Ce qui distingue certains parcours éducatifs n’est ni leur longueur ni leur exposition, mais la manière dont ils assument la transmission comme un acte engageant. Chez Jana Bou Reslan, le savoir ne s’énonce pas comme une autorité acquise, mais comme une pratique en tension permanente avec le réel. L’éducation y apparaît non comme un capital à conserver, mais comme un espace vivant, traversé par le doute, la responsabilité et le souci de l’autre.

Formée au cœur de l’enseignement, Jana Bou Reslan entre dans le champ éducatif au début des années 2000, à une époque où la transmission demeure encore largement enfermée dans les cadres institutionnels classiques. Enseignante en langues et en sciences sociales, elle découvre très tôt que le savoir ne circule pas uniquement par les programmes, mais par la relation. Ce constat fondateur structure l’ensemble de son cheminement : apprendre ne relève pas d’un simple transfert de contenu, mais d’un espace de confiance, de reconnaissance et d’engagement mutuel.

Après plusieurs années dans l’enseignement scolaire, elle choisit d’élargir son champ d’action. L’obtention d’un MBA marque un premier déplacement : comprendre les mécanismes organisationnels, la gouvernance, et les logiques de décision qui façonnent les institutions éducatives. Cette étape n’est pas une rupture, mais une mise en perspective. Elle prépare un second mouvement, plus décisif encore : l’entrée dans l’enseignement supérieur.

De 2010 à 2022, Jana Bou Reslan enseigne dans plusieurs universités libanaises, notamment à l’Université de Balamand, à l’American University of Science and Technology et à l’Université La Sagesse. Elle y dispense des cours variés, croisant pédagogie, psychologie éducative, communication et leadership. Cette pluralité n’est pas un éclectisme de façade. Elle traduit une conviction profonde : l’éducation est un champ transversal, qui ne peut être réduit à une seule discipline.

C’est dans cette continuité qu’elle s’engage dans un doctorat en leadership éducatif. Ce travail de recherche approfondit une question centrale : comment former sans dominer, guider sans normaliser, transmettre sans figer ? La psychologie éducative devient alors un outil d’analyse du pouvoir pédagogique, de la responsabilité de l’enseignant et des effets à long terme de la parole éducative sur la construction des individus.

À partir de 2022, un nouveau déplacement s’opère. Jana Bou Reslan choisit de sortir le savoir de l’espace académique pour l’exposer à un autre type de scène : celle des plateformes numériques. Ce choix, souvent mal compris, ne relève ni d’une stratégie de notoriété ni d’une simplification opportuniste. Il s’agit d’une réponse à un constat lucide : les lieux de formation de la conscience collective ont changé.

Sur les réseaux sociaux, elle développe un langage accessible sans être appauvri. Elle y aborde des thématiques complexes – parentalité, estime de soi, santé mentale, communication, identité – en refusant la facilité des recettes rapides. Le format est court, mais l’exigence demeure. Chaque contenu vise à ouvrir une réflexion, non à clore un débat.

Cette capacité à conjuguer rigueur et lisibilité lui vaut une reconnaissance internationale, notamment en étant distinguée parmi les Top 50 Changemakers de TikTok dans le cadre des initiatives #TikTokForGood. Mais là encore, l’enjeu n’est pas la distinction en elle-même. Il réside dans ce qu’elle rend possible : toucher des publics éloignés des circuits éducatifs traditionnels, sans renoncer à l’éthique du savoir.

Parallèlement, Jana Bou Reslan poursuit un travail clinique et institutionnel. Elle intervient en tant que psychologue éducative, formatrice et conférencière, collaborant avec des structures de santé et de formation, notamment aux Émirats arabes unis. Elle y développe des programmes axés sur la prévention, la régulation émotionnelle et la construction d’un rapport sain à l’apprentissage.

Ce qui distingue son approche, c’est le refus de toute posture salvatrice. Elle ne promet pas de transformation immédiate. Elle propose un cadre, des outils, et surtout une responsabilité partagée. Chez elle, l’autonomisation n’est pas un slogan, mais un processus lent, parfois inconfortable, qui suppose lucidité et constance.

Fondatrice de JBR Edutainment, Jana Bou Reslan travaille aujourd’hui à l’intersection de trois champs souvent dissociés : l’éducation, les médias et la psychologie. Elle y défend une vision claire : le savoir n’a de valeur que s’il demeure relié à l’humain, à ses fragilités comme à ses capacités de croissance.

À l’heure où la parole éducative est souvent diluée dans le bruit numérique, son parcours rappelle une exigence fondamentale : transmettre engage. Engager une parole, c’est accepter qu’elle transforme autant celui qui parle que celui qui reçoit. C’est dans cet espace de responsabilité partagée que s’inscrit le travail de Jana Bou Reslan. Un travail qui ne cherche pas l’éclat, mais la justesse. Et qui, précisément pour cette raison, s’inscrit dans le temps long.

PO4OR Bureau de Paris