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SÉGOLÈNE ALUNNI La culture comme langue commune

SÉGOLÈNE ALUNNI La culture comme langue commune

Formée au théâtre, passée par la voix avant l'image, elle a fait du journalisme culturel autre chose qu'une rubrique : une manière de lire la société. À travers le cinéma français et ses artisans, Ségolène Alunni incarne une génération de journalistes pour qui la pluralité des récits, des territoires et des métiers n'est pas un décor, mais une richesse à transmettre.

Dans le paysage audiovisuel français, on distingue souvent les journalistes par leur notoriété ou par leur style. Plus rares sont ceux qui construisent une véritable identité éditoriale, une façon reconnaissable d'aborder le monde. Ségolène Alunni appartient à cette catégorie. Son parcours dessine une conception exigeante du métier, où l'information culturelle n'est jamais réduite à une actualité de plus, mais devient un moyen de raconter la société à travers celles et ceux qui la créent.

Tout, chez elle, commence avant le micro. À une époque dominée par l'immédiateté, elle rappelle qu'une interview demeure d'abord une rencontre, et qu'une rencontre se prépare. Derrière chaque question se devine la connaissance d'un parcours, la lecture d'une œuvre, la volonté de comprendre avant de commenter. Cette méthode, devenue rare là où la rapidité prime souvent sur la profondeur, est l'une de ses signatures.

On ne comprend pas son journalisme sans remonter à la voix. Niçoise, formée comme comédienne au Conservatoire à rayonnement régional de Nice, Ségolène Alunni a d'abord appris l'art de l'interprétation : la scène, le court et le long métrage, dont Arrêtez-moi là de Gilles Bannier. Elle a prolongé ce travail dans le doublage de fictions, séries et films, et dans la narration, exercices où l'on apprend qu'une émotion naît parfois d'une respiration plus que d'une phrase, et qu'une intention suffit à transformer un texte ordinaire en expérience sensible.

La radio a fait le reste. France Bleu Paris, puis le réseau national devenu ici, lui ont imposé la discipline propre à ce média : l'image disparaît, la voix devient le seul instrument de transmission. Cette école développe une précision du langage, une maîtrise du rythme, une attention permanente aux silences. On retrouve ces qualités jusque dans ses interventions télévisées : même face à une caméra, son approche reste guidée par la force de la parole, non par la recherche de l'effet.

Cette double expérience d'interprète et de journaliste explique la confiance que lui accordent les artistes. Devant son micro, ils semblent moins répondre à une interview qu'engager une conversation. Elle comprend les exigences de ceux qu'elle reçoit parce qu'elle partage, sous une autre forme, leur rapport au travail créatif.

C'est dans Ça tourne !, son rendez-vous cinéma sur ici, qui sera diffusé dès la rentrée prochaine le samedi et le dimanche à 13h30, que sa conception du métier se lit le plus clairement. Le principe est limpide et, à bien y regarder, presque militant : pour chaque film, elle ne réunit pas seulement un acteur et un réalisateur, mais aussi un membre des équipes techniques. Repéreuse, cheffe costumière, monteuse son, régisseur général, accessoiriste, responsable des effets spéciaux, coordinateur animalier : autant de métiers que les projecteurs ignorent et qui, dans son émission, retrouvent une parole.

Ce choix dit beaucoup. Il rappelle qu'une œuvre n'est jamais le geste d'un seul, mais le résultat d'une intelligence collective. En donnant la voix à ces artisans, Ségolène Alunni élargit le champ : raconter la culture, c'est aussi rendre justice à celles et ceux qui la construisent loin de la lumière. Le journalisme culturel cesse alors d'être une chronique mondaine pour devenir ce qu'il devrait toujours être, un travail de passeur entre les œuvres et le public.

Semaine après semaine, son antenne dessine une autre carte de la création française. Les tournages qu'elle met en lumière traversent les régions et les frontières : la Normandie, le Luberon, mais aussi l'Arménie, le Japon, le Maroc. Les genres se côtoient sans hiérarchie : comédie populaire, premier film d'autrice, thriller, documentaire, fresque historique. Cette circulation n'est pas anecdotique. Elle compose le portrait d'une culture plurielle, faite de territoires, de mémoires et de sensibilités qui dialoguent.

C'est peut-être là le cœur de sa proposition éditoriale. Pour elle, la diversité des cultures n'est pas un sujet à traiter de temps à autre, mais le terrain même sur lequel se construit un récit commun. La pluralité des origines, des esthétiques, des métiers et des points de vue y apparaît pour ce qu'elle est : une force, pour l'individu comme pour la société. Raconter un film, c'est raconter une époque ; rencontrer un acteur, c'est interroger l'évolution des représentations ; écouter un réalisateur, c'est observer le regard qu'une société porte sur elle-même. La culture cesse d'être un secteur spécialisé pour devenir une langue partagée.

À la télévision, son nom s'est associé à plusieurs grandes antennes : la culture sur TF1, après des passages par LCI et C à vous. Pourtant, cette visibilité n'a jamais déplacé le centre de gravité de son travail. Son objectif n'est pas de devenir le sujet de l'information, mais de laisser toute leur place à celles et ceux qui la fabriquent. Dans une époque où l'image des journalistes occupe parfois davantage l'espace que leurs invités, cette retenue tient presque de la position éditoriale. Elle écoute sans complaisance, questionne sans agressivité, et laisse toujours le temps nécessaire à la réflexion.

En cela, Ségolène Alunni illustre une génération de journalistes culturels qui refusent d'opposer l'exigence intellectuelle et l'accessibilité. Elle démontre qu'on peut parler de cinéma, de littérature ou de création contemporaine avec précision sans renoncer à la simplicité, avec élégance sans rien perdre en rigueur, avec proximité sans sacrifier l'indépendance. Cette génération ne hiérarchise plus la culture « savante » et la culture « populaire » : elle les considère comme deux dialectes d'une même langue, et tient cette diversité pour son meilleur atout.

Son élégance professionnelle repose enfin sur une qualité devenue précieuse : la constance. Les modes éditoriales changent, les formats évoluent, les plateformes se multiplient ; sa méthode, elle, reste fidèle à une conviction simple : la crédibilité ne se construit ni dans l'effet ni dans la polémique, mais dans la régularité du travail, la qualité des rencontres et le respect du public.

Dans une société où l'information circule toujours plus vite, son parcours rappelle que la valeur du journalisme ne tient pas seulement à ce qu'il révèle, mais à la manière dont il choisit de regarder le monde. C'est précisément ce regard, cultivé, attentif, profondément humain, et convaincu que la diversité des voix est une richesse partagée, qui fait aujourd'hui de Ségolène Alunni l'une des figures les plus crédibles du journalisme culturel français.

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