Il existe des trajectoires artistiques qui avancent par visibilité, et d’autres qui se construisent par déplacement intérieur. Le parcours de Rindala Kodeih appartient résolument à cette seconde catégorie. Ni spectaculaire, ni linéaire, il s’inscrit dans une logique de maturation lente, où chaque étape ne cherche pas à s’imposer mais à se préciser. Actrice devenue réalisatrice, elle n’a jamais abordé ce passage comme une évolution hiérarchique, mais comme une nécessité de pensée : la nécessité de reprendre la main sur le regard, sur le cadre, sur le sens même de la présence.

Formée et construite en partie en France, Rindala Kodeih a très tôt été confrontée à une approche du cinéma et de l’image qui privilégie la rigueur, la distance critique et la responsabilité du regard. Cette formation n’a pas façonné chez elle une esthétique importée, mais une méthode : apprendre à penser avant de montrer, à organiser avant de produire, à écouter avant d’imposer.

Une professionnalité fondée sur la discipline

Ce qui frappe dans sa posture professionnelle, c’est l’absence de précipitation. Rien, dans ses choix, ne relève de l’opportunisme ou de la réaction immédiate. Rindala Kodeih travaille dans la durée, avec une forme de discipline presque silencieuse. Le métier n’est pas chez elle un espace d’exposition permanente, mais un champ d’exigence. Chaque projet devient un lieu de responsabilité : responsabilité vis-à-vis de l’image, des corps filmés, et du spectateur.

Cette rigueur ne se traduit jamais par une froideur. Elle s’exprime plutôt par une attention extrême aux détails : le rythme d’un plan, la respiration d’un silence, la manière dont un corps occupe l’espace sans le saturer. Chez elle, le professionnalisme n’est pas une posture affichée, mais une structure intérieure.

De l’interprétation à la vision

Le passage du jeu à la mise en scène révèle le cœur de son architecture intellectuelle. En tant qu’actrice, elle travaillait depuis l’intérieur du corps. En tant que réalisatrice, elle interroge désormais ce corps : son poids, son retrait, sa place dans le cadre. Ce déplacement n’est pas une rupture, mais une continuité réfléchie. La mise en scène devient le prolongement naturel d’un regard déjà formé par l’expérience du plateau.

Son rapport à l’image est marqué par l’économie et la retenue. Il ne s’agit jamais d’accumuler les signes, mais de laisser la situation respirer. Le sens ne naît pas de l’insistance, mais de la précision. Cette approche, héritée autant de sa formation que de son parcours transdisciplinaire, inscrit son travail dans une temporalité qui refuse l’immédiateté.

Une pensée du cadre et du silence

Rindala Kodeih ne considère pas la caméra comme un outil de domination, mais comme un instrument d’écoute. Le cadre n’enferme pas : il organise. Le silence n’est pas un manque : il devient un espace de circulation du sens. Cette relation subtile entre ce qui est montré et ce qui est retenu constitue l’une des signatures les plus constantes de son travail.

Dans ses réalisations, notamment dans le champ du vidéo-clip, l’image ne sert jamais à illustrer la musique. Elle dialogue avec elle. Le son devient matière dramaturgique, et l’image un lieu de traduction émotionnelle. Le clip se transforme alors en forme courte cinématographique, où la narration se construit par la sensation plutôt que par le récit explicatif.

Une présence sans domination

Qu’elle soit devant ou derrière la caméra, Rindala Kodeih déploie une présence qui ne cherche pas à occuper tout l’espace. Elle préfère en définir les contours. Cette capacité à être présente sans être envahissante traduit une grande maîtrise de soi et une confiance qui n’a pas besoin d’être affirmée. Le corps, chez elle, n’est jamais démonstratif. Il s’inscrit dans le temps du plan, accepte l’attente, la fragilité, parfois même l’effacement.

Cette posture rare permet une grande justesse émotionnelle. Le spectateur n’est pas guidé par des effets, mais invité à regarder, à ressentir, à interpréter. Le rapport au public se fonde sur le respect, non sur la séduction.

Une expérience plurielle, un regard unifié

Cinéma, télévision, publicité, vidéo-clip : la diversité de ses terrains d’action n’a jamais dilué sa vision. Au contraire, chaque champ a enrichi sa compréhension de l’image. La publicité lui a appris la condensation, le cinéma la durée, le clip la relation organique entre rythme et émotion. Ces expériences s’additionnent sans se contredire, formant un regard cohérent et structuré.

Son parcours international, nourri par une formation française et une pratique ancrée dans le monde arabe, lui permet d’échapper aux assignations esthétiques. Elle ne se situe ni dans l’imitation ni dans la revendication. Elle travaille depuis un espace intermédiaire, critique, attentif aux contextes sans s’y soumettre.

Une distance consciente à la notoriété

Malgré une visibilité importante, Rindala Kodeih entretient une relation mesurée avec la notion de célébrité. La reconnaissance ne précède jamais la pensée ; elle en découle. Cette distance lui permet de préserver la cohérence de son parcours et de continuer à explorer sans se figer dans une image définitive.

Chez elle, l’apparition publique reste liée au travail, jamais à sa simple mise en avant. Cette retenue participe pleinement de sa crédibilité artistique.

Habiter le temps plutôt que le conquérir

Rindala Kodeih ne cherche pas à « arriver » quelque part. Elle construit un espace dans lequel elle demeure. Son travail témoigne d’une fidélité à une éthique du regard : prendre le temps de comprendre, d’affiner, de choisir. Dans un paysage saturé de vitesse et d’exposition, elle incarne une autre temporalité : celle de la précision, de la conscience et de la continuité.

C’est dans cette capacité à habiter le temps, plutôt qu’à le devancer, que réside la singularité profonde de son parcours.

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