Dans le champ cinématographique contemporain, certaines trajectoires se distinguent non par la recherche de visibilité, mais par une compréhension fine des mécanismes qui structurent la circulation des images et des récits. Le parcours d’Ola Salama appartient à cette catégorie exigeante. Il ne se définit ni par l’affirmation d’un discours ni par une posture d’auteur, mais par un travail patient et rigoureux sur l’organisation du sens à travers le cinéma. Une approche où l’image devient un langage, et où le rôle du producteur et du programmateur consiste avant tout à créer des conditions justes pour que ce langage puisse exister.

Très tôt, Ola Salama développe un rapport conscient à l’image cinématographique. Non comme simple surface visuelle ou support narratif, mais comme un système complexe de signes, de temporalités et de choix éthiques. Pour elle, le cinéma n’est jamais une accumulation de contenus. Il relève d’un agencement précis, où chaque plan, chaque durée, chaque dispositif de diffusion participe à une construction de sens. Cette conception structure l’ensemble de son parcours professionnel et explique la cohérence de ses engagements dans les domaines de la production et de la programmation.

Son travail de productrice s’inscrit dans une logique d’accompagnement plutôt que de contrôle. Elle conçoit la production comme un espace de dialogue entre les intentions artistiques, les contraintes techniques et les réalités de diffusion. Loin d’une vision gestionnaire ou purement financière, elle privilégie une approche qualitative, attentive à la singularité des projets. Produire, dans cette perspective, signifie soutenir une vision, aider un film à trouver sa forme juste et veiller à ce que les conditions de fabrication respectent l’intégrité du processus créatif.

Parallèlement, son rôle dans la programmation cinématographique révèle une autre dimension essentielle de son expertise. Programmer ne consiste pas à juxtaposer des œuvres, mais à élaborer un parcours de regard. Ola Salama aborde la programmation comme un acte de mise en relation : relation entre les films, relation avec le public, relation avec un contexte culturel donné. Elle accorde une importance particulière à la cohérence des sélections, à la diversité des écritures et à la manière dont les œuvres dialoguent entre elles sans se neutraliser.

Cette attention à la circulation des films s’étend naturellement aux questions de distribution et de diffusion. Dans un environnement audiovisuel dominé par la surabondance d’images, elle défend une vision exigeante de la visibilité. Pour elle, être vu n’a de valeur que si le cadre de réception permet une véritable expérience de spectateur. Elle travaille ainsi à identifier les espaces de diffusion les plus pertinents, qu’il s’agisse de festivals, de projections spécialisées ou de plateformes adaptées à la nature des œuvres. La diffusion devient alors une prolongation du geste artistique, et non une simple étape commerciale.

Au cœur de cette démarche se trouve une conception profondément éthique du cinéma. Non pas une éthique déclarative ou normative, mais une éthique de la pratique. Ola Salama considère le cinéma comme un espace de travail où les choix professionnels engagent une responsabilité vis-à-vis des œuvres, des auteurs et des publics. Cette responsabilité se manifeste dans la sélection des projets, dans le respect des temporalités de création et dans le refus de toute instrumentalisation des films à des fins extérieures à leur nature artistique.

Son intérêt pour les notions de temps, de mémoire et de documentation s’inscrit également dans cette logique culturelle. Elle s’intéresse aux films capables de travailler la durée, de laisser émerger des formes de récit qui ne cèdent pas à l’accélération contemporaine. Le cinéma devient alors un outil de conservation du sensible, un espace où la mémoire s’inscrit non comme archive figée, mais comme processus vivant. Cette approche confère à son travail une profondeur particulière, en lien avec les grandes questions de transmission culturelle.

Dans les contextes internationaux où elle évolue, Ola Salama se positionne comme une professionnelle capable de naviguer entre différents écosystèmes cinématographiques. Son expérience lui permet de comprendre les attentes variées des institutions, des festivals et des publics, tout en maintenant une ligne de cohérence personnelle. Elle agit comme une interface entre les œuvres et les structures, facilitant leur circulation sans jamais en altérer le sens. Cette capacité d’adaptation, alliée à une grande rigueur intellectuelle, constitue l’un des traits marquants de son parcours.

Contrairement à certaines figures du secteur culturel qui privilégient la mise en avant individuelle, Ola Salama adopte une posture discrète. Son travail s’inscrit dans la durée et dans le collectif. Elle valorise les processus plutôt que les résultats immédiats, consciente que la construction d’un paysage cinématographique solide repose sur la continuité et la confiance. Cette approche lui confère une légitimité professionnelle fondée sur la constance plutôt que sur l’exposition.

À travers l’ensemble de ses activités, se dessine une vision claire du cinéma contemporain : un champ où la qualité du regard importe autant que la qualité des images produites. En articulant production, programmation et diffusion autour d’une même exigence de sens, Ola Salama contribue à structurer un rapport mature et réfléchi au cinéma. Un rapport qui reconnaît à l’image sa puissance symbolique tout en refusant les simplifications.

Son parcours illustre ainsi une manière d’habiter le cinéma non comme un espace de discours, mais comme un espace de travail. Un lieu où se rencontrent l’esthétique, la responsabilité professionnelle et la conscience des enjeux culturels. Dans un monde saturé de récits rapides et de contenus éphémères, cette posture apparaît comme une nécessité. Elle rappelle que le cinéma, lorsqu’il est pensé avec rigueur et intégrité, demeure un outil essentiel de construction du sens contemporain.
PO4OR – Bureau de Beyrouth