge

La cérémonie ne s’est pas limitée à la télévision et à la musique.

« Noujoum Al-Amal » a reçu le prix du film libanais, tandis que le spectacle « Ghammid Ain, Fattih Ain » a été distingué dans la catégorie théâtrale. Rodolph Hilal a, pour sa part, obtenu le prix du journaliste et présentateur libanais d’excellence.

La présence du cinéma, du théâtre et des médias est essentielle pour empêcher le Murex d’Or de devenir uniquement le miroir de la saison des séries du Ramadan.

La culture artistique libanaise s’est historiquement construite sur la coexistence de plusieurs espaces : la scène, la chanson, la presse, la télévision et le cinéma. Préserver cette pluralité permet à la cérémonie de conserver une portée plus large que la simple observation des audiences ou des tendances numériques.

Beyrouth comme actrice de la soirée

La cérémonie peut aussi être lue à travers la ville qui l’accueille. Beyrouth n’est pas ici un simple décor géographique. Elle participe au sens de l’événement.

Chaque fois qu’elle réunit des artistes, des producteurs et des professionnels des médias venus de différents pays, la capitale libanaise retrouve une part de son rôle historique : celui d’un espace d’échange, de circulation culturelle et de construction des figures artistiques arabes.

Cela ne signifie pas ignorer les transformations profondes de la carte de la production régionale, ni l’essor de capitales disposant aujourd’hui de moyens financiers et techniques considérables. Mais la force de Beyrouth ne s’est jamais fondée uniquement sur la puissance économique ou la taille du marché. Elle repose sur sa capacité à transformer les différences en mouvement et à offrir aux artistes arabes un lieu de rencontre situé au-delà des frontières immédiates de leurs industries nationales.

Sous cet angle, le Murex d’Or 2026 a parlé du Liban autant que de ses lauréats. Organiser une cérémonie arabe d’une telle ampleur, convoquer la mémoire tout en accueillant de nouvelles générations et maintenir un rendez-vous régulier autour de la création constituent une manière de placer la culture face au repli et à l’isolement.

Entre abondance des récompenses et nécessité de clarté

Un regard journalistique ne serait cependant pas complet sans interroger l’architecture des récompenses.

L’édition 2026 a multiplié les catégories et les intitulés : prix définis selon la nationalité, la nature de la production, le type de rôle, l’excellence, l’influence, la popularité ou encore le rayonnement international.

Cette segmentation permet de reconnaître un plus grand nombre de parcours. Elle évite également de réduire toute la création arabe à une compétition unique entre des marchés qui ne disposent ni des mêmes structures ni des mêmes moyens.

Mais cette abondance rend la lecture du palmarès plus difficile. Elle favorise la confusion entre prix compétitifs, hommages honorifiques, distinctions particulières et récompenses déterminées par le public.

L’absence, immédiatement après la cérémonie, d’une liste officielle, écrite, exhaustive et clairement structurée a également favorisé la circulation de palmarès incomplets ou contradictoires. Certaines publications ont ainsi présenté comme « complètes » des listes dans lesquelles plusieurs récompenses ne figuraient pas.

Après vingt-six éditions, l’histoire du Murex d’Or mérite un dispositif documentaire plus rigoureux : un palmarès final unifié, une définition précise de chaque catégorie, la publication des membres des jurys et une distinction explicite entre les choix des professionnels et ceux du public.

Une plus grande transparence ne diminuerait en rien l’éclat de la cérémonie. Elle renforcerait au contraire la valeur professionnelle des prix et leur donnerait une véritable force documentaire.

Des racines qui ne retiennent pas dans le passé

Une cérémonie de récompenses ne peut probablement pas, à elle seule, dessiner l’avenir d’une industrie. Elle peut néanmoins en révéler certaines directions.

L’édition 2026 a montré que le paysage artistique arabe évolue entre trois temporalités : une mémoire toujours active, une saison dramatique marquée par une forte concurrence et une nouvelle génération qui tente d’imposer sa voix dans un marché désormais gouverné par les plateformes, les images instantanées et la vitesse de circulation.

Le Murex d’Or a réussi à réunir ces temporalités sur une même scène. Les grandes figures y ont porté leur histoire. Les œuvres récentes y ont exprimé les préoccupations du présent. L’œil annoncé sur l’avenir, lui, continue de chercher davantage de précision, de renouvellement et d’audace.

Ce soir-là, Beyrouth n’a pas prétendu avoir retrouvé tout ce qui lui appartenait autrefois. Elle a affirmé quelque chose de plus réaliste et de plus essentiel : elle n’a pas renoncé à son rôle.

Entre l’ancien coquillage phénicien et la lumière des écrans contemporains, l’art reste l’une de ses manières les plus fortes de confirmer sa présence.

Car revenir aux racines ne signifie pas y demeurer. Cela signifie reconnaître le point à partir duquel il devient possible d’avancer vers l’avenir.

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