La légitimité médiatique ne se construit pas toujours dans l’exposition. Elle peut naître, plus discrètement, d’un rapport exigeant au temps, à la parole donnée et à la responsabilité éditoriale. C’est dans cette logique de durée que s’inscrit le parcours de Rabei Huneidi, dont le travail se déploie à distance de la surenchère et des mécanismes de visibilité immédiate.
Journaliste et professionnel des médias, Rabei Huneidi s’est imposé comme une référence dans le journalisme artistique arabe non par la rupture, mais par l’équilibre. Très tôt, il comprend que l’information culturelle ne peut être traitée comme un simple flux. Elle engage des trajectoires humaines, des carrières fragiles, des réputations construites sur le long terme. Cette conscience structure son regard et façonne sa méthode.
Formé dans la presse écrite, il acquiert dès ses débuts une discipline du texte, du recoupement et de la hiérarchisation. Ce passage par l’imprimé n’est pas anecdotique : il fonde une éthique. Avant d’être partagée, l’information doit être comprise, contextualisée, pesée. Cette rigueur initiale lui permet d’aborder le journalisme artistique sans céder à la tentation du sensationnel, ni à celle de la complaisance.
Lorsque le paysage médiatique amorce sa mutation numérique, Rabei Huneidi ne subit pas le changement : il l’anticipe. Son passage vers les plateformes digitales ne relève pas d’un simple ajustement technique, mais d’une réflexion sur le rôle du journaliste à l’ère de l’interaction permanente. Les réseaux sociaux deviennent pour lui un espace éditorial à part entière, où la rapidité n’exclut ni la vérification ni la retenue.
Ce qui distingue alors son positionnement, c’est sa capacité à maintenir une ligne claire dans un environnement de plus en plus poreux. Il publie, mais ne déborde pas. Il informe, sans exposer inutilement. Il est proche des milieux artistiques, tout en conservant une distance professionnelle nette. Cette posture, exigeante et parfois inconfortable, lui vaut une reconnaissance singulière : celle d’un interlocuteur fiable, respecté et durable.
Au fil des années, il construit des relations solides avec de nombreux artistes — des relations fondées sur la confiance, la discrétion et la continuité. Ces liens, établis sur le long terme, ne sont ni transactionnels ni opportunistes. Ils reposent sur une compréhension mutuelle des limites, sur le respect de la parole donnée et sur l’absence de toute instrumentalisation médiatique. Dans un secteur où les conflits publics sont souvent érigés en stratégie de visibilité, cette stabilité relationnelle constitue un marqueur professionnel fort.
Ses entretiens reflètent cette même logique. Le ton est posé, l’écoute réelle, les questions ouvertes mais jamais intrusives. Il ne cherche ni à piéger ni à provoquer. Il privilégie l’échange à l’affrontement, la compréhension à la mise en scène. Cette approche favorise une parole plus juste, parfois plus profonde, qui échappe aux clichés habituels du discours promotionnel.
Rabei Huneidi n’a jamais conçu son rôle comme celui d’un juge, encore moins comme celui d’un promoteur. Il se situe dans un espace intermédiaire, délicat, où l’information circule sans se déformer. Cette capacité à occuper une position médiane, sans perdre en crédibilité, explique la longévité de sa présence médiatique. Il traverse les cycles, les modes et les polémiques sans s’y dissoudre.
Son influence ne tient pas à une autorité déclarative, mais à une cohérence observable. Ce qu’il publie aujourd’hui prolonge ce qu’il publiait hier et annonce ce qu’il publiera demain. Cette continuité crée une relation de confiance avec le public, qui reconnaît dans son travail une forme de stabilité devenue rare dans l’écosystème numérique.
Plus largement, son parcours interroge la place du journalisme artistique contemporain. À contre-courant d’une logique de bruit permanent, il rappelle que l’information culturelle peut être traitée avec sérieux, nuance et responsabilité. Que la proximité avec les artistes n’implique ni renoncement critique ni abandon des principes. Et que la crédibilité se construit moins dans l’urgence que dans la durée.
Rabei Huneidi incarne ainsi une figure discrète mais structurante du paysage médiatique arabe. Un professionnel pour qui le journalisme n’est ni un spectacle ni un levier d’influence personnelle, mais un travail de médiation. À l’heure où la vitesse tend à effacer la mémoire, son parcours rappelle que la valeur d’une parole se mesure aussi à sa capacité à durer.
Bureau de Paris