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NAJLAH IMAD DE PARIS AUX YVELINES, L’OR N’ÉTAIT PAS UNE EXCEPTION
PORTRAIT ÉDITORIAL
Rapports & Enquêtes

NAJLAH IMAD DE PARIS AUX YVELINES, L’OR N’ÉTAIT PAS UNE EXCEPTION

22 septembre 2026 · 4 min read

Deux ans après son sacre paralympique à Paris, Najlah Imad revient en France et monte à nouveau sur la plus haute marche. À 21 ans, l’Irakienne ne construit plus seulement une histoire de dépassement : elle installe une domination sportive.

Il y a des victoires qui créent une histoire. Et d’autres qui viennent prouver que cette histoire n’était pas un accident. Lorsque Najlah Imad avait quitté Paris en septembre 2024 avec une médaille d’or paralympique, elle avait déjà déplacé une frontière : à 19 ans, elle devenait la première athlète irakienne à décrocher une médaille paralympique en para tennis de table — et elle l’avait immédiatement transformée en or. ITTF

Deux ans plus tard, la France la retrouve au sommet.

À l’ITTF World Para Elite Yvelines 2026, Najlah Imad s’est imposée dans le tableau féminin de la classe 6, ajoutant une nouvelle médaille d’or à une trajectoire qui oblige désormais à regarder l’athlète autrement.

Car le sujet n’est plus seulement celui d’une jeune femme irakienne qui a surmonté une histoire personnelle extraordinaire. Le sujet est devenu sportif : Najlah gagne. Elle gagne encore. Et elle gagne face aux meilleures.

LA FRANCE COMME TERRITOIRE D’OR

La relation de Najlah avec la France possède désormais quelque chose de particulier.

En 2024, à Paris, son parcours avait été presque implacable. En quart de finale, elle éliminait la Française Morgen Caillaud 3–0. En demi-finale, elle dominait Maliak Alieva 3–1. Puis venait Maryna Lytovchenko, championne paralympique en titre de Tokyo 2020. Najlah remportait la finale 3–1 et offrait à l’Irak un résultat historique. ITTF

Ce titre n’était pourtant pas apparu sans signes précurseurs. Quelques mois avant Paris, l’ITTF la présentait déjà comme l’une des joueuses les plus en forme de sa catégorie. En janvier 2024, à Gizeh, elle avait notamment battu en finale Lytovchenko, alors championne paralympique, mondiale et européenne en titre. ITTF

Paris avait consacré cette progression.

Les Yvelines viennent aujourd’hui la prolonger.

Et c’est précisément là que cette nouvelle médaille prend tout son sens : revenir en France après avoir été championne paralympique et continuer à gagner transforme progressivement l’exploit en continuité.

ELLE N’A PLUS BESOIN QUE L’ON EXPLIQUE POURQUOI ELLE EST LÀ

Pendant longtemps, raconter Najlah Imad signifiait presque nécessairement raconter ce qui lui était arrivé.

À trois ans, une explosion à Baquba bouleverse son existence. Elle perd une grande partie de sa jambe droite, sa jambe gauche au niveau du genou et son avant-bras droit. À dix ans, elle découvre le tennis de table. Six mois après ses débuts, elle remporte déjà une première compétition locale. ITTF

Cette histoire demeure fondamentale.

Mais continuer à ne voir Najlah qu’à travers elle finirait presque par réduire ce qu’elle est devenue.

Avant même son titre parisien, elle avait remporté le simple féminin de classe 6 aux Jeux asiatiques paralympiques de Hangzhou et obtenu sa qualification pour Paris 2024. Paralympic Games

À Paris, elle n’est donc pas arrivée pour participer à une belle histoire. Elle est arrivée pour gagner.

Et elle a gagné.

Deux années plus tard, la question n’est plus de savoir comment une jeune Irakienne ayant vécu une telle épreuve est parvenue jusqu’à une table de compétition internationale.

La question est désormais beaucoup plus exigeante pour ses adversaires :

comment la battre ?

QUAND LA MÉDAILLE CHANGE DE SIGNIFICATION

C’est peut-être là que se trouve la véritable évolution de Najlah Imad.

La première médaille raconte souvent l’arrivée. Les suivantes racontent la permanence.

Son or paralympique de Paris restera nécessairement à part. Il appartient déjà à l’histoire sportive irakienne : l’ITTF l’a enregistré comme la première médaille paralympique de l’Irak en para tennis de table. ITTF

Mais Yvelines 2026 raconte autre chose.

Elle raconte une championne qui doit désormais vivre avec son propre statut. Une joueuse que ses adversaires connaissent, étudient et préparent. Une athlète qui n’arrive plus dans une compétition comme une surprise mais comme une référence à battre.

Et continuer à gagner dans ces conditions est probablement l’un des passages les plus difficiles dans la carrière d’un sportif de haut niveau.

DE BAQUBA À LA FRANCE, LE REGARD A CHANGÉ

Il existe enfin quelque chose de profondément contemporain dans cette trajectoire.

Avant Paris 2024, Najlah racontait encore à l’AFP qu’à ses débuts certains autour d’elle pensaient qu’elle se fatiguerait « pour rien ». Son père expliquait combien le regard de la société avait changé au fil de ses résultats. Des jeunes filles venaient désormais demander à être photographiées avec elle. L'Orient-Le Jour

Voilà peut-être ce que les médailles ne montrent jamais entièrement.

Une victoire sportive peut changer un classement. Une succession de victoires peut changer un regard.

Et Najlah Imad est progressivement passée de la jeune fille à qui l’on expliquait ce qui semblait impossible à une championne que d’autres jeunes filles regardent pour comprendre ce qui peut devenir possible.

Aujourd’hui, même cette dimension ne suffit plus à la définir.

Najlah Imad n’a plus besoin d’être exceptionnelle parce qu’elle a surmonté quelque chose. Elle est exceptionnelle parce qu’elle est devenue une athlète capable de revenir, tournoi après tournoi, parmi les meilleures de son sport.

La France avait assisté à son couronnement en 2024.

En septembre 2026, dans les Yvelines, elle l’a vue gagner encore.

Entre les deux médailles, quelque chose a changé.

À Paris, Najlah Imad avait créé l’histoire. Aux Yvelines, elle commence à prouver qu’elle peut la faire durer.

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