





Dans l’entretien réalisé par le journaliste Karim Hussein avec l’artiste plasticienne irakienne Shatha Faraj Abbo pour le site Auj24, la rencontre ne prend pas la forme d’une simple interview avec une artiste, mais ressemble davantage à un voyage à l’intérieur d’une relation complexe entre héritage, identité et transformation visuelle.
L’entretien, publié sur le site Auj24.com, portait le titre :
« L’artiste plasticienne irakienne Shatha Abbo : Doha a élargi ma vision et Bagdad habite mes tableaux », et a ouvert un large espace pour comprendre son projet artistique comme le prolongement d’une mémoire irakienne cherchant à trouver un langage contemporain sans perdre ses racines.
Dès le premier axe de l’entretien, il apparaissait clairement que Shatha Abbo parle de l’art comme d’un destin à la fois familial et culturel.
Elle est la fille du grand artiste irakien Faraj Abbo, l’un des principaux fondateurs de la modernité plastique irakienne. Toutefois, l’entretien révèle également sa conscience du poids symbolique de ce nom et sa volonté de construire sa propre voix loin de la simple répétition ou imitation.
Elle a évoqué ses débuts artistiques dans le Bagdad des années 1980 ainsi que sa première exposition personnelle en 1984, soulignant que l’encouragement reçu de son père a constitué un point décisif dans la poursuite de sa trajectoire au sein de la scène artistique.
L’entretien a également mis en lumière les transformations stylistiques de son expérience artistique.
À ses débuts, elle était attirée par les compositions géométriques, les courbes et les symboles du patrimoine irakien, influencée par l’esprit de l’école moderne irakienne. Mais avec le temps, son travail s’est orienté vers un espace plus libre, où l’abstraction est devenue un moyen de découverte de soi plutôt qu’une simple construction ornementale.
L’un des axes les plus importants de l’entretien fut son discours sur Doha et son influence sur son projet artistique.
Elle a décrit la ville comme un espace ouvert à l’expérimentation et à l’ouverture culturelle, affirmant que l’environnement artistique qatari lui a offert l’opportunité d’entrer en contact avec des artistes de multiples horizons, ce qui a élargi sa vision visuelle et intellectuelle.
Elle ne parle pas de Doha comme d’un exil ou d’un substitut à Bagdad, mais comme d’un espace qui complète sa mémoire irakienne et lui fournit de nouveaux outils pour reformuler son expérience.
L’entretien a également révélé ses ambitions futures, notamment son rêve de réaliser une grande installation artistique dans un espace public à Bagdad ou à Doha. Ce rêve reflète son passage progressif de la peinture traditionnelle vers l’installation et l’expérience visuelle globale.
Sur le plan du langage plastique, il est apparu clairement que Shatha Abbo demeure préoccupée par trois éléments centraux :
- la femme comme mémoire collective ;
- l’œil comme symbole de vigilance, de conscience et de présence civilisationnelle ;
- et l’ornementation irakienne comme structure culturelle et non comme simple élément décoratif.
Dans cet entretien, Karim Hussein ne s’est pas limité à des questions descriptives ; il a offert à l’artiste un espace pour révéler sa relation intime avec l’art, ainsi que la tension permanente entre l’héritage du père, la mémoire de Bagdad, l’expérience de Doha et les transformations vécues aujourd’hui par l’art arabe contemporain.
Au final, cette rencontre apparaît comme une tentative de comprendre comment une artiste irakienne portant l’héritage de la modernité plastique peut reformuler cet héritage dans un nouveau monde visuel sans perdre le lien avec la mémoire originelle dont elle est issue.
Source :
Site : Auj24.com
Entretien : Karim Hussein
Titre de l’entretien :
L’artiste plasticienne irakienne Shatha Abbo : Doha a élargi ma vision et Bagdad habite mes tableaux