La trajectoire de Roleen Al Qassim échappe aux récits dominants de la réussite numérique, souvent fondés sur l’accélération, la performance et la recherche constante de reconnaissance. Elle ne s’inscrit ni dans une logique d’ascension fulgurante ni dans une stratégie d’exposition permanente. Ce qui se dessine, au contraire, est un parcours plus nuancé, plus exigeant, marqué par une prise de conscience progressive : celle du poids que peut porter une image publique lorsqu’elle choisit de ne pas rester superficielle.
Issue d’une formation théâtrale et nourrie par un environnement culturel diversifié, Roleen Al Qassim a très tôt développé un rapport particulier à l’espace d’expression. Qu’il soit scénique ou digital, cet espace n’a jamais été pour elle un simple décor. Là où beaucoup envisagent la visibilité comme une fin en soi, elle l’a pensée comme un outil, voire comme une matière à interroger. Cette posture explique en grande partie l’évolution de son univers en ligne, progressivement transformé en un espace de réflexion plutôt qu’en une vitrine.
Dans ses premières prises de parole, son contenu s’inscrivait dans un registre relativement léger, en phase avec les codes dominants des plateformes. Puis, sans rupture spectaculaire ni mise en scène de la transformation, un déplacement s’est opéré. Les thématiques abordées ont gagné en densité : vie de couple, équilibres familiaux, reconnaissance du travail émotionnel, responsabilités partagées. Ce glissement ne relève ni d’un calcul ni d’une stratégie éditoriale opportuniste. Il traduit une évolution personnelle et une volonté assumée d’aborder des sujets sensibles là où l’on attend généralement du divertissement.
Ce choix comporte un risque réel. Introduire de la complexité dans des espaces régis par l’instantanéité et la simplification expose nécessairement à des réactions contrastées. Roleen Al Qassim en a fait l’expérience. Pourtant, elle n’a jamais cédé à la tentation de la radicalisation ou de la provocation. Ce qui distingue son approche, c’est précisément l’absence de posture idéologique tapageuse. Elle ne revendique pas, ne moralise pas, ne cherche pas à imposer un modèle. Elle ouvre des pistes de réflexion, accepte les zones de tension, et laisse au public la responsabilité de se positionner.
Son discours se situe dans un espace intermédiaire souvent difficile à tenir : celui de la responsabilité partagée. Elle ne construit pas sa parole contre les hommes, ni exclusivement pour les femmes. Elle s’adresse à des individus confrontés à des réalités communes, à des déséquilibres parfois invisibles, à des non-dits qui structurent la vie conjugale et familiale. Cette position explique la diversité des réactions qu’elle suscite. Être critiquée par certains et soutenue par d’autres n’est pas un échec, mais le signe d’un discours qui touche des zones sensibles.
Dans un contexte arabe encore largement traversé par des représentations figées du couple et de la famille, sa parole se distingue par sa sobriété. Elle s’ancre dans le vécu, dans les gestes ordinaires, dans des situations du quotidien que beaucoup reconnaissent sans toujours parvenir à les nommer. Cette attention portée à l’expérience concrète permet de faire émerger des réalités souvent invisibilisées, et de leur donner une place dans l’espace public, hors des cadres institutionnels ou militants traditionnels.
Son rapport à l’influence mérite également d’être souligné. À plusieurs reprises, Roleen Al Qassim a affirmé son refus de réduire son travail à une logique strictement marchande. Cette position, rare dans l’univers numérique, ne signifie pas un rejet de toute forme de reconnaissance économique, mais une hiérarchie claire entre le sens et la rentabilité. En refusant de subordonner la parole au profit, elle renforce la cohérence de son parcours et la crédibilité de son discours.
La reconnaissance qu’elle rencontre aujourd’hui ne se mesure pas uniquement en chiffres ou en indicateurs de performance. Elle se lit dans la qualité des échanges, dans les témoignages reçus, dans les discussions qu’elle initie. Le fait que son audience soit en partie masculine, alors même que son discours interroge les équilibres relationnels, révèle un paradoxe fécond : le besoin de dialogue dépasse largement les clivages de genre.
En définitive, Roleen Al Qassim ne propose ni recettes ni certitudes. Elle ouvre des espaces de parole et accepte l’imprévisibilité de leur réception. Cette acceptation est le signe d’une maturité rare dans un univers dominé par le contrôle de l’image et du message. En choisissant la durée plutôt que l’instant, la complexité plutôt que la simplification, elle inscrit son travail dans une temporalité plus large.
Observer son parcours aujourd’hui, ce n’est pas documenter une popularité. C’est interroger une mutation : celle d’une visibilité qui accepte de se charger de sens, et d’une présence publique qui assume pleinement la responsabilité de la parole.
Rédaction – Bureau de Paris
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