Sarah El Tabakh Le pouvoir derrière l’image

Sarah El Tabakh Le pouvoir derrière l’image
Sarah El Tabakh

Certaines femmes choisissent la lumière. D’autres choisissent de comprendre comment elle se fabrique. Le parcours de Sarah El Tabakh ne se définit pas par une présence médiatique frontale, mais par une décision plus rare : refuser la façade pour investir la structure même de la visibilité. Là où beaucoup cherchent l’écran, elle a préféré l’espace invisible où se construit le regard collectif.

Ce choix n’est pas seulement professionnel ; il relève d’une position intellectuelle. Refuser d’être présentatrice, alors que la possibilité existait, revient à déplacer la question du pouvoir médiatique. Être vue n’est pas nécessairement diriger. Être derrière l’image, en revanche, permet d’en comprendre les mécanismes, les rythmes et les limites. Chez elle, la trajectoire commence précisément à cet endroit : dans une conscience aiguë du rôle stratégique de l’image dans l’écosystème artistique contemporain.

Dans le paysage arabe, souvent dominé par la célébrité immédiate et l’exposition rapide, son positionnement introduit une temporalité différente. Elle ne cherche pas la reconnaissance instantanée mais la construction progressive d’une influence durable. Cette distinction transforme le marketing artistique en un acte presque architectural : il ne s’agit plus seulement de promouvoir un artiste, mais de concevoir une narration capable de résister au temps.

Le marketing, dans sa pratique, cesse alors d’être un outil commercial pour devenir une forme d’écriture invisible. Chaque choix visuel, chaque stratégie de communication, chaque placement médiatique participe à une dramaturgie plus large. Elle ne fabrique pas simplement des campagnes ; elle orchestre des trajectoires. Et c’est précisément dans cette orchestration que se révèle sa singularité.

Habiter l’image, pour elle, signifie comprendre que la visibilité n’est jamais neutre. Elle repose sur des décisions silencieuses : quel angle adopter, quelle histoire raconter, quel silence préserver. Dans ce processus, l’artiste devient un espace à protéger autant qu’à exposer. Le rôle du producteur ou du stratège dépasse alors la gestion ; il devient une forme de responsabilité symbolique.

Cette responsabilité s’inscrit dans une époque saturée d’images où la surproduction visuelle menace de dissoudre le sens. Face à cette accélération, elle adopte une logique inverse : ralentir pour structurer, observer avant de projeter, comprendre avant d’exposer. Cette approche révèle une dimension presque philosophique du marketing artistique, où la stratégie ne consiste pas à multiplier les apparitions mais à créer des moments justes.

Son parcours traverse plusieurs sphères,production audiovisuelle, conseil médiatique, gestion d’image — mais ce qui frappe n’est pas la diversité des rôles, plutôt leur cohérence. Chaque étape semble répondre à une même question : comment transformer la visibilité en un espace de maîtrise plutôt qu’en une simple réaction aux tendances ?

La notion de contrôle, ici, ne doit pas être comprise comme une volonté de domination, mais comme une recherche d’équilibre entre authenticité et narration. L’artiste moderne évolue dans un environnement où l’image peut rapidement échapper à celui qu’elle représente. Le rôle du stratège devient alors celui d’un médiateur entre la vérité intérieure et la perception publique.

Cette position exige une capacité rare : voir simultanément le présent et l’avenir. Construire une stratégie médiatique ne consiste pas seulement à répondre à l’actualité, mais à anticiper les transformations du regard collectif. Dans un monde où l’algorithme semble dicter la visibilité, elle cherche au contraire à redonner une intention humaine à la circulation des images.

On pourrait décrire son travail comme une forme d’ingénierie émotionnelle. Non pas manipuler, mais orienter la réception. Comprendre les attentes implicites du public tout en préservant une singularité artistique. Cette tension entre marché et authenticité constitue probablement l’un des défis majeurs du marketing contemporain, et c’est précisément dans cet espace fragile que se situe sa démarche.

Loin d’une figure médiatique classique, elle incarne une nouvelle génération de femmes qui occupent des positions stratégiques dans l’industrie culturelle. Leur pouvoir ne se manifeste pas nécessairement par la visibilité personnelle, mais par la capacité à influencer la manière dont les récits circulent. Cette transformation redéfinit le rôle traditionnel du producteur ou du consultant, en le rapprochant d’un auteur invisible.

La réussite, dans ce contexte, ne se mesure pas uniquement en chiffres ou en popularité, mais dans la cohérence d’une vision. Chaque collaboration devient une expérimentation : comment traduire une identité artistique en une présence médiatique fidèle ? Comment éviter que la stratégie ne devienne une caricature de l’artiste ?

Son refus initial d’un rôle de présentatrice prend alors une dimension symbolique. Il marque une frontière entre apparaître et comprendre l’apparition. Entre être un visage et devenir un regard. Cette décision révèle une intuition fondamentale : la véritable influence se situe souvent en dehors du champ visible.

Dans une industrie qui valorise l’exposition constante, choisir l’invisible peut sembler paradoxal. Pourtant, c’est précisément ce paradoxe qui définit son approche. Elle ne s’efface pas ; elle redéfinit la manière d’être présente. Une présence latérale, stratégique, où chaque geste construit une architecture silencieuse.

Ce modèle ouvre une réflexion plus large sur la transformation du pouvoir médiatique féminin. Longtemps associé à l’image ou à la représentation, ce pouvoir se déplace désormais vers la conception et la stratégie. La figure de la femme stratège devient ainsi une force structurante du paysage culturel.

Habiter l’invisible ne signifie pas disparaître, mais créer les conditions d’une visibilité juste. Cette nuance constitue peut-être la clé de son parcours. Là où la rapidité domine, elle privilégie la précision. Là où l’apparence prime, elle recherche la cohérence.

Ainsi, son travail s’inscrit dans une tension permanente entre lumière et retrait. Une tension féconde, capable de produire des trajectoires artistiques solides plutôt que des succès éphémères. Dans cette perspective, le marketing artistique cesse d’être une simple technique pour devenir une éthique du regard.

Au-delà des succès visibles, ce qui reste est une manière d’habiter le rôle : non comme une fonction, mais comme une posture. Une posture faite d’écoute, d’analyse et de construction patiente. Et peut-être est-ce là que réside la dimension la plus profonde de son parcours : transformer la visibilité en un espace de conscience.

Car finalement, la question n’est pas de savoir qui apparaît, mais qui décide de la manière d’apparaître. Et dans cet espace discret où se joue l’équilibre entre image et vérité, certaines figures choisissent de bâtir plutôt que de briller. Sarah El Tabakh appartient à ces architectes silencieuses qui transforment la scène sans nécessairement s’y exposer.

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