Avocate en droit pénal et en droit de la famille, Pégand s’est construite dans un champ où la matière juridique n’est jamais abstraite. Elle engage des corps, des récits, des vies en rupture. Cette proximité constante avec des situations humaines complexes a façonné une manière d’exercer qui privilégie la précision, la responsabilité et la retenue. Rien, dans sa pratique, ne relève de l’effet ou de la simplification confortable.

L’entrée dans l’espace médiatique n’a pas modifié ce socle. Elle l’a mis à l’épreuve. Car traduire le droit pour un public élargi implique une tension permanente : rendre intelligible sans appauvrir, expliquer sans trahir, intervenir sans transformer la défense en spectacle. C’est dans cette zone instable que Sandrine Pégand a choisi de se tenir, sans posture héroïque ni volonté de domination.

À l’écran, son langage reste marqué par la structure juridique. Les mots sont pesés. Les phrases évitent l’emphase. La démonstration ne cherche pas l’adhésion émotionnelle immédiate, mais la compréhension. Cette retenue tranche avec un paysage médiatique souvent dominé par l’opinion rapide et l’affirmation péremptoire. Elle ne vise pas à neutraliser le débat, mais à lui restituer une profondeur.

Ce positionnement expose. Être avocate et figure médiatique, c’est accepter que chaque prise de parole soit interprétée à double niveau : comme analyse juridique et comme geste public. Pégand n’ignore pas ce risque. Elle l’assume, précisément en refusant de confondre les registres. Le plateau n’est pas un tribunal, mais il n’est pas non plus une scène de performance. Il devient un espace intermédiaire, où le droit est soumis à l’épreuve du temps court sans être entièrement dénaturé.

La question de la responsabilité traverse l’ensemble de son parcours. Responsabilité envers les justiciables, d’abord. Responsabilité envers la profession, ensuite. Responsabilité enfin envers un public qui reçoit le droit à travers une médiation simplifiée, parfois brutale. Sandrine Pégand ne prétend pas résoudre cette équation. Elle travaille à en maintenir la tension, convaincue que toute solution définitive serait suspecte.

Son autorité ne procède ni de la domination ni de la séduction. Elle repose sur une forme de stabilité. Une capacité à tenir une ligne sans rigidité, à reconnaître la complexité sans s’y perdre. Cette posture, rare dans l’espace médiatique contemporain, explique sans doute la singularité de sa présence : elle ne cherche pas à occuper l’écran, mais à y inscrire une parole qui résiste à la réduction.

Être une femme de droit exposée dans un univers médiatique fortement polarisé ajoute une strate supplémentaire à cette tension. Là où l’on attend souvent des figures féminines une incarnation, un récit personnel ou une prise de position spectaculaire, Pégand maintient une distance. Elle ne se raconte pas. Elle travaille. Cette sobriété n’est pas un retrait, mais un choix stratégique : celui de laisser le contenu primer sur la mise en scène de soi.

Ce refus du personnage construit confère à son parcours une cohérence rare. La médiatisation n’y apparaît pas comme une sortie du droit, mais comme une extension risquée de son champ d’intervention. Une tentative, imparfaite mais assumée, de faire exister la complexité juridique dans un espace qui lui est peu favorable.

À travers Sandrine Pégand, c’est une question plus large qui se dessine : que devient le droit lorsqu’il est soumis à la logique médiatique ? Peut-il rester un outil de protection et de nuance sans se transformer en opinion parmi d’autres ? Le parcours de Pégand n’apporte pas de réponse définitive. Il montre, plus modestement, qu’il est encore possible de tenir cette ligne sans renoncer à l’exigence.

Ce qui se joue ici n’est pas une carrière médiatique, mais une expérience de frontière. Entre cabinet et plateau, entre défense et commentaire, entre autorité juridique et exposition publique. Une expérience fragile, inconfortable, mais nécessaire, à l’heure où le droit circule de plus en plus sous forme de fragments et de slogans.

Sandrine Pégand incarne ainsi une figure contemporaine de la responsabilité : celle qui accepte la visibilité sans en faire une fin, et qui continue d’exercer le droit comme un langage précis, même lorsqu’il est exposé à la simplification du regard collectif.
Bureau de Paris | PO4OR