Dans un monde saturé de discours, de méthodes prêtes à l’emploi et de récits optimisés pour capter l’attention, certaines trajectoires se distinguent par une forme de retenue intellectuelle. Elles ne cherchent pas à convaincre par l’urgence, ni à séduire par la promesse. Elles avancent plus lentement, en interrogeant la nature même de ce qu’elles produisent : du sens, de l’écoute, du récit. Le parcours de Lana Medawar s’inscrit dans cette ligne rare, où la parole n’est ni un slogan ni un outil de performance, mais un espace à habiter.
Fondatrice de plateformes dédiées au storytelling et à la pleine conscience, Lana Medawar évolue à la croisée de plusieurs champs souvent confondus : le développement personnel, la transmission culturelle, l’éducation émotionnelle et la réflexion sur l’attention. Pourtant, réduire son travail à l’univers du bien-être serait une lecture superficielle. Ce qu’elle construit relève moins d’une pédagogie de l’optimisation de soi que d’une interrogation sur la manière dont les individus se racontent, se perçoivent et se situent dans un monde fragmenté.
Au cœur de sa démarche se trouve une conviction simple, mais exigeante : raconter n’est pas divertir. Raconter, c’est structurer une expérience. Dans une époque marquée par la dispersion cognitive, la multiplication des stimuli et l’érosion de la concentration, le récit devient un outil de recentrage. Non pas pour fuir le réel, mais pour lui redonner une épaisseur. Chez Lana Medawar, le storytelling n’est pas une technique de persuasion. Il est une forme de discipline intérieure, presque éthique, qui suppose de ralentir, de choisir ses mots et d’assumer la responsabilité de ce qui est transmis.
Cette approche se distingue nettement des logiques dominantes de la communication contemporaine. Là où les réseaux sociaux encouragent la simplification, la répétition et l’émotion immédiate, elle propose un rapport plus exigeant à la parole. Ses interventions, ses ateliers et ses prises de parole publiques invitent à une forme d’attention consciente : attention à soi, aux autres, mais aussi aux récits que l’on consomme et que l’on reproduit. Il ne s’agit pas d’ajouter un discours de plus, mais de questionner la prolifération même des discours.
Le lien qu’elle établit entre storytelling et mindfulness n’est pas anodin. Il traduit une volonté de réconcilier deux dimensions souvent séparées : la narration et la présence. Raconter sans être présent, suggère-t-elle implicitement, revient à produire du vide. Être présent sans récit, à l’inverse, peut conduire à une expérience muette, difficilement partageable. C’est dans cet entre-deux que se situe son travail : faire du récit un espace de présence, et de la présence une condition du récit.
Cette posture explique pourquoi Lana Medawar s’adresse autant à des individus qu’à des institutions. Son travail interroge les organisations sur la manière dont elles construisent leurs récits internes, leurs valeurs affichées et leurs discours publics. Là encore, l’enjeu n’est pas l’image, mais la cohérence. Elle invite à une forme de lucidité : un récit n’est crédible que s’il est incarné. Cette exigence la place à distance des approches purement motivationnelles, souvent fondées sur l’injonction au changement rapide et à la positivité permanente.
Il serait tentant de lire son succès en termes de chiffres ou d’audience. Pourtant, l’essentiel se situe ailleurs. La force de Lana Medawar réside dans sa capacité à fédérer une communauté attentive, non pas conquise par la promesse d’une transformation spectaculaire, mais engagée dans un processus plus lent, parfois inconfortable : celui de l’écoute de soi et de la reformulation de son propre récit. Cette lenteur assumée constitue, dans le contexte actuel, une forme de résistance culturelle.
Son rapport aux livres, aux histoires et à la transmission écrite témoigne également de cette profondeur. Lire, écrire, raconter deviennent des actes de soin symbolique, non pas au sens thérapeutique strict, mais comme pratiques de réappropriation du temps et de l’attention. À une époque où l’information circule plus vite que la compréhension, elle rappelle que la connaissance exige de la durée, et que la clarté ne naît pas de la simplification excessive, mais de la précision.
Ce déplacement du récit vers une pratique éthique se lit aussi dans les espaces où son travail est désormais convoqué. Qu’il apparaisse en couverture d’une revue culturelle attentive aux questions de renaissance symbolique, ou qu’il soit invité dans des cadres universitaires et institutionnels, ce n’est pas la figure qui est mise en avant, mais la fonction du récit lui-même. La parole n’y est pas célébrée comme performance, mais interrogée comme responsabilité partagée, capable de relier attention individuelle et conscience collective.
Ce positionnement n’est pas sans risques. Refuser la spectacularisation, privilégier la nuance et la complexité, accepter de ne pas être immédiatement compris : autant de choix qui vont à l’encontre des logiques dominantes de visibilité. Mais c’est précisément cette cohérence qui confère à son travail une légitimité durable. Lana Medawar ne cherche pas à occuper l’espace médiatique ; elle cherche à en redéfinir les usages, à y introduire des zones de respiration et de réflexion.
Dans cette perspective, son parcours peut être lu comme celui d’une actrice culturelle plutôt que comme celui d’une figure d’influence. Elle ne se contente pas de transmettre des outils ; elle participe à une réflexion plus large sur le rapport contemporain au sens, à l’attention et au langage. Son travail s’inscrit ainsi dans une tradition discrète, mais essentielle : celle des passeurs, des médiateurs, de ceux qui relient plutôt qu’ils n’imposent.
À travers le storytelling, Lana Medawar ne propose pas des réponses définitives. Elle ouvre des espaces de questionnement. Elle rappelle que le récit est toujours une construction, et que prendre conscience de cette construction est déjà un acte de liberté. Dans un monde où les récits sont souvent imposés, standardisés ou instrumentalisés, cette invitation à reprendre possession de sa parole revêt une portée profondément politique, au sens noble du terme.
En définitive, ce qui singularise Lana Medawar n’est ni son audience ni la diversité de ses projets, mais la constance de son regard. Un regard qui considère la parole comme un lieu de responsabilité, le récit comme un espace d’habitation, et l’attention comme une valeur culturelle centrale. À l’heure de la dispersion généralisée, cette approche apparaît moins comme une tendance que comme une nécessité.
PO4OR-Bureau de Paris