Dans un paysage médiatique où la visibilité est souvent confondue avec l’autorité, Rima Maktabi incarne une autre logique : celle de la crédibilité construite dans la durée. Son parcours ne relève ni de l’ascension spectaculaire ni de la stratégie d’image. Il s’inscrit dans une architecture professionnelle patiemment élaborée, où chaque étape renforce une même idée directrice : le journalisme comme responsabilité publique.
Son travail repose d’abord sur une compréhension fine de la mécanique de l’information internationale. Être à la tête d’un bureau européen pour une chaîne arabe majeure ne signifie pas seulement gérer une rédaction ; cela implique d’habiter un espace de traduction politique et culturelle. Traduire des crises, des décisions diplomatiques, des mouvements sociaux non pas d’une langue à une autre, mais d’un système de références à un autre. Cette fonction de médiation constitue le cœur invisible de son métier.
Rima Maktabi appartient à une génération de journalistes qui ont vu se transformer la nature même du récit médiatique. L’information n’est plus un flux linéaire : elle est fragmentée, accélérée, concurrencée par le bruit numérique. Dans cet environnement, son style se distingue par une économie de moyens. Elle ne surjoue pas l’événement. Elle le structure. Sa présence à l’écran n’est jamais décorative ; elle fonctionne comme un cadre stable dans lequel le chaos de l’actualité peut devenir lisible.
Ce rapport à la clarté n’est pas une neutralité froide. Il s’agit d’un choix éthique. Refuser la dramatisation excessive, refuser la simplification brutale, c’est affirmer que le public mérite une complexité intelligible plutôt qu’un spectacle. Cette posture professionnelle devient une forme de respect. Elle installe une relation de confiance durable — une ressource rare dans un écosystème médiatique dominé par l’immédiateté.
Son parcours révèle également une transformation profonde de la figure de la femme journaliste arabe dans les médias internationaux. Elle n’occupe pas une place symbolique ; elle exerce une autorité opérationnelle. Décider des angles, hiérarchiser l’information, arbitrer entre vitesse et vérification : ces gestes définissent un pouvoir éditorial concret. Son rôle dépasse la représentation ; il participe à la redéfinition des centres de production du discours.
La force de son travail tient à une tension constante entre distance analytique et implication humaine. Elle ne s’efface pas derrière l’information, mais elle ne la personnalise jamais. Elle maintient un équilibre précis : être présente sans devenir le sujet. Cette discipline professionnelle construit une signature reconnaissable, fondée non sur la personnalité médiatique, mais sur la cohérence intellectuelle.
À Londres, carrefour géopolitique majeur, elle opère dans un espace où se croisent diplomatie, économie mondiale et recomposition des alliances internationales. Couvrir ces dynamiques pour un public arabe implique une lecture à double focale : comprendre l’Europe de l’intérieur tout en restant attentive aux résonances régionales. Ce travail d’ajustement constant demande une agilité intellectuelle qui dépasse la simple compétence technique.
Rima Maktabi incarne ainsi une forme de journalisme de continuité. Elle ne poursuit pas l’effet ; elle construit une trajectoire. Dans une époque marquée par la volatilité des figures médiatiques, cette continuité devient un acte presque politique. Elle affirme que la légitimité ne se décrète pas : elle se produit par répétition de gestes justes, par fidélité à une méthode.
Son influence ne se mesure pas uniquement à l’audience. Elle se lit dans la manière dont elle contribue à stabiliser un espace de parole. Le téléspectateur reconnaît une ligne, une tenue, une éthique. Cette reconnaissance silencieuse est le signe d’un travail accompli : l’installation d’un repère dans un monde informationnel instable.
Plus qu’un visage familier de l’actualité, elle représente une infrastructure humaine du journalisme. Une présence qui garantit que l’information reste un outil de compréhension plutôt qu’un simple vecteur d’émotion. Dans cette perspective, son parcours n’est pas seulement exemplaire ; il devient une étude de cas sur la possibilité d’exercer un métier exposé sans céder à la logique de l’exposition.
Écrire son portrait revient donc à interroger une question plus large : que signifie être crédible aujourd’hui ? Sa trajectoire propose une réponse claire. La crédibilité naît de la rigueur, de la constance et d’une éthique discrète mais inflexible. Elle ne se proclame pas. Elle se vérifie dans le temps.
PO4OR – Bureau de Paris